À Épesses, des vignerons refusent le contrôle de Berne

ViticulturePremiers Vaudois à lancer la fronde, Didier et Jean-Jacques Rouge n’ont pas ouvert leur cave au contrôleur, jeudi. Vingt producteurs étaient là en soutien.

Avec leurs 3000 bouteilles, Didier (à g.) et Jean-Jacques Rouge refusent d’être pris pour des marchands.

Avec leurs 3000 bouteilles, Didier (à g.) et Jean-Jacques Rouge refusent d’être pris pour des marchands. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le vigneron vaudois n’est pas du genre à montrer les crocs, même si de jeunes producteurs sont montés à Berne début décembre pour dire leur ras-le-bol de la politique fédérale en termes d’importation de vins étrangers.

N’empêche, jeudi à 9 heures à Épesses Didier et Jean-Jacques Rouge étaient les premiers vignerons-encaveurs vaudois (après deux caves genevoises) à refuser l’accès à leur livre de cave au contrôleur venu de Berne. «Nous devons montrer notre mécontentement de ne pas avoir été écoutés en tant que producteurs», justifie Didier Rouge. Une vingtaine de confrères faisaient bloc avec eux.

Résister à quoi? Depuis le 1er janvier 2019, la nouvelle ordonnance sur les vins mandate le Contrôle suisse du commerce des vins (CSCV), autrefois réservé aux grandes caves et aux marchands de vin, pour contrôler la comptabilité des petits encaveurs. S’ensuit un double contrôle (les acquits, vendanges et stocks doivent toujours être annoncés au canton) et des frais fixes trois fois supérieurs. Une donne contre laquelle l’Association suisse des vignerons-encaveurs indépendants (ASVEI) s’était fortement opposée en phase de consultation.

Conditions pour s’en sortir

Aujourd’hui, l’ASVEI entend imposer une distinction claire entre commerçant et producteur dans la nouvelle loi sur l’agriculture (PA22+), récemment mise en consultation. Ce qui aurait pour effet de modifier le texte de l’ordonnance. «Avec les charges administratives et la vente, nous n’avons déjà bientôt plus de terre sous les souliers! illustre Willy Cretegny, le président genevois de l’ASVEI, présent à Épesses. Nous devons rester des gens de la terre. Pour cela, nous ne militons pas pour des paiements directs, mais pour des conditions-cadres qui permettent aux producteurs de s’en sortir, de la production de raisin à la vente en bouteilles.»

Dans le caveau des frères Rouge, les discussions étaient vives entre la vingtaine de producteurs présents – dont un Valaisan venu en train de Fully! Une pétition contre l’importation d’huile de palme circulait et les thèmes dépassaient forcément les frontières. On parlait des exigences trop basses quant aux vins importés, où l’«équivalence des normes» ne signifie en rien le respect des normes suisses. Ou encore de contingents d’importation, «autrefois taxés normalement, aujourd’hui taxés au plancher». Mais aussi de la disparition, en 2001, de la distinction entre contingent de rouge (155 millions de litres) et de blanc (15 millions), destinée à protéger les vins blancs suisses. «Sans compter que 40% du vin qui est importé est à 1fr.50 le litre en moyenne. Ça devrait être interdit!» estime Willy Cretegny.

27 Vaudois désobéissent

Au milieu de ces chiffres exorbitants, les 3000 bouteilles produites par Didier et Jean-Jacques Rouge semblent ironiques, sourient les propriétaires. «Nous sommes l’exemple parfait du tout petit producteur, qui n’a vraiment rien à voir avec le grand marchand de vin. Nous continuerons de ne pas nous soumettre au même contrôle.» Près de 70 encaveurs suisses (dont 27 vaudois) de toutes tailles ont écrit leur refus à Parmelin et sont prêts à résister.

Créé: 20.02.2020, 19h13

Articles en relation

La désobéissance s’organise dans les caves vaudoises

Viticulture Un premier refus de contrôle de cave a eu lieu à Genève en janvier. Les vignerons vaudois s’apprêtent aussi à résister. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.