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L’esprit des polices de village revient par la bande

Engager un assistant de sécurité publique séduit de plus en plus de petites communes, dont certaines avaient leur propre police jusqu’aux années 2000. Surtout connus pour les amendes en ville, ils ont un rôle différent en campagne.

Raphaël Falconnier est l'assistant de sécurité publique (ASP) pour cinq villages du district de Nyon depuis 2015: Gingins (auquel il est rattaché administrativement), Crassier, Borex, Eysins et La Rippe. Après avoir fait son école de gendarmerie à Genève, il a été policier au sein de la Police de l'Ouest lausannois et y a obtenu le grade de sergent. «Ici, dans les petits villages, c'est la proximité qui m'a plu.»
Raphaël Falconnier est l'assistant de sécurité publique (ASP) pour cinq villages du district de Nyon depuis 2015: Gingins (auquel il est rattaché administrativement), Crassier, Borex, Eysins et La Rippe. Après avoir fait son école de gendarmerie à Genève, il a été policier au sein de la Police de l'Ouest lausannois et y a obtenu le grade de sergent. «Ici, dans les petits villages, c'est la proximité qui m'a plu.»
Patrick Martin
Patrick Frutig est ASP depuis 2012. Cet ancien électricien multiplie les tâches: gestion du concept de sécurité de la station, coordination de la sécurité lors de manifestations, contrôle du stationnement, gestion des flux de circulation en cas de besoin, commission avalanches, contrôle des haies, etc. Il est officier chez les pompiers, d'où une dérogation pour un feu bleu sur sa voiture en cas d'alarme.
Patrick Frutig est ASP depuis 2012. Cet ancien électricien multiplie les tâches: gestion du concept de sécurité de la station, coordination de la sécurité lors de manifestations, contrôle du stationnement, gestion des flux de circulation en cas de besoin, commission avalanches, contrôle des haies, etc. Il est officier chez les pompiers, d'où une dérogation pour un feu bleu sur sa voiture en cas d'alarme.
Patrick Martin
Malgré son accent américain, Sonia Barns est une enfant de la région, née à Orzens. Mais pendant vingt?ans, elle a œuvré comme «animal control officer» au sein des services de sécurité de Las Vegas. Elle est ASP à Echallens depuis 2012, après avoir travaillé trois ans à Lausanne. «Ici, il y a l'esprit de village qu'on n'a pas à Lausanne. Notre travail est varié, avec environ 40 tâches différentes.»
Malgré son accent américain, Sonia Barns est une enfant de la région, née à Orzens. Mais pendant vingt?ans, elle a œuvré comme «animal control officer» au sein des services de sécurité de Las Vegas. Elle est ASP à Echallens depuis 2012, après avoir travaillé trois ans à Lausanne. «Ici, il y a l'esprit de village qu'on n'a pas à Lausanne. Notre travail est varié, avec environ 40 tâches différentes.»
Patrick Martin
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Jusqu’aux années 2000, le canton de Vaud connaissait plusieurs dizaines de petites polices communales, à côté de la cantonale et des polices des villes. Elles ont progressivement disparu avec les différentes réformes policières, certaines se sont fondues dans des corps plus grands. Mais sont-elles vraiment mortes pour autant? Pas vraiment. On assisterait presque aujourd’hui à une renaissance.

Pourquoi? Parce qu’un certain nombre de villages s’intéressent de plus en plus aux assistants de sécurité publique (ASP). On les nomme parfois à tort «les flics en gris», par opposition aux gendarmes et aux policiers, qui arborent des uniformes bleus. En ville, on les connaît surtout pour les amendes qu’ils infligent aux véhicules mal garés. Mais leurs tâches sont plus nombreuses. A noter qu’ils ne sont pas armés, n’ont pas le droit d’utiliser la contrainte et ne peuvent pas obliger quelqu’un à s’identifier. Légalement, ce sont des civils.

Parmi ces villages qui choisissent le modèle de l’ASP, il y a d’abord les communes qui avaient leurs propres polices locales. Au moment de les supprimer, elles ont transformé certains anciens policiers en «gris». Si le phénomène campagnard n’est donc pas nouveau, il prend de l’ampleur, au point d’intéresser les villages qui n’avaient pas de police. La mode, maintenant, est de se partager un même assistant entre plusieurs villages. Un projet est actuellement en cours à Echallens, avec un ASP financé par les communes voisines qui y seraient potentiellement intéressées.

Des policiers au rabais?

Aujourd’hui, environ 30% des ASP vaudois travaillent pour une petite commune. On en compte en effet 63 dans des villages sans police, selon la gendarmerie, sur un total de plus de 220. Leurs tâches sont variées: stationnement, circulation, signalisation, police administrative, dénonciations, surveillance, commandements de payer, etc. Certaines communes les utilisent aussi pour contrôler la déchetterie, surveiller la circulation aux abords des écoles, patrouiller (parfois la nuit), auditionner les candidats à la naturalisation, lutter contre les incivilités, la petite délinquance, les nuisances sonores et le littering, et tant d’autres.

Syndics et municipaux se défendent d’engager des «flics au rabais». Mais force est de constater qu’un assistant de sécurité public coûte moins cher qu’un policier. Les villages ne divulguent pas les salaires, par respect pour leurs employés, mais on sait qu’un ASP touche entre 55'000 et 80'000 à la police cantonale, et entre 61'000 et 80'000 francs à Lausanne. Pour ce qui est du salaire des policiers, aucune police ne donne de chiffres précis. La Cour des comptes rappelait par contre en juin que le coût d’un gendarme est de 211'000 francs par an, ce qui comprend le salaire, les charges sociales, les frais, etc.

Parmi les tâches d’un ASP, beaucoup pourraient être effectuées par d’autres employés communaux, voire par les membres de la Municipalité eux-mêmes. C’est le cas, par exemple, des dénonciations. Mais dans le discours des élus locaux, un argument revient sans cesse: engager un «gris», c’est garantir la visibilité d’un uniforme dans le village, ce que demanderaient les habitants. «Nous avons préféré nous doter d’une sécurité municipale, car c’est de la visibilité positive, en uniforme, qui rassure la population», explique Stéphane Constantini, le syndic de Vallorbe. Sa Commune avait un corps de police locale avant la réforme et certains de ses agents sont devenus ASP. Partis à la retraite, ils ont été remplacés par d’autres assistants. «Si nous ne les avions pas, ajoute Stéphane Constantini, nous devrions de toute façon engager du personnel dans d’autres services pour effectuer ces tâches. Avec des ASP, nous avons des gens au bénéfice d’une formation spéciale.»

Petites incivilités

A Avenches, la municipale Laure Ryser tient le même discours: «Notre but est la satisfaction de la population et nous avons besoin d’une présence plus forte au quotidien, que la gendarmerie ne peut pas toujours fournir, ce qui est logique.» La Commune a formé quatre ASP en quatre ans à Savatan et en emploie actuellement un. «Cela ne veut pas dire que les incivilités augmentent. Mais nous avons la chance d’accueillir de grandes manifestations, qui demandent un important travail de préparation pour la sécurité, les parkings et la circulation.»

«Petites incivilités». Ces deux mots reviennent fréquemment dans le discours des élus locaux. La multiplication des ASP est-elle le signe que les incivilités prennent de l’ampleur en campagne? Non, assurent les élus et leurs employés. «Il s’agit de petites incivilités, qui se règlent grâce à la prévention: comme des nuisances sonores, par exemple lors de réunions de jeunes, ou le littering», explique Raphaël Falconnier, ASP à Gingins, Eysins, Crassier, Borex et La Rippe (lire ci-dessous). «Je travaille avec la parole, dans un rôle d’appui aux municipalités, comme premier échelon de la sécurité.»

Le but, en tout cas, n’est pas de faire du chiffre avec les amendes. Vérification faite dans les comptes des communes concernées: aucune ne gagne de l’argent grâce aux amendes infligées par leurs ASP. A titre d’exemple, prenons deux villages employant plusieurs personnes: en 2016, Avenches a versé 175'000 francs de traitement au chapitre «corps de police», tandis que les amendes avoisinaient les 67'000 francs. A Vallorbe, ces chiffres se montaient respectivement à 168'000 et 37'000 francs.

Regrets face à la gendarmerie

Alors que les communes payent chaque année 64 millions de francs à l’Etat de Vaud au titre de la facture policière (selon la Cour des comptes), certains municipaux font le rapprochement entre ce qu’ils versent, leur choix de prendre un ASP et la fréquence des venues de la gendarmerie sur leurs terres. Derrière le discours sur leurs «gris», on sent poindre chez certains une critique face à la gendarmerie. En coulisses, certains sont directs. Officiellement, les regrets sont plus mesurés, à entendre Jean-Marie Sonney, municipal à Gingins: «Avec un ASP, nous avons quelqu’un directement sous la main. La police cantonale, nous ne la voyons pas souvent chez nous. Nous voyons plus régulièrement les gardes-frontières.»

La gendarmerie serait-elle absente des villages qui font le choix d’engager un «gris» pour faire respecter leur règlement général de police? Non, selon Philippe Jaton, premier-lieutenant à la gendarmerie, dont le commandant est l’organe de contrôle et de surveillance des ASP des villages sans police communale.

Pour lui, les rôles sont différents: «Les communes s’occupent du respect de l’ordre public sur leur territoire en délégant certaines compétences aux ASP et aux préposés RLVCR (ndlr: règlement d’application de la loi vaudoise sur la circulation routière). La gendarmerie gère la sécurité de plus de 250 communes vaudoises et ne peut tout simplement pas intervenir simultanément sur chacune.» Il ajoute que les tâches dévolues aux assistants et aux préposés RLVCR permettent de décharger les policiers, pour leur permettre d’effectuer les missions générales de police, plutôt que de l’administratif.

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