Pourquoi l’éolien doit encore attendre

EnergieDeux études du Canton précisent l’impact des futurs parcs vaudois sur le paysage et la faune. Les spécialistes sont divisés, alors que les tribunaux entrent en jeu.

Deux études cantonales détaillent l’impact des futurs parcs éoliens sur le paysage et la faune.

Deux études cantonales détaillent l’impact des futurs parcs éoliens sur le paysage et la faune. Image: KEYSTONE

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Alors que la Suisse décide quand elle veut sortir du nucléaire, Eole attend patiemment son heure. Le Canton de Vaud, pressenti comme principal contributeur de l’énergie éolienne du pays, a beau s’être lancé il y a des années dans une ambitieuse politique d’implantation de 19 parcs, aucun des moulins à vent géants ne tourne encore sur les crêtes du Jura. La faute jusqu’ici aux oiseaux rares, aux avions de chasse, aux radars, aux sites protégés…

Dans cette liste des écueils sur lesquels s’affrontent opposants et partisans, plusieurs points viennent d’être clarifiés. Deux études (lire ci-contre) fraîchement publiées par le Canton précisent quelle sera la visibilité attendue des parcs vaudois ainsi que leur impact cumulé sur la faune ailée des alpages. Cela n’avait jamais été fait. Ces outils pour décortiquer la faisabilité des projets déploient déjà leurs effets. Depuis leur lancement, ils ont ainsi permis au Canton et aux promoteurs d’adapter leurs mesures de compensation et de soigner la présentation de plusieurs parcs. On parle par exemple de recréer des alpages plaisants à l’alouette lulu, de sécuriser des pylônes électriques électrocutant certains rapaces, voire de déplacer des hélices, et de prévoir leur arrêt temporaire aux heures de repas des chiroptères…

«On a l’impression que les administrations vont le plus loin possible, puis laissent les tribunaux trancher»

De quoi assurer un avenir serein aux éoliennes? Pas sûr. Sur les 19 parcs prévus par le Canton, les quatre déjà validés font actuellement face aux tribunaux. C’est le cas d’Eoljoux à la Vallée, de Sainte-Croix, d’Eoljorat et de Sur Grati à Vallorbe. Et sur les points qui divisent, y compris l’impact paysager et sur la faune ailée, ce pourrait finalement bien être les juges qui trancheront. «On a l’impression que les administrations vont le plus loin possible, puis laissent les tribunaux trancher. C’est une façon de mettre à l’épreuve les lois de protection de la nature, et ça nous donne le mauvais rôle», lance le secrétaire général de Pro Natura Vaud, Michel Bongard. C’est finalement une mise en évidence de l’exiguïté de notre territoire et de sa protection. Il y a trop d’enjeux pour y mettre des éoliennes.»

«On estime qu’on avance, souligne le directeur général de l’Environnement, Cornelis Neet. Ce n’est pas pour rien que les Chambres ont prévu des dispositions pour permettre la pesée des intérêts.» Il pense aux nouvelles lois fédérales sur la forêt et l’énergie, qui accordent une importance nationale aux énergies renouvelables. «Ça montre que, même dans des petits pays, les éoliennes ont une place. Elles sont porteuses d’espoir.»


Verrez-vous une éolienne depuis chez vous ?

Deux cartes permettent d'évaluer l'impact des éoliennes sur le canton de Vaud. Elles tiennent compte des projets connus, à l'été 2016, en France et en Suisse romande. Les modèles montrent ainsi les futures hélices valaisannes, neuchâteloises, etc... Elles sont en tout 226, pour qui les chances de réalisations ne sont pas toujours égales. Sur le canton de Vaud, il faudra toutefois compter sans les éoliennes de Cronay et Daillens, recalées du programme cantonal. A l'inverse des éoliennes de Bavois et Essertine-sur-Rolle, qui ont depuis fait leur retour dans le projet vaudois. Bien que remis en doute par les opposants, pour qui les calculs ne comprennent pas la vision nocturne, ou depuis des sites touristiques spécifiques, ces cartes sont à ce jour la restitution la plus complète.

Sur cette carte, tirée d'une étude mandatée par le Canton de Vaud, l'impact visuel des futures éoliennes est reproduit en fonction de leur distance: il est calculé que leur effet diminue singulièrement après 5 km d'éloignement. Au delà, la vision est considérée comme «faible». Avec cette méthode, la majorité des parcs projetés sur les crêtes du Jura projettent ainsi un impact peu important sur la plaine vaudoise. Ce qui n'est pas le cas des hélices du Gros-de-Vaud, dont on mesure plus les effets sur la région d'Echallens.

Sur cette carte, la modélisation des éoliennes ne prend en compte aucune diminution de distance visuelle. Sont donc reproduit le nombre d'éoliennes -théoriquement- visibles dans un rayon de 10 km. Cette méthode permet de rendre compte de la concentration d'hélices depuis des points de vues, en considérant qu'elles ont toutes le même effet.


Deux préavis négatifs pour la Vallée

Depuis son passage devant la population du Chenit, qui les a plébiscitées avec 63% de suffrages positifs, les sept hélices d’Eoljoux enchaînent les coups durs. De quoi imaginer un retard du projet, pour les uns, sa fin annoncée, pour les autres.

Dans les faits, le Canton s’est fait taper sur les doigts par l’Office fédéral de l’environnement. Dans le cadre de l’examen du plan d’affection d’Eoljoux, contre lequel les opposants ont fait recours au Tribunal cantonal, Berne s’est étonné d’une absence d’approbation du programme de défrichement. Les quelque 41 060 m2 d’alpage passant hors du régime forestier auraient dû bénéficier d’une autorisation cantonale. Une façon de faire avancer le dossier rapidement, expliquent les autorités.

La réponse de la Confédération? Un préavis négatif. Notamment, précise l’OFEV, en raison de l’étude d’impact sur la faune ailée… mandatée par le Canton! Berne s’inquiète notamment de la fragmentation du territoire des grands tétras, et de la disparition de dizaines d’hectares de première importance. Le Canton relativise, et dit vouloir argumenter en faveur de la zone de tranquillité supplémentaire, qualifiée de mesure «novatrice». La suite? Bien malin qui pourrait la prédire. L’affaire risque de passer par un report du jugement avec demande de garanties quant aux mesures cantonales. L’Etat de Vaud précise également ne pas être juridiquement tenu de suivre l’avis de l’OFEV, ce qui s’est déjà vu.

Eoljoux attendait un autre retour de Berne: l’examen d’une demande de modification du périmètre de l’Inventaire fédéral des paysages (IFP). L’alpage visé par les éoliennes étant situé dans le secteur protégé, le Canton avait proposé en 2008 de l’en sortir et de compenser la perte paysagère par des mesures d’amélioration du panorama combier. La réponse de la Commission fédérale de protection de la nature? C’est une prise de position négative. A voir si le Conseil fédéral, seule autorité habilitée à trancher, la suivra. La Commission a estimé que les éoliennes auraient un effet sur l’ensemble de la Vallée et ce en dépit de la modification de la zone protégée. La messe est loin d’être dite sur ce point. Le 1er janvier 2017, doit entrer en vigueur la nouvelle loi fédérale sur la forêt. En 2014, le Conseil fédéral avait souhaité une prise en compte de l’intérêt national que constitue la production renouvelable. A l’époque, le projet de loi ciblait surtout l’utilisation énergétique du bois. S’y ajoute la Stratégie énergétique 2050, qui accorde à l’énergie renouvelable une importance similaire à celle de la protection du paysage. Deux articles votés cet automne citent l’impératif du tournant énergétique, la demande du marché, ainsi que l’intérêt d’une certaine production. Le paysage n’a qu’à bien se tenir. (24 heures)

Créé: 25.11.2016, 06h49

Des éoliennes proches de 14% à 30% des Vaudois

Au cœur de la problématique éolienne, même l’étude de Météotest visant à objectiver l’impact visuel des éoliennes romandes sur le canton de Vaud divise. Pourquoi? Il est indéniable que 14% des Vaudois seront situés à moins de 5 km d’une éolienne – 33% pour un rayon de 10 km – si tous les parcs se réalisent. Mais les méthodes d’appréciation divergent. Pour le Canton, l’analyse de l’impact visuel doit tenir compte d’une pondération de distance: il est calculé qu’au-delà de 5 km d’éloignement, une éolienne ne se remarque que de manière furtive. L’impact visuel sur la plaine des parcs du Jura, comme le Mollendruz par exemple, paraît ainsi minime. A contrario, la région d’Echallens et de Vuarrens apparaît plus touchée. Les opposants, eux, doutent de l’effet réel d’une pondération de distance. La Fondation suisse pour la protection du paysage demande des prises de vues supplémentaires. «On n’a considéré l’impact que sur les zones habitées. Pas sur les lieux de promenade ou les sites touristiques, comme Romainmôtier», ajoute Roman Hapka, responsable romand.

A l’étude vaudoise est venu s’ajouter le récent verdict
du Tribunal fédéral, qui a retoqué le projet fribourgeois du Schwyberg, insistant sur l’importance d’une planification nette de l’impact paysager des turbines aériennes, même en dehors de tout territoire protégé. Une jurisprudence qui, à entendre des opposants ravis, fera date. Y compris sur les projets vaudois dont plusieurs frisent ou recoupent des sites classés pour leur panorama historique ou paysager. Pas sûr, rétorque le Canton. «C’est un dossier spécifique que nous sommes en train d’analyser, relativise Cornelis Neet, directeur général de l’Environnement. Dans le cas des éoliennes de Sainte-Croix, le Tribunal cantonal avait jugé que nous avions correctement apprécié une large majorité des enjeux, dont celui de l’impact sur le paysage.»

Positif pour le milan royal, controversé pour le tétras

C’était un document attendu. Quel sera l’effet sur la faune ailée de tous les parcs prévus, s’ils se réalisent? «Il y a eu des bonnes surprises, reprend Cornelis Neet, directeur général de l’Environnement. On a constaté que le milan royal ne serait par exemple pas impacté.» A l’inverse, les ornithologues se déchirent sur l’effet des parcs, notamment Eoljoux à la Vallée, sur le fragile grand tétras . «En réalité, faire des calculs est difficile, glisse une source proche du dossier. On tombe vite dans des conflits d’experts.» Reste que si certains oiseaux – comme l’alouette lulu – doivent bénéficier de nouveaux habitats pour compenser un pourcentage de collision avec les hélices, le coq de bruyères inquiète suite à la fragmentation de son habitat, de ses zones de parades ou de repeuplement potentiel. Pour compenser, le promoteur a proposé de rajouter des mesures à son projet, comme des traitements forestiers spécifiques par exemple. En sus, le Canton a proposé une amélioration de la «connectivité des habitants» ainsi qu’une zone de tranquillité absolue à la Vallée: 8,4 km2 doivent être interdits à tout véhicule, randonneur d’été ou d’hiver. Ce serait une première suisse, assurent les partisans du projet. La réaction des Combiers, elle, n’est pas connue.

Les spécialistes sont surtout divisés sur le potentiel des mesures. Pour François Turrian, d’ASPO Birdlife, il ne faut pas croire «aux tours de passe-passe», et renoncer à réaliser «certains parcs». «Il y a surtout un décalage entre la théorie et la réalité de la nature. Séparer des biotopes n’est pas anodin. On considère aussi comme mesure des choses déjà prévues dans la législation. Ce n’est pas très juridique.» Pour Cornelis Neet, «l’étude a fait apparaître des problématiques liées à la localisation de certains parcs, mais le bilan cumulé est non significatif, voire positif. N’oublions pas que certaines espèces dépendent justement de mesures spécifiques pour survivre. Il faut être cohérent.»

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