«Ce que l’EPFL représente a dépassé tout ce que nous avions pu imaginer»

AnniversaireAncien président de l’EPFL, Jean-Claude Badoux est le seul à avoir vécu la fédéralisation de l’école de l’intérieur. Il se souvient.

Image: Olivier Vogelsang

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Il y a cinquante ans, l’École polytechnique de l’Université de Lausanne (EPUL) changeait de statut. Jusqu’alors cantonale et installée au centre-ville, elle devenait fédérale et entamait son transfert vers Écublens. La suite, véritable success story qui a propulsé l’institution parmi les meilleures écoles du monde, est connue.

Ce week-end, pour fêter son demi-siècle, l’EPFL met les petits plats dans les grands et ouvre ses portes au public à l’occasion d’un événement XXL (lire encadré). Parmi les plus de 30 000 personnes attendues sur le campus, il en est une pour qui les célébrations auront une saveur toute particulière: Jean-Claude Badoux. Et pour cause, l’ancien président de l’EPFL (1992-2000) sera le seul professeur à avoir vécu cette «fédéralisation» de l’intérieur, témoin direct d’un changement d’envergure qui a fait rayonner la région loin à la ronde. L’occasion de revenir, avec l’un des rares à avoir été enseignant à l’EPUL puis à l’EPFL, sur cette grande aventure, son impact et son héritage.

Deux étapes

Dès 1967, Jean-Claude Badoux est aux premières loges lorsque Maurice Cosandey, le père de l’EPFL, disparu fin 2018, se démène pour faire entrer l’institution dans le giron fédéral, avec le soutien du conseiller d’État Jean-Pierre Pradervand et du conseiller fédéral Hans-Peter Tschudi. Des négociations «pas toujours simples», se souvient Jean-Claude Badoux, mais qui n’auraient au final fait que des gagnants. «La fédéralisation a fourni à l’école davantage de moyens, des salaires plus hauts pour tous les employés et la perspective de pouvoir bâtir une nouvelle école», explique l’ancien président de l’EPFL.

L’homme insiste sur un autre point. Le Poly n’est pas le seul à avoir profité de l’aubaine: l’Université de Lausanne n’aurait pas été en reste. «L’État de Vaud n’a pas eu à toucher au budget de l’université. Cette dernière, n’ayant plus à assumer les charges de son ancienne école polytechnique, a pu engager de nouveaux professeurs, créer des postes pour se fixer de nouvelles ambitions. Il a peut-être été un peu dur pour certains de constater que d’anciens collègues avaient des conditions plus favorables mais, fondamentalement, l’UNIL n’a pas été perdante dans cette affaire.»

Témoin privilégié de la première étape de la fédéralisation de l’EPFL, Jean-Claude Badoux a ensuite été doyen du Département de génie civil de l’EPFL, avant de devenir président de l’école. Un poste qui a fait de lui, quelques années plus tard, l’un des principaux acteurs de la deuxième étape de l’immense chantier académique qu’a constitué le changement d’échelle de l’école. «À la fin des années 1990, j’ai négocié le passage de la physique, de la chimie et des mathématiques, qui étaient encore à l’UNIL, à l’EPFL. Il s’est agi de la seule grande opération de remaniement universitaire du pays malgré de nombreuses tentatives en vingt-cinq ans», poursuit Jean-Claude Badoux.

L’histoire se répète

Là encore, assure l’ancien responsable, le même scénario «du gagnant-gagnant» s’est répété. «L’EPFL a obtenu 50 millions de plus du gouvernement fédéral. De son côté, entre salaires, charges et frais de laboratoires, l’UNIL a économisé 30 millions, ce qui lui a permis une nouvelle fois de se donner les moyens de nouveaux objectifs, de créer de nouvelles branches et de pouvoir embaucher.»

Pourtant, plus que ces avantages purement financiers, ce sont les apports techniques, scientifiques et les promesses tenues au-delà des espérances des années 1960 que retient Jean-Claude Badoux à l’heure de regarder dans le rétroviseur. «À l’époque, les ambitions affichées étaient hautes, mais ce que l’EPFL est devenue et ce qu’elle représente pour le pays a dépassé tout ce que nous avions pu imaginer. Sur ce campus de 60 hectares, on forme des architectes, des scientifiques et des ingénieurs. Dans bien des pays, les ingénieurs sont les parents pauvres du monde universitaire. Ici, nous formons des gens qui créent des choses et qui ne se contentent pas d’écrire des articles scientifiques.»

Se félicitant aussi d’avoir introduit la possibilité de proposer des cours en anglais ou en allemand en plus du français, ce qui a permis d’attirer quelque 2000 doctorants de plus de 100 pays, Jean-Claude Badoux ne peut s’empêcher de conclure sur une satisfaction toute régionale. «Avant la fédéralisation, la majorité des Suisses alémaniques ne pensait pas que nous étions aussi bons. Désormais, l’EPFL est au niveau de sa cousine zurichoise.»

Créé: 14.09.2019, 11h48

Le CERN en même temps

Les grognons regretteront une collision de dates qui les obligera à choisir, les autres se réjouiront d’un week-end consacré à la science sur l’arc lémanique. Car ce week-end il n’y a pas que l’EPFL qui ouvre ses portes.Au bout du lac, le CERN a choisi les mêmes dates pour faire découvrir ses installations et proposer quelque 150 activités à plus de 80 000 personnes attendues. «Nous nous sommes rendu compte assez tôt de cette simultanéité et avons discuté de l’éventualité de déplacer l’un des événements. Cela n’a pas été possible pour des questions d’agenda», explique Arnaud Marsollier, porte-parole du CERN. Il ajoute: «Notre collaboration est étroite, nous ne sommes pas concurrents.» Corinne Feuz, son homologue de l’EPFL, confirme: «Nous avons fait des publicités croisées. Les portes ouvertes durant deux jours, les passionnés pourront donc passer un jour à l’EPFL et l’autre au CERN.»

Portes ouvertes

Pratique
Samedi (10-18 h)
et dimanche (10-17 h), ouvert
à tous, gratuit. Site de l’EPFL, Écublens.

Activités
Des drones, des robots, des conférences, des ateliers
sur de nombreuses disciplines:
pas moins de 300 activités sont prévues.


Écoresponsable

La manifestation prône le «zéro plastique, zéro déchet» et offre le trajet en transports publics.

Infos: www.portesouvertes.epfl.ch

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