L’EPFL définit ce qu’est un voyage «acceptable»

DirectiveL’école planche sur une directive précisant la nature des avantages et les cadeaux que les collaborateurs peuvent accepter. Les invitations à l’étranger sont aussi concernées

Image: Keystone

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L’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) veut clarifier les choses, en fixant des règles précises sur ce que l’on peut, ou non, accepter comme cadeau. Et le mettre noir sur blanc.

Par les temps qui courent, la question est plus que sensible. Dans le monde politique en particulier, où le conseiller d’État genevois Pierre Maudet fait l’objet d’une enquête pénale pour avoir menti sur son périple à Abu Dhabi. Avec les «investigations préliminaires» en cours du procureur général Éric Cottier sur les séjours russes de Pascal Broulis et de Géraldine Savary, en compagnie du milliardaire Frederik Paulsen, le canton de Vaud n’est pas en reste. Dans les deux cas, révélés il y a quelques mois, les soupçons portent sur «l’acceptation d’un avantage».

L’EPFL, dont l’ancien président, Patrick Aebischer, a lui aussi voyagé en compagnie de Frederik Paulsen ( lire ci-contre ), assure qu’il ne s’agit que d’un hasard du calendrier. Mais c’est dans ce contexte que, fin août, elle a mis en consultation une directive qui entend précisément réguler «l’acceptation d’avantages et d’invitations reçus».

L’école doit payer les frais liés à l’invitation

Le document, qui tient en quatre pages et qui entend poser un cadre clair pour tout ce qui est «des cadeaux, des dons et des commissions», commence par établir une distinction entre les collaborateurs et les membres de la Direction de l’école.

S’agissant des invitations, qui peuvent toucher à la délicate question des voyages, pour les collaborateurs, la situation est claire: ils doivent refuser les invitations susceptibles de restreindre leur indépendance et, sauf autorisation écrite, «refusent les invitations à l’étranger».

Pour la Direction, la donne est un peu différente. La décision d’accepter ou non une invitation doit être prise en séance de direction et doit être protocolée. La discussion doit permettre de bénéficier d’un avis collectif quant aux invitations qui pourraient être sujettes à caution. Trois principes doivent présider à l’acceptation d’une invitation: qu’elle serve un but en lien avec l’activité de l’école, qu’il s’agisse d’accompagner un partenaire – actuel, futur ou potentiel – et, enfin, que les divertissements et les voyages «soient adaptés à la situation».

Enfin, «afin d’éviter toute relation de dépendance», c’est à l’EPFL de payer pour les frais de déplacement, de logement et de nourriture. Ces frais seraient-ils remboursés par ces tiers, les membres de la direction devraient alors reverser cet argent à l’EPFL.

Entre interdiction absolue d’accepter avantages et invitations pour toutes les personnes (collaborateurs et direction) participant à un processus d’achat, interdiction totale d’accepter des cadeaux dont la valeur excède 200 francs et refus systématique de tout montant en cash, le reste de la directive est plus attendu.

Projet ancien

À l’EPFL, Corinne Feuz, porte-parole de l'Ecole, réfute l’idée que le tumultueux contexte ait poussé à la mise en consultation de la directive. Sa rédaction avait été largement anticipée, le tout se serait fait sans pression. «Le projet remonte à janvier 2017. Il s’inscrivait dans l’amélioration de Polylex (ndlr: les lois qui régissent l’école ) et avec une volonté d’être plus précis que l’article 56b de l’ordonnance sur le personnel des EPF, qui fait foi jusqu’à la future entrée en vigueur de la directive.

L’article en question stipule: «Dans l’exercice de leurs activités professionnelles, les collaborateurs ne doivent pas accepter de tiers, ni pour eux-mêmes ni pour leurs proches, de dons ou d’autres avantages allant au-delà des modestes marques de civilité conformes aux usages sociaux, et susceptibles de créer des liens de dépendance.» Enfin, Corinne Feuz ajoute que l’EPFL n’a jamais connu de cas d’acceptation d’avantages qui poserait problème.

Créé: 06.10.2018, 13h04

«Trouver des philanthropes est de notre responsabilité»



Patrick Aebischer, de même que Pascal Broulis et Géraldine Savary, vous avez voyagé plusieurs fois avec le milliardaire Frederik Paulsen.
À quel titre?

J’y suis allé en tant que président de l’EPFL pour rencontrer les équipes scientifiques sur le terrain, notamment en Carélie. M. Paulsen a financé deux chaires et a soutenu des projets de recherche pour 30 millions de francs à l’EPFL.
C’est de la responsabilité d’un président d’université de trouver des philanthropes qui soutiennent des projets de recherche, des chaires et de participer à des voyages scientifiques avec les généreux donateurs.

La future directive veut justement éviter «tout lien de dépendance». L’EPFL est à l’opposé de ce que vous dites: elle serre la vis…

Je ne connais pas cette directive, mais ce serait très dommageable de rendre la recherche de fonds plus difficile. Le monde académique a son propre fonctionnement. La seule chose qui compte, c’est qu’un collaborateur ou un cadre ne puisse pas se mettre de l’argent dans la poche. Si quelqu’un met de l’argent dans des projets scientifiques importants, je ne vais pas dire: «Le voyage, c’est moi qui le finance.»

Mais n’y a-t-il pas un risque de dépendance envers des individus ou des firmes si tout cela n’est pas réglementé?

Vous savez, en tant qu’institution publique, on est idéalement positionné: mettre de l’argent dans la science ou la technologie, c’est comme l’injecter dans un trou noir. La personne ne va pas en tirer un intérêt personnel. Elle le fait pour le bien de la science.

D’après vous, cette nouvelle directive est-elle une réaction aux récentes révélations sur les voyages de Pascal Broulis, Pierre Maudet et autres?

Je pense qu’il y a une certaine pression, effectivement.

Lorsque des politiques prennent part à ces voyages, cela transforme le groupe en une délégation officielle lors des rencontres avec les autorités locales. Ce n’est pas sain…

Mais quelles délégations officielles?! Vous avez vu comme on est habillé sur les photos? Ce sont des visites de courtoisie. J’en ai fait en Russie, en Afrique, c’est partout la même chose. Si vous travaillez avec une université, vous rencontrez les officiels, à savoir le président d’université et parfois même les ministres. C’est parfaitement normal.

C’est une bonne chose que des élus participent à ces voyages?

S’ils paient de leur poche, why not? Cela peut permettre de tisser des liens.

Quand Frederik Paulsen s’entoure d’élus suisses et de représentants de l’EPFL lors de ses rencontres avec les autorités locales,est-ce que cela lui donne plus de poids pour faire des affaires?

M. Paulsen a fait sa fortune, il n’a plus besoin de réaliser des affaires. Cela fait plus de dix ans que je le pratique, et il ne m’a jamais parlé de Ferring. C’est lui par contre qui m’a fait découvrir l’importance des pôles. Il pense qu’une partie du futur de l’humanité se joue là-bas. C’est quelqu’un d’extrêmement généreux, qui a également cette timidité nordique: les deux chaires qu’il a financées ne portent ni le nom de Paulsen ni celui de Ferring. Il est le seul à avoir fait ce choix. C’est un vrai philanthrope.

Camille Krafft

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