Switcher est en faillite, mais des projets naissent

EconomieLa justice a tranché jeudi: la société du Mont-sur-Lausanne est morte. Des investisseurs pourraient soutenir une nouvelle entité

A l'entrée du Tribunal d'arrondissement de Lausanne, jeudi: Robin Cornelius (à gauche), fondateur historique de Switcher et créancier à hauteur de 700 000 fr., qui espère créer une nouvelle entreprise; et Jean-Marc Cuany, du syndicat Unia; il défend les intérêts des salariés, qui seront licenciés en raison de la faillite prononcée ce jeudi.

A l'entrée du Tribunal d'arrondissement de Lausanne, jeudi: Robin Cornelius (à gauche), fondateur historique de Switcher et créancier à hauteur de 700 000 fr., qui espère créer une nouvelle entreprise; et Jean-Marc Cuany, du syndicat Unia; il défend les intérêts des salariés, qui seront licenciés en raison de la faillite prononcée ce jeudi. Image: Patrick Martin

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La guerre financière qui minait Switcher SA a trouvé une issue prévisible jeudi matin. Renommée pour ses t-shirts arborant le logo de la baleine, symbole du commerce équitable, l’entreprise fondée en 1981 a été officiellement déclarée en faillite hier au Tribunal d’arrondissement de Lausanne.

Un délai de dix jours existe pour un recours, mais personne ne croit en cette éventualité, même si des fournisseurs portugais pourraient s’engouffrer dans la brèche. Les poursuites engagées contre Switcher SA avoisinent les 4,6 millions de francs au total. Le montant cumulé des pertes pour les premiers mois de 2016, soit 9 millions de francs, a contribué à une issue inéluctable aux yeux des administrateurs indiens, qui ont demandé jeudi le dépôt de bilan. Ils représentent la famille Duraiswamy, actionnaire à 86%, qui affirme avoir perdu 40 millions de francs depuis 2010.

Réunion des salariés

L’Office des faillites lausannois réunira lundi les employés licenciés, au nombre d’une quarantaine. Ils expriment leur tristesse. Mais aussi un soulagement car la décision clarifie la situation. Les salaires ne sont plus payés depuis avril. Le fonds cantonal en cas d’insolvabilité prendra en charge un montant qui avoisine les 400 000 francs afin de couvrir ces deux mois.

Le reste, les heures supplémentaires, les mois de délai de congé, proviendra de la liquidation des actifs de Switcher SA, où figurent les locaux du Mont-sur-Lausanne et les stocks. A ce propos, le syndicat Unia reproche aux actionnaires d’avoir tardé à trouver une solution, ce qui a réduit la masse permettant de payer les créanciers. En outre, des charges sociales, au montant impossible à articuler hier, n’ont pas été versées.

Investisseurs sur les rangs

Les salariés retrouveront-ils du travail au sein d’une nouvelle entité qui bénéficiera du réseau de Switcher? Parmi les investisseurs potentiels figure Alain Sierro, président de Heidi.com, qui commercialise des vêtements et des accessoires. «Nous travaillons sur quelque chose», confirme l’homme d’affaires. Il se trouvait à la tête du groupe d’investisseurs qui, en 2014, avait repris une partie importante de Heidi.com. Cette même année, il était déjà en relation avec Switcher en vue d’une reprise de la société. Il n’est pas seul sur les rangs. Une autre piste d’investissement est en effet discrètement étudiée.

Le pari est loin d’être gagné dans la mesure où il faudra d’abord apaiser les fortes tensions qui règnent entre les actionnaires indiens et le fondateur historique de Switcher, Robin Cornelius. Il détenait 14% de la société en faillite, contre laquelle il a engagé des poursuites à hauteur de 700 000 francs. Du côté indien, un représentant de la famille Duraiswamy agitait encore jeudi la menace de poursuites judiciaires. Elles seront engagées «quand nous aurons trouvé le bénéficiaire de cette faillite», ajoute-t-il.

Philippe Leuba, chef du Département vaudois de l’économie, déclare qu’il s’emploie toujours à calmer le jeu mais reste très prudent sur l’issue: «J’y ai consacré quatre séances.» L’enjeu principal, c’est la marque Switcher, aux mains du trust VEE DEE PTE Limited, à Singapour, qui apparaît comme associé d’une des sociétés gérées par les Indiens, Switcher Pro.

Plusieurs sociétés coiffées par la holding internationale Switcher ne sont pas concernées par la faillite. La marque est toujours sous licence de ces entités. C’est un espoir pour d’anciens salariés qui travaillent aussi sur un plan de renaissance et projettent de négocier avec les actionnaires indiens. Ancien membre du management, Marc Joss y croit. Selon lui, même si Switcher peine à concurrencer d’autres marques à la mode dans un marché du textile en difficulté, elle figurait parmi les leaders du vêtement promotionnel.

Créé: 26.05.2016, 10h17

«Cette issue, on l’espérait vivement»

Elles sont venues travailler jeudi matin. «Nous sommes loyales jusqu’au bout. C’est fou, mais depuis l’annonce que Switcher va peut-être faire faillite, nous avons eu de plus en plus de clients. Ils venaient acheter leurs t-shirts préférés depuis vingt?ans.». Elles, ce sont les dernières vendeuses de Switcher à Lausanne, à la rue Centrale. Le magasin de Marterey a quant à lui déjà fermé la semaine dernière. La nouvelle de la faillite de la société qui les emploie, elles l’ont apprise par Internet. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que, dans un décor de cartons empilés les uns sur les autres, de mannequins nus et de rayons vides, les réactions sont mitigées.
«Cela fait sept ans que je travaille chez Switcher. J’ai toujours été bien traitée. Cette boîte, je l’aimais bien. Il n’y a jamais eu de soucis, mais mon sentiment est partagé. On ne pouvait décemment continuer à ne pas être payées.» Une collègue renchérit: «Cette faillite, on espérait vivement qu’elle soit prononcée. Il le fallait. Nous entamons un second mois sans salaire. On n’en veut à personne en particulier, mais plutôt au système qui a permis qu’une telle galère se mette en place. Mais là, c’est fini. On ferme la boutique à l’instant. On met officiellement un terme à notre contrat pour notre bien. Tout ce que nous voulons, c’est retrouver une situation normale.» Au siège de l’entreprise, au Mont-sur-Lausanne, l’ambiance est tout aussi morose parmi la quinzaine d’employés. «La plupart d’entre nous sommes désormais occupés à remplir les papiers du chômage, mais nous ne tenons pas à réagir au prononcé de la faillite. Cela pourrait se retourner contre nous», confie prudemment un membre de l’équipe. Laurent Antonoff

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