La Cour des comptes met le doigt sur les failles de la réinsertion

EmploiLe taux d’abandon de certaines mesures d’insertion par les usagers est jugé parfois trop élevé.

Eliane Rey observe que les programmes sont souvent abandonnés par les usagers.

Eliane Rey observe que les programmes sont souvent abandonnés par les usagers. Image: GÉRALD BOSSHARD

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Les bénéficiaires du revenu d’insertion (RI), cette aide sociale destinée à ceux qui n’ont plus de revenus pour subvenir à leurs besoins, coûtent cher au Canton et aux Communes. Or, l’un des moyens de faire sortir les gens de ce régime consiste à les aider à retrouver du travail. Sur 23 500 RIstes en moyenne, quelque 1100 font partie des programmes de retour à l’emploi fournis par le Canton. La tâche n’est facile ni pour les gens concernés ni pour les conseillers des Offices régionaux de placement (ORP). Les RIstes n’ont souvent plus d’emploi depuis longtemps, voire n’en ont jamais eu.

Mesures trop coûteuses
La Cour des comptes a consacré huit mois à une enquête sur les différents programmes d’insertion que propose le Canton. La juge Eliane Rey et son chef de mandat d’audit, Philippe Zahnd, ont analysé l’efficacité et l’efficience, soit le rapport coût-rendement, d’une partie des mesures existantes. Le verdict est nuancé. Le Service de l’emploi, qui abrite les ORP, est, de manière générale, attentif à la bonne utilisation des dispositifs d’insertion.

Mais la Cour des comptes constate que le taux d’abandon de ces programmes par les bénéficiaires de l’aide sociale peut être parfois élevé. Certaines mesures s’avèrent en outre trop chères par rapport à leur efficacité. La Cour émet sept recommandations à l’attention des ORP. Parmi les constats, elle note aussi que, de manière générale, les candidats à l’emploi qui se trouvent au RI auraient besoin de mesures plus spécifiques visant leur comportement et leurs «compétences sociales».

J’EM, Nouvelle Chance, ProTravail ou encore ACIT, Puissance L, Mode d’emploi… Tels sont les noms de quelques-uns des nombreux modules de retour à l’emploi. Certains mettent l’accent sur les méthodes de recherche, d’autres fournissent des places subventionnées par les pouvoirs publics, d’autres encore se font sous forme de stages.

«Il ne faut pas oublier que la collectivité consacre 22 millions à ces programmes, fait valoir Eliane Rey. Or, nous avons été surpris de voir que le taux d’abandon était important. Dans certains dispositifs, 13% des gens ne se présentent même pas…» Dommage, estime la Cour, car elle constate une véritable volonté des ORP de trouver du travail aux assistés: «Mais cela tourne parfois à vide.»

Par exemple, il a été constaté que le programme J’EM (Jusqu’à l’emploi) montrait un taux d’abandon de 57%, qu’il s’agisse de personnes qui ne se sont pas présentées ou de renoncements en cours de route. Ce cours intensif de retour à l’emploi fondé en 2007 n’a pas le succès escompté: «A ce stade, on n’en est même pas à la prise d’emploi, remarque Eliane Rey. C’est une perte de temps pour tout le monde!»

Autre exemple, ProTravail, entreprise sociale de Caritas Vaud qui a pour but la réinsertion des personnes durablement exclues de l’emploi, n’a pas des résultats optimaux: «La durée maximale de deux ans, accomplie à ce jour par plus de la moitié des participants, ne semble pas se justifier par une amélioration des chances de retrouver un emploi», décrit l’audit de la Cour des comptes. En d’autres termes, la mesure coûte trop cher à l’Etat qui la subventionne.

En revanche, la mesure pilote «Réorienter sa carrière en EMS» semble porter davantage de fruits. Dans ce cas, la Cour recommande à l’Etat de demander une participation financière aux EMS.

Sentiment mitigé des usagers
L’enquête porte également sur la satisfaction des usagers. Leur sentiment est mitigé. Les demandeurs d’emploi ne sont pas majoritairement convaincus de l’efficacité des mesures d’insertion. Mais ils se jugent bien encadrés. «Pas facile de faire la synthèse de tout cela», confie Eliane Rey. Pour elle, le Service de l’emploi accomplit sa tâche à satisfaction et se gère par objectifs, ce qui n’est pas la norme: «Raison de plus pour en améliorer encore le fonctionnement.» Une chose reste sûre en tous les cas: l’Etat dépenserait beaucoup plus d’argent en aide sociale si toutes ces mesures n’existaient pas. (24 heures)

Créé: 12.11.2014, 19h36

«Une politique publique importante»

La question des coûts du social dans le canton est constamment évoquée dans les plénums, que ce soit au Grand Conseil ou dans les Conseils communaux. La facture sociale ne cesse d’augmenter, au grand dam d’une partie de la classe politique. Le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard a d’ailleurs été récemment questionné par le Grand Conseil et il en est allé de même avec Oscar Tosato à Lausanne.

Trois questions à Eliane Rey.

Un événement précis a-t-il déclenché le démarrage
de cette enquête?


Non. La Cour des comptes est indépendante et n’est pas mandatée par l’Etat. Cela dit, la réinsertion est une politique publique importante et elle est entièrement payée par le Canton et les Communes. Cela valait bien que nous y consacrions huit mois d’enquête.

Vous décrivez l’efficacité de sept dispositifs d’aide à l’emploi, ce qui ne comprend pas la totalité. Ne faudrait-il pas en diminuer le nombre?

Très clairement, non. Parce que, précisément, la loi sur l’emploi décrit toutes ces mesures d’insertion professionnelle qui doivent être appliquées en fonction de chaque profil de demandeur d’emploi. Tout cela est organisé conformément à tout ce qui est décrit dans la littérature internationale. La diversité des mesures a pour but de répondre aux besoins différents de chaque cas.

Que pensez-vous de la future expérience pilote de Lausanne, où des assistants sociaux vont travailler avec des conseillers en placement?

C’est une nouvelle voie intéressante. Les RIstes sont séparés par la loi entre ceux qui sont estimés aptes au travail ou non. Or, certains sans emploi se trouvent à la frontière entre les deux systèmes. En témoigne le taux d’abandon de certains programmes où, manifestement, les mesures proposées ne sont pas adéquates pour des gens qui doivent acquérir des compétences sociales.

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