Les Érythréens soignent leur image

ImmigrationUne association cantonale veut casser les préjugés qui collent à une communauté méconnue et mieux la faire connaître.

Le lancement de l'Association Vaudoise Erythréenne Gezana a eu lieu mardi à la maison de quartier sous-gare à Lausanne.

Le lancement de l'Association Vaudoise Erythréenne Gezana a eu lieu mardi à la maison de quartier sous-gare à Lausanne. Image: Philippe Maeder

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«Les gens ne connaissent pas les Érythréens. Je leur dis qu’il ne faut pas juger un livre sur sa couverture!» A la maison de quartier sous-gare, le 26 février en soirée à Lausanne, ce père de famille était venu en curieux assister au lancement de l’Association Vaudoise Érythréenne Gezana. Fondée en novembre dernier, elle se fait fort de devenir le visage d’une communauté qui reste méconnue, alors qu’elle compte au moins 3200 personnes dans le canton.

Image à améliorer

«L’image des Érythréens est trop souvent perçue comme passive, voire négative, alors qu’il y a énormément de gens qui travaillent et qui construisent», estime Feven Afeworki, l’une des coprésidentes de l’association. Alors que l’Érythrée est l’un des principaux pays de provenance des requérants d’asile en Suisse et dans le canton de Vaud, elle redoute que les clichés pèsent sur la motivation de ceux qui doivent s’intégrer. Parmi la quarantaine de personnes présentes pour ce baptême, Samson Teklehaimanot, un jeune membre de l’association, relève que les Érythréens apparaissent souvent dans la presse pour de mauvaises raisons. «Je suis apprenti, mais on ne parle jamais des gens très motivés comme moi.»

Communication et entraide

L’association promet de mener des actions de communication pour «casser les préjugés», mais ce n’est pas son seul but. Elle propose ainsi déjà des permanences hebdomadaires à Lausanne pour aider les nouveaux arrivants dans leurs démarches d’intégration. «Ceux qui sont en Suisse depuis longtemps ont des choses à apporter à ceux qui arrivent», observe Mikike Zetay, la vingtaine. Arrivé en Suisse il y a trois ans, il suit un apprentissage et se prête sans problème aux questions-réponses en français. «Aujourd’hui, ma situation est régularisée, mais je suis content d’avoir eu le soutien des personnes qui montent cette association aujourd’hui.» Pour Feven Afewoki, il s’agit justement de créer une dynamique au sein de la communauté: «Il y a des gens compétents pour permettre cette entraide, mais jusqu’ici, il n’y avait pas de centralisation.»

On pourrait s’étonner qu’une communauté aussi présente dans le canton ne se soit pas mieux fédérée jusqu’ici. «Ça n’a pas été facile de rassembler, admet la jeune femme. Il y a les exilés récents et ceux qui sont ici depuis longtemps. Les gens appartiennent aussi à des générations, des quartiers et des confessions différentes.» Elle précise d’ailleurs que l’association est apolitique, un élément qui a son importance au vu des tensions qui règnent en Érythrée encore aujourd’hui. «Il y a parmi nous les anti- et les progouvernement, glisse un homme dans l’assemblée. J’espère que cette association pourra aller au-delà de ces clivages.»

Des Suisses au comité

Avec un comité qui comprend même des suisses sans origine érythréenne, l’association affiche sa volonté de créer des ponts aussi avec le reste de la société. «Érythréens et Suisses peuvent travailler ensemble pour la même communauté. Il faut qu’il y ait des échanges de savoirs entre les deux», justifie son second coprésident, Andreas Zurbrugg, qui comme Feven Afeworki est engagé depuis plusieurs années dans le milieu du soutien aux migrants.

Renforcer le dialogue

L’un des objectifs de Gezana est d’ailleurs de renforcer le dialogue entre les Érythréens et les institutions suisses et vaudoises, qui selon Feven Aferworki suscitent parfois de la méfiance. «Une association peut avoir un rôle pour transmettre les besoins de la communauté vis-à-vis des autorités et inversement.»

Créé: 11.03.2019, 07h52

«Je suis apprenti, mais on ne parle jamais des gens très motivés comme moi»
Samson Teklehaimanot, apprenti, membre de l’association

«Nous voulons créer une dynamique au sein de la communauté»
Feven Afeworki, coprésidente de l’association

«Érythréens et Suisses peuvent travailler ensemble. Il faut des échanges de savoirs»
Andreas Zurbrugg, coprésident de l’association

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