Enfants meurtris par les violences de leurs parents

Justice Un couple a été condamné à la suite de graves dysfonctionnements. Les deux parents s’accusaient mutuellement de mauvais traitements.

Le tribunal d'arrondissement de Lausanne. (Image d'archives).

Le tribunal d'arrondissement de Lausanne. (Image d'archives). Image: PHILIPPE MAEDER - A

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Une situation «pourrie jusqu’au trognon». C’est ainsi que le premier président du Tribunal d’arrondissement de Lausanne, Pierre Bruttin, avait résumé l’affaire en ouvrant le procès de deux époux qui s’accusaient mutuellement de multiples violences. Une femme a subi l’enfer d’un «tyran domestique». Mais ce sont les enfants qui ont enduré le plus gros dans cette affaire.

La vie a en effet très mal débuté pour le premier enfant de cette femme d’une quarantaine d’années, née au Maroc. Issu d’un premier mariage, il aura à subir des attouchements sexuels à l’âge de 18 mois. Un second mariage n’améliorera pas la situation. Les coups reçus, de sa propre mère cette fois, amèneront le Service de protection de la jeunesse (SPJ) à dénoncer des faits remontant à plusieurs années. Le SPJ a également dénoncé les coups reçus par la petite sœur, née du second mariage.

Les deux époux ne vivaient pas ensemble. Mais si la femme a pu faire preuve de violences envers ses enfants, elle en a subi également. Son mari, lui aussi dans la quarantaine, d’origine serbe, s’est montré plus qu’autoritaire. Les coups pleuvaient au sein du couple. Et pourtant, entre des périodes très conflictuelles et des rabibochages, on ne compte pas moins de quatre interruptions de grossesse, mais aussi – paradoxalement – un processus entamé en vue d’une fécondation in vitro.

Les violences conjugales ont amené les époux à s’attaquer mutuellement en justice, en 2015, lorsqu’une dispute a vu l’homme serrer le cou de sa femme, qui s’en est sortie en lui assénant des coups à l’aide d’un tube d’aspirateur. C’est le mari qui a appelé la police, déclarant qu’il comptait tuer son épouse si elle ne cessait pas de lui manquer de respect. Chacun a déposé une plainte.

Dans ce climat «délétère», les enfants ont été retirés à leurs parents. Un témoignage du SPJ a fait état d’une nette amélioration de leur évolution à partir de ce moment. Ils revenaient de loin: le garçon avait été recueilli en état de «mort psychique».

Déni des prévenus

Au cours de l’audience, le président du tribunal a vainement tenté de faire réagir les deux parents. Il semble que ni l’un ni l’autre n’aient pris conscience du désastre. Pas le moindre signe de repentir. Minimisant la portée de ses coups sur les enfants, la mère était par ailleurs bien en peine de décrire le viol et les contraintes sexuelles dont elle accuse son mari. Quant à lui, il nie tout en bloc, allant jusqu’à douter de la pertinence des photos de police montrant les traces laissées par ses mains sur le cou de son épouse. «Je dis toujours la vérité», assure finalement le prévenu, faisant sortir le président de ses gonds.

En rendant son verdict, la Cour de première instance a pointé ce «couple dysfonctionnant complètement, qui ne comprend rien à rien». Le tribunal a condamné la mère à 18 mois, assortis d’un long sursis de 5 ans. Si elle a subi «l’enfer avec un tyran violent et stupide», elle aurait aussi pu demander de l’aide, estime la Cour. Bien que victime, elle aurait dû s’éloigner de ce bourreau. Or les deux époux ne sont toujours pas divorcés.

À l’adresse de son mari, les juges n’ont pas retenu la tentative de meurtre requise par le Ministère public. Dans le doute, le viol de l’épouse n’a pas non plus été retenu, étant donné le climat de violences au sein du couple. Il écope tout de même d’une peine de prison de 3 ans et demi pour les lésions corporelles subies par son épouse et mise en danger de la vie d’autrui.

Perçue comme sévère par sa défense, la peine aurait été pire si la Cour avait retenu contre lui une forme d’escroquerie aux assurances sociales, qui lui aurait valu le renvoi de Suisse. Or le SPJ a témoigné en sa faveur, assurant que la présence du père apportait une certaine sérénité aux enfants. «On y renonce uniquement en raison des visites qu’il fait régulièrement à sa fille», a souligné le président.

Créé: 12.09.2019, 18h44

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