Enfermés à la maison? Notre corps doit s’adapter

CoronavirusFace au Covid-19, le mot d’ordre est de rester chez soi. L’exercice peut s’avérer difficile. Isolement, poids, muscles, accidents: il faut s’y préparer pour tenir plusieurs semaines.

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L’appel est unanime: la meilleure solution pour lutter contre la pandémie de coronavirus, c’est de rester chez soi. Mais l’exercice peut être difficile pendant six semaines, voire davantage. Notre corps va devoir s’adapter à la «sédentarité» et va changer.

«Comment va-t-on ressortir de cette période? Pas bien, sauf si on peut bouger et organiser une certaine hygiène de vie au quotidien, avec un minimum d’activités physiques», prévient d’emblée Bengt Kayser, directeur de l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne.

Poids, nourriture, muscles, os, isolement, accidents domestiques: aperçu des risques et des solutions.

Notre ventre et notre nourriture

Tout le monde l’imagine bien sûr: le premier effet du manque de mouvement sera la prise de poids. «Le risque est de se nourrir moins bien qu’à l’ordinaire, en étant moins attentif à manger du frais, en se tournant vers le frigo ou l’armoire quand on s’ennuie», explique Angélique Meier, présidente de la section vaudoise de l’Association suisse des diététiciens.

L’habitude est de dire qu’un adulte doit manger 2000 kilocalories par jour. Mais combien en faut-il quand on reste chez soi plusieurs semaines? «Il est compliqué de répondre à cette question, car le chiffre de 2000 est une moyenne pour l’ensemble de la population», explique Angélique Meier. Si les légumes congelés peuvent être bons lorsqu’ils ne sont pas transformés avant d’être emballés, les conserves sont moins intéressantes: «Les légumes se trouvent souvent dans une saumure ou du vinaigre, qui sont jetés, souligne cette diététicienne. Or il arrive que les vitamines des légumes y migrent.»

Pour Valérie Arm, coach nutritionnelle à Lausanne, le problème est que la situation actuelle casse la «routine» de chacun, sans cantine ou restaurant à midi par exemple. «Pour que le frigo ne nous mange pas, il faut poser un cadre bénéfique. Il faut définir un endroit pour travailler, un lieu de performance, qui ne soit pas un endroit de détente ou à proximité du frigo. Il faut aussi établir un horaire journalier, avec des moments de travail et des moments de pause.»

Nos muscles, nos os et notre cœur

Pour Bengt Kayser, le manque d’activité physique affecte aussi les muscles, les os et le système cardiovasculaire, même si les risques sont moindres pour les personnes en bonne santé. «Avec une sédentarité de plusieurs semaines, le système va commencer à se gripper en faisant le ménage, avec par exemple une perte de muscle, explique ce spécialiste. Un muscle est toujours dans un cycle de construction et de déconstruction. Avec la sédentarité, la destruction est moins compensée par la construction.»

Avec la sédentarité prolongée, les os et le cœur sont aussi moins sollicités, et deviennent plus fragiles. «Notre corps a besoin d’un stress régulier, comme le fait de marcher ou le sport, et y répond de manière salutaire», ajoute Bengt Kayser. Il n’y a donc pas 36solutions: bouger chez soi et être «inventif», en faisant par exemple des montées et des descentes dans ses escaliers vingt fois par jour.

Notre solitude et nos émotions

Et l’esprit, dans tout ça? Solitude et ennui risquent de s’additionner durant ces prochaines semaines, avec des conséquences psychologiques. C’est d’ailleurs un risque bien connu pour les astronautes et un sujet d’études important pour l’industrie spatiale dans l’optique d’envoyer un jour des équipages vers la planète Mars.

«Nous allons vivre comme des astronautes. Face à l’isolement, le problème le plus fréquent n’est pas forcément l’ennui ou le manque de contacts, mais la frustration, l’impossibilité de choisir ce qu’on fait ou qui on voit», explique Alexandre Tristan Lucas, de l’EPFL Space Center. «Le manque de choix crée des frustrations chez l’être humain et tout découle de ça. Cela peut mener à des tensions dans un équipage.»

Face à cela, les astronautes ont un programme d’activités très chargé. Ce qui fait dire à Alexandre Tristan Lucas qu’il faut d’ores et déjà établir un emploi du temps précis pour ces prochaines semaines. «Avoir un emploi du temps permet de se concentrer et d’avoir l’impression d’être utile», ajoute-t-il.

Selon Karim Boubaker, le médecin cantonal, l’impact se fera sentir en premier lieu chez les personnes déjà fragiles psychologiquement. «La désorganisation actuelle de notre système est très déstabilisante pour les personnes qui ont besoin de repères», expliquait-il mercredi lors de la conférence de presse du Conseil d’État. La question est suffisamment importante pour que des hot-lines psychologiques privées se soient mises en place.

Nos bobos et nos accidents

C’est une évidence: si la population en général reste davantage à la maison, les accidents à domicile vont augmenter. Il s’en produit 250'000 par an en temps normal, selon le Bureau de prévention des accidents (BPA). L’organisation s’attend à une hausse, mais ne se hasarde pas à la chiffrer, selon son porte-parole Nicolas Kessler.

Il faut savoir que si vous faites du télétravail, un accident dans votre logement peut aussi être considéré comme un accident professionnel. «C’est le cas si vous vous faites mordre par votre chat pendant que vous travaillez avec votre ordinateur ou si vous tombez dans l’escalier durant le temps que vous consacrez au télétravail», explique Nicolas Kessler.

Les accidents domestiques les plus fréquents restent les chutes, les accidents de jardinage et ceux de nettoyage. Le BPA conseille notamment d’avoir un logement bien illuminé, de supprimer toutes les sources potentielles de faux pas et de ne pas se surestimer: «Ce n’est pas parce qu’on a du temps qu’il faut doubler ou tripler d’un coup nos exercices physiques à la maison», ajoute Nicolas Kessler.

Créé: 23.03.2020, 06h38

Des hot-lines pour parer à la détresse liée au virus

Depuis cette fin de semaine, deux lignes téléphoniques répondent aux angoisses des Vaudois en lien avec le Covid-19. Alors que des hot-lines ont déjà été mises en place pour des questions médicales et pratiques, les détresses psychologiques et spirituelles trouveront aussi une écoute.

La Fondation de Nant, qui opère une hot-line de soutien psychologique gratuite, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 en temps normal, annonce ainsi qu’elle est prête à accueillir aussi les appels de personnes en souffrance en raison de l’isolement et des difficultés financières notamment (0800 779 779). L’Église catholique dans le canton de Vaud a quant à elle ouvert une ligne d’écoute spécialement dans le contexte de l’épidémie et reçoit les appels 7 jours sur 7 de 7h30 à 20h (au 021 612 23 33).

Du côté de la Fondation de Nant, «ça a commencé doucement. Nous avons reçu deux ou trois appels en lien avec la situation. Nous voulons montrer que nous sommes là et que nous sommes prêts», explique Marina Kreuz, infirmière–cheffe de l’Unité soins psychiatriques, accueil, urgences, liaison. Elle précise que cette écoute s’adresse à la population au sens large. «Nous imaginons recevoir des appels de patients connus, mais aussi de personnes inquiètes, isolées chez elles, ou qui font face à des situations difficiles, comme des grands-parents qui ne peuvent plus voir leurs petits-enfants ou l’annulation d’un mariage.» La hot-line aura pour mission d’offrir une première écoute et d’orienter vers des consultations, par des équipes mobiles ou par téléphone.

La hot-line de l’Église catholique mobilise pour sa part une soixantaine d’aumôniers qui se sont portés volontaires pour se relayer au bout du fil. «Nous avons déjà des témoignages de personnes qui, en raison du confinement, se sentent seules face à leurs interrogations et leur propre fragilité», explique Annette Mayer, aumônière en milieu hospitalier. Alors que les messes ont été annulées, elle souligne l’importance de garder une forme de lien, en particulier avec des personnes âgées qui ne se tournent pas vers les réseaux sociaux. «L’épidémie peut provoquer des effets collatéraux difficiles à vivre, comme le fait de devoir vivre un deuil en tout petit comité. Les personnes âgées se sentent aussi ramenées à un statut de personnes à risque alors qu’elles sont souvent actives.»

Au Canton, on indique que les hot-lines déjà mises en place pour la population dans le contexte de l’épidémie sont prêtes à recevoir les demandes de soutien psychologique. Un dispositif cantonal spécifique est toutefois à l’étude. Un point à ce sujet est annoncé ces prochains jours.
Chloée Banerjee-Din

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