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L’éprouvante campagne d’un PS installé au pouvoir

La favorite Rebecca Ruiz a ramé dur face aux attaques. Le 1er tour de ce dimanche clôt une campagne nerveuse.

Nuria Gorrite, Béatrice Métraux, Jacqueline de Quattro, Pascal Broulis, Philippe Leuba et Cesla Amarelle devraient avoir un nouveau collègue ce printemps.
Nuria Gorrite, Béatrice Métraux, Jacqueline de Quattro, Pascal Broulis, Philippe Leuba et Cesla Amarelle devraient avoir un nouveau collègue ce printemps.

Tonnerre de Brest! Une candidate au Conseil d’État qui fait l’objet d’une plainte pénale à une semaine du premier tour de l’élection? C’est sans doute là un événement inédit dans l’histoire politique vaudoise. La socialiste Rebecca Ruiz s’en serait bien passée, après trois mois de campagne qui n’ont pas été de tout repos pour elle. Elle a dû plusieurs fois se défendre, jusqu’à rendre publique une lettre anonyme obscène et injurieuse qui lui est parvenue.

Des cinq candidats, la conseillère nationale a été la plus attaquée par ses adversaires. Logique, puisqu’elle est la grande favorite, perçue comme telle avant même de décrocher l’investiture de son parti. En héritière naturelle de Pierre-Yves Maillard, figure tutélaire du PS, elle veut s’asseoir dans son fauteuil, et intégrer un gouvernement qui est déjà à majorité de gauche.

Modèle maillardien

Cette configuration a mené Rebecca Ruiz à axer son discours sur la continuité, sur la poursuite du modèle maillardien. Ce n’est pas un crève-cœur pour la Lausannoise appartenant à l’aile centriste du PS. Mais pour les effets d’annonce ou les propositions révolutionnaires, on a connu meilleure posture. «Tout apport d’idées nouvelles serait considéré comme une critique à l’égard du populaire Pierre-Yves Maillard, que même la droite se garde bien d’attaquer frontalement», lâche un vieux militant de gauche. D’ailleurs, l’UDC Pascal Dessauges lui-même a bien lissé son discours depuis celui, musclé, servi en janvier à ses pairs, à la tribune du congrès qui l’a désigné candidat.

Objectif depuis lors: faire oublier aux électeurs de centre droit qu’il appartient au parti blochérien, en invoquant les mânes ancestraux du plus fréquentable PAI, le Parti des paysans, artisans et indépendants. «Cela donne un candidat très peu profilé, dont on ne sait guère quel conseiller d’État il ferait», juge un député. «Un surfonctionnaire acratopège, faut-il croire», raille un autre. Bref, un candidat qui pèche ou qui devient acceptable, c’est selon, par sa «transparence».

Dans ce contexte peu propice au réel débat d’idées, Rebecca Ruiz a été sommée de parler d’autre chose que de son programme. De son contrat boiteux à l’État de Vaud, surtout, et de la carrière de son socialiste de mari Benoît Gaillard, bombardé président de la CGN aussi. C’est parce que ses adversaires ont décidé de jouer ce jeu-là. Celui de la polémique, de la campagne négative.

Questions sensibles

Elle et son équipe n’ont peut-être rien trouvé de croustillant à souffler à la presse sur son principal concurrent pour rendre les coups. Ou alors, ils n’ont simplement pas souhaité faire de la politique ainsi. Sans concurrence au PS, Rebecca Ruiz n’a pas eu à subir les affres d’une primaire interne qui l’aurait peut-être un peu cabossée, mais aussi rodée. «Le PS est parti au combat la fleur au fusil et s’est retrouvé à Verdun», image un centriste.

Et c’est souvent la presse qui est désignée comme bouc émissaire, accusée de se focaliser sur «la forme et non sur le fond». Se focaliser sur autre chose que le programme politique n’est pourtant pas un synonyme d’attaque personnelle, relève un politicien de droite. Des contrats professionnels avec l’État de Vaud ne sont pas exactement de l’ordre de la vie privée. Idem pour les postes à responsabilité de son conjoint qui, avant de prendre la présidence de la CGN, a aussi été président du PS lausannois et conseiller personnel de la présidente du gouvernement, Nuria Gorrite.

Questionner ces liens et les potentiels conflits d’intérêts qui en découlent ne remet pas en cause les compétences de l’intéressé. «Le Parti socialiste paie maintenant la posture borderline qu’il a depuis des années avec cette oligarchie de couples qui le dirige», commente un député.

Ces attaques ont ainsi été moins dirigées contre la femme que contre son parti et les soupçons de copinage qu’il pratiquerait. «Le PS est installé dans le fromage. Comme l’était auparavant le Parti radical. Le pouvoir corrompt et il n’y a pas de raison pour que le PS y échappe», ajoute cet observateur.

La rançon de la vertu

Dans les années 80, la Ligue vaudoise l’avait prédit en disant: «Le PS d’aujourd’hui est le Parti radical de demain.» Avec peut-être une grande différence: le Parti socialiste a un discours vertueux que le PLR n’a pas. Ainsi donc, cette campagne a été celle d’un parti qui a fini par s’installer au pouvoir. Et qui tente de le conserver.

Il est peu probable qu’il y parvienne dès ce dimanche. Les pronostiqueurs voient Pascal Dessauges arriver en tête, suivi de peu par Rebecca Ruiz. Mathématiquement, le PDC Axel Marion serait troisième. Mais des voix se font entendre, qui prédisent un score surprenant de la popiste Anaïs Timofte. Le second tour, de l’avis général, se jouera entre les deux favoris. Rebecca Ruiz, après une deuxième campagne, rejoindra sa majorité.

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