À l’EPFL, les Suisses sont à la traîne

FormationDu fait d’exigences moins élevées, les détenteurs d’une matu sont plus nombreux à échouer que les étudiants étrangers.

Chez les étudiants, les plus hauts taux d’échec des détenteurs de la matu sont source d’inquiétude, entend-on sur le campus.

Chez les étudiants, les plus hauts taux d’échec des détenteurs de la matu sont source d’inquiétude, entend-on sur le campus. Image: CHRISTIAN BRUN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Mardi, jour de rentrée académique, la ruche de l’EPFL s’est remise à bourdonner. Cette année, ce sont très exactement 1979 nouveaux étudiants en bachelor qui se sont inscrits, un chiffre en légère baisse (–4%) par rapport à l’an dernier.

S’il est bien sûr impossible de prédire l’avenir de ces nouveaux venus individuellement et sans vouloir jouer les Cassandre, il y a tout de même de très fortes chances que les étudiants détenteurs d’une maturité fédérale aient plus de peine à réussir à décrocher leur diplôme que ceux qui ont décroché un titre secondaire à l’étranger.

Car la tendance se confirme volée après volée. L’an dernier, 43% des détenteurs de la matu inscrits à l’EPFL ont réussi leur première année, contre 57% pour les étudiants ayant une formation antérieure française et même 61% pour les étudiants ayant une formation antérieure étrangère non française. Pablo Stebler, étudiant neuchâtelois de deuxième année en informatique, n’a pas l’air surpris par ces écarts. «À la rentrée 2018, nous étions treize de la même classe de La Chaux-de-Fonds à découvrir l’EPFL après avoir décroché une maturité maths et physique. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que deux», lâche le jeune homme, qui estime les étudiants étrangers «mieux préparés».

Pour comprendre, il faut savoir que les critères d’admission à l’EPFL ne sont pas les mêmes pour tous. Pour les jeunes ayant étudié en Suisse, comme le stipule la loi sur les EPF, une maturité fédérale, peu importe la moyenne obtenue et l’option choisie, suffit pour entrer au Poly. Chez les détenteurs d’un titre secondaire supérieur européen, les exigences sont en revanche plus hautes. Leur moyenne générale doit être égale ou supérieure à 80% de la note maximale. Pour un bac scientifique français, cela équivaut à un 16 sur 20.

Faut-il en conclure que les étudiants avec une matu en poche sont moins préparés? Non, balaie Daniel Chuard, délégué à la formation de l’EPFL. «Si on compare ce qui est comparable et qu’on regarde les taux de réussite des détenteurs d’une maturité «physique et application des mathématiques» et des Français au bénéfice d’un baccalauréat scientifique avec une réussite de 80% au minimum par exemple, nos étudiants suisses n’ont pas à rougir.» La précision de l’option faite par le responsable en atteste, le type de maturité pèse lourd dans la réussite des études à l’EPFL. «L’étudiant avec une maturité en arts visuels avec un niveau de mathématiques standard va certainement avoir un plus grand défi pour réussir sa première année», confirme Daniel Chuard.

Depuis trois ans, les étudiants de première année en situation d’échec à la fin du semestre d’automne sont dirigés vers un cursus obligatoire de mise à niveau (MAN). Sa réussite autorise l’étudiant à redoubler, son échec entraîne une exclusion définitive. Là aussi, les Suisses sont plus à la peine que les autres. Daniel Chuard: «57% des étudiants qui ont une maturité physique et application des mathématiques inscrits à la MAN réussissent le semestre, un taux qui baisse à 47% pour les étudiants qui ont une maturité «biologie-chimie». Côté français, 69% des étudiants qui passent par le cours de mise à niveau le réussissent. Dans la mesure où l’école est ouverte à toutes les maturités et que les détenteurs d’un titre européen ont des critères d’admission additionnels, cet écart ne nous étonne pas, il est prédictible.»

Pour éviter l’hécatombe, d’aucuns militent pour un examen d’entrée. Mais l’école s’y refuse. Et la loi sur les EPF ne prévoit pas non plus ce genre de sélection.

Créé: 20.09.2019, 06h52

En chiffres

1979


nouveaux étudiants sont inscrits en bachelor cette année. L’an dernier, 57% des nouveaux étudiants en bachelor avaient une maturité en poche.








43%


Soit le taux des étudiants ayant une formation antérieure suisse qui réussissent la 1re année, contre 57% pour les Français et 61% pour les autres étrangers.

Articles en relation

«Ce que l’EPFL représente a dépassé tout ce que nous avions pu imaginer»

Anniversaire Ancien président de l’EPFL, Jean-Claude Badoux est le seul à avoir vécu la fédéralisation de l’école de l’intérieur. Il se souvient. Plus...

«Je suis de Zurich mais je ne prétériterai pas l’EPFL, je serai là pour tout le monde»

Politique Le recteur de l’Université de Zurich, Michael Hengartner, a été nommé président du Conseil des EPF par le Conseil fédéral. Plus...

L’EPFL n’est plus seule à la barre de l’ambitieux Human Brain

Recherche Conséquence des pressions de Bruxelles, six pays se partagent désormais la gouvernance du projet monstre. Plus...

Trop éphémère, la Fête des Vignerons?

Vevey Des étudiants de l’EPFL, futurs constructeurs, imaginent une prochaine édition plus durable et plus décentralisée. Plus...

L’EPFL teste les potagers domestiques du futur

Durabilité La cafétéria du campus accueille des serres automatisées. Deux étudiants comptent bien commercialiser le concept. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.