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L’enseignement du latin prend un coup de jeune

La journée des latinistes a eu lieu mercredi à Dorigny où une cinquantaine de gymnasiens ont goûté poésie et petits plats romains.

L'agape des latinistes a eu lieu ce mercredi à midi entre plusieurs ateliers sur le thème de la poésie.
L'agape des latinistes a eu lieu ce mercredi à midi entre plusieurs ateliers sur le thème de la poésie.
OLIVIER VOGELSANG

«Un peu de lenticula cum bulbis?» Cette délicieuse salade de lentilles aux oignons paraît très appétissante, ce mercredi, lors de la journée des latinistes. À l’heure du pique-nique romain de midi, une cinquantaine de gymnasiens épaulés de leurs enseignants et de responsables à la Faculté des lettres dégustent des plats antiques préparés par les élèves.

Sur l’une des places arborisées de Dorigny, ce moment de pause plutôt joyeux offre un tableau un peu inattendu. Exit le préjugé selon lequel les latinistes sont des intellos austères. Prof au gymnase de Renens, Géraldine Voelke-Viscardi fait valoir que l’enseignement a changé. Aujourd’hui, les profs mettent beaucoup l’accent sur les liens entre la réalité des Romains et la nôtre.

«La même grivoiserie»

Prenons l’exemple des graffitis, recueillis, pour beaucoup, à Pompéi. Ils sont comparables à ceux d’aujourd’hui: «Il y a la même grivoiserie, la même profondeur, la même obscénité, parfois», décrit Géraldine Voelke-Viscardi.

Le mur Facebook pourrait aussi être vu comme un descendant des inscriptions en chaîne où les Romains se répondaient dans une espèce de dialogue sur paroi. Présidente cantonale des chefs de file, Émilie Suter sourit: «Quand on a terminé une version, on ne réalise parfois pas que 2000 ans ont passé. Il y a les mêmes émotions, le même humour.»

Une dotation horaire rétrécie

Les effectifs des élèves latinistes sont pourtant à la peine. Cause ou conséquence: la dotation horaire s’est rétrécie au cours des décennies. Et même si la branche est aujourd’hui ouverte à des élèves de la voie culture générale, il n’y a pas foule au portillon. Émilie Suter: «Les élèves qui ont pris le latin à l’école obligatoire pensent que leurs trois ans sont suffisants et ils sont tentés par les nombreuses options offertes au gymnase.»

Or c’est précisément à partir du gymnase qu’ils peuvent goûter réellement aux textes littéraires et, comme le dit encore Émilie Suter, «faire fructifier les connaissances techniques acquises auparavant».

Dans une ambiance «Cercle des poètes disparus», profs et gymnasiens s’attaquent au festin. Saska Nguyen, élève de Morges, a préparé un caviar d’aubergine: «Ce plat est mentionné sur un site», indique-t-elle. Pour la jeune fille de 17 ans, qui vise la médecine, le latin est attrayant: «J’aime l’écriture et le beau parler.»

«Faites du latin!»

Kaelan Teriaca, de la Cité, 17 ans lui aussi, pense pour sa part à l’archéologie. Mais la branche a l’avantage de lui être utile pour l’italien et pour le français. C’est dans ce sens que Dave Lüthi, doyen de la Faculté des lettres et prof d’histoire de l’art, s’exprime face aux gymnasiens: lui-même n’était pas un latiniste et il a dû rattraper. Avec ses «maigres ressources» dans la langue de Cicéron, il est parvenu à mieux se frayer son chemin dans sa propre branche: «Faites du latin! C’est utile aujourd’hui ou cela le sera dans dix ou vingt ans!»

L’un des objectifs de la journée aura été de mettre côte à côte le gymnase et l’université. Il faut, estiment les organisateurs, donner envie aux élèves de continuer le latin en Faculté des lettres. Lors des éditions précédentes, les profs ont emmené les gymnasiens à Nyon, Avenches, Martigny ou Saint-Maurice, des sites romains. «Le but est aussi de sortir les jeunes de leur classe», poursuit Émilie Suter. En créant une émulation, ces enseignants «passionnés et qui ne comptent pas leur temps» veulent faire remonter la courbe des effectifs.

Cette année, la journée s’est articulée autour de la poésie. L’un des ateliers consistait à en écrire à partir de mots éparpillés sur autant de bouts de papier. Olivier Thévenaz, maître d’enseignement et de recherche, est l’artisan de cette approche novatrice qui rapproche le latiniste d’aujourd’hui du poète d’autrefois: «On travaille par exemple sur les respirations et les césures des vers pour en retrouver le rythme.» Un vrai voyage dans le temps?

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