«Dans l’espace, c’est la mission avant tout!»

AnniversaireA quelques semaines du 25e anniversaire de sa première mission spatiale, Claude Nicollier évoque cette période faste pour l’histoire spatiale suisse. Une soirée événement lui rendra hommage.

Claude Nicollier et une maquette d’Atlantis, la première navette à l’avoir emmené dans l’espace

Claude Nicollier et une maquette d’Atlantis, la première navette à l’avoir emmené dans l’espace

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Il a été le premier Suisse – et le seul à ce jour – à avoir été dans l’espace. Pour fêter les 25 ans de sa première mission à bord de la navette Atlantis, Claude Nicollier aura droit à une soirée hommage sous forme de conférence-spectacle en fin d’année ( lire ci-dessous ). L’occasion, pour le principal intéressé, de revenir sur cet événement historique pour la Suisse et le canton de Vaud et de parler espace. Interview la tête dans les étoiles.

Que ressent-on quand on s’envole pour l’espace?
Le premier vol dans l’espace est un moment très significatif dans la vie d’un astronaute. On découvre quelque chose de tout à fait nouveau, d’étrange et de magnifique, mais aussi d’inquiétant. Dans les premières secondes de la montée, j’étais en effet un peu inquiet. On est tellement secoué! Le simulateur nous aide à nous donner un aperçu de ce qui nous attend, mais de telles secousses, je ne m’y attendais pas. Je me disais: «Wow, à chaque instant, la vitesse augmente de 30 mètres par seconde pour arriver à 28 000 km/h en fin de poussée, soit 7,7 km par seconde.»


En orbite grâce à la navette «Discovery» pour ce qui est son quatrième et dernier séjour au-dessus de la Terre, Claude Nicollier (à dr), s’offre une sortie dans l’espace, le 23 décembre 1999. But de la mission: la maintenance et la réparation du télescope spatial «Hubble».

Vos quatre vols entre 1992 et 1999 et la découverte de la première exoplanète par Michel Mayor en 1995… Les années 90, une période faste pour l’histoire spatiale suisse.
Oh oui. (Rires.) Dans l’espace, on a le droit d’emporter des objets: ce peut être une photo de famille, la montre de son père, un fanion d’escadrille ou encore un drapeau suisse pour le Conseil fédéral. Pour ma troisième mission, j’avais emporté un document qui décrivait les mesures réalisées par Michel Mayor à l’observatoire de Haute-Provence qui lui ont permis d’arriver à la conclusion qu’il avait découvert une exoplanète. C’était un grand moment pour l’astrophysique et pour la Suisse.

Aujourd’hui, où en est notre pays dans la conquête spatiale?
La Suisse est une grande nation spatiale, sans aucun doute. C’est l’un des 22 membres de l’ESA (l’Agence spatiale européenne), certes modeste – de l’ordre de 3,5% – mais extrêmement respecté, en particulier pour ses niches industrielles. On peut citer les horloges atomiques du système Galileo ( ndlr: le pendant européen du système de positionnement américain GPS ) qui sont fabriquées à Neuchâtel, les coiffes d’Ariane construites par RUAG, à Zurich, ainsi que la société Apco, à Aigle, qui va être impliquée dans le prochain lanceur de l’ESA, Ariane VI.

Du coup, à quand un autre Suisse dans l’espace?
La brillance de l’industrie aérospatiale suisse a peu à voir avec la probabilité de voir un Suisse ou une Suissesse devenir astronaute. Si je n’ai pas encore de successeur, c’est qu’il n’y a pas de place. L’ESA compte 22 pays et, pour des raisons évidentes, notamment de taille, de nombreuses places sont trustées par la France, l’Allemagne et l’Italie. Les petits pays comptent moins.

Plusieurs astronautes de la Station spatiale internationale (ISS) ont publié sur Internet des photos à couper le souffle de la Terre. Avez-vous admiré le même spectacle?
J’ai passé un peu plus de 43 jours dans l’espace, ce qui n’est pas beaucoup par rapport à mes collègues qui passent plusieurs mois dans la station. Les vols navette sont très intenses. On monte, on bosse comme des fous durant dix jours et on rentre épuisé. L’apesanteur, les vues de la Terre, c’est magnifique, mais je retiens surtout la satisfaction de la mission réussie. On a tendance à se focaliser sur les vues de notre planète, mais c’est la mission avant tout. De plus, nous n’avions pas beaucoup de temps. Dans le plan de vol, le temps est divisé en tranches de 24 heures: on travaille 12-13 heures, on dort 7 heures avec un petit peu de temps de libre entre deux. A l’inverse, dans la station où ils restent six mois, les astronautes travaillent moins le week-end, comme sur Terre, et ont davantage de temps libre.

Vous rentrez du Starmus Festival, où le célèbre astrophysicien Stephen Hawking s’est dit convaincu que l’homme devait quitter la Terre pour survivre. Qu’en pensez-vous?
Avec son intelligence hors norme, on ne peut que l’écouter. Mais tous ne partagent pas son pessimisme, qui consiste à penser qu’il faut quitter la Terre parce qu’elle va devenir invivable. Ce qui est en revanche certain, c’est l’impact d’une grosse météorite sur Terre comme il y a 65 millions d’années. Les nations spatiales doivent s’en soucier. A terme, on doit être capable de dévier des géocroiseurs, ces astéroïdes qui sont sur des orbites proches de celles de la Terre et qui, parfois, passent très près. Si l’un d’eux venait à mesurer plusieurs dizaines de kilomètres, il pourrait conduire à la disparition de la vie. Il est possible que, dans quelques années, un passage ait lieu si près que, compte tenu des incertitudes des prédictions, un impact ne soit pas impossible. L’idée étant de l’intercepter et de le dévier.

Plutôt que de partir coloniser Mars?
Il faut faire les deux. Arrivera-t-on un jour à «terraformer» Mars, soit rendre son atmosphère respirable? Je l’ignore, mais il y a de l’oxygène sur Mars. On pourrait donc y vivre avec plus de chances que sur la Lune. En conclusion, il faut protéger la Terre, notamment du réchauffement climatique, et en même temps explorer la possibilité d’aller vivre ailleurs. Mais une exploration par de petits groupes d’hommes et non pas une colonisation massive de Mars.

Créé: 27.06.2017, 06h54

Opération massepain

«La soirée du 3 novembre réunira deux pans de ma vie: des amis proches et ceux qui ont compté dans ma carrière», se réjouit Claude Nicollier.
Si l’astrophysicien vaudois Michel Mayor et le spationaute français Jean-François Clervoy (avec qui il est allé dans l’espace fin 1999) rendront hommage au professionnel de l’espace, le dessinateur et père de Yakari, Claude de Ribaupierre – dit Derib –, jouera, lui, sur un registre plus intime. «Nous sommes amis d’enfance, nous avons grandi à La Tour-de-Peilz, se souvient le dessinateur. De 5 à 20 ans, nous étions inséparables. A l’école, en vacances, toujours ensemble. A 10 ans, il voulait être pilote et moi, dessinateur. Nous avons réalisé nos rêves.»

Intime de Claude Nicollier, Derib s’amuse d’avoir une image totalement différente de celle «du seul Suisse à être allé dans l’espace». Anecdote à l’appui: «A 8-10 ans, nous rentrions du Collège de Vevey à vélo et avions acheté des petits pains. Nous pensions que si nous les frottions fort entre nos mains, nous obtiendrions du massepain. Après essai, nous nous sommes vite rendu compte que ce n’était pas bon.»

«Nicollier comme on ne l’a jamais vu»

Après Buzz Aldrin, au tour de Claude Nicollier. Le 3 novembre prochain, la société Swissapollo relance son concept de soirée-événement, à mi-chemin entre
le spectacle et la conférence. «Il s’agit de célébrer les 25 ans de la première mission de Claude Nicollier en racontant l’histoire
de ce Suisse d’exception. Il a fait partie du premier groupe d’Européens sélectionné par la NASA. Il a véritablement ouvert la voie à de nombreux autres astronautes du Vieux-Continent», s’enthousiasme Lukas Viglietti, président de Swissapollo et commandant de bord sur Airbus. Au milieu d’un décor évidemment spatial, la soirée reviendra sur l’histoire du Vaudois racontée par une série d’orateurs de marque.
Y participeront pêle-mêle l’astrophysicien vaudois découvreur de la première exoplanète Michel Mayor, le spationaute français Jean-François Clervoy, le marcheur lunaire Charles Duke, mais aussi l’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi et Derib, l’ami d’enfance. «Les gens pensent connaître Claude Nicollier, mais ils vont le découvrir comme ils ne l’ont jamais vu.»
E.BZ


Tickets: www.swissapollo.ch

www.ticketcorner.ch

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