L’Etat cafouille avec le transport des enfants handicapés

EcoleDes élèves bénéficient d’un service de transport auquel ils ne devraient pas avoir droit. Leur abandon met des parents en émoi.

Valérie Rosa accuse le coup: trois mois après la rentrée, elle apprend que le minibus ne prendra plus en charge sa fille Diéva dès janvier.

Valérie Rosa accuse le coup: trois mois après la rentrée, elle apprend que le minibus ne prendra plus en charge sa fille Diéva dès janvier. Image: Vanessa Cardoso

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Maman d’une fillette hyper­active de haut niveau, Valérie Rosa en a gros sur le cœur. La Pulliérane avait convenu avec les instances scolaires que Diéva, 8 ans, changerait d’école pour intégrer à la rentrée d’août une classe spécialisée du Collège de Chantemerle, où son trouble du déficit de l’attention serait mieux pris en compte. Moyennant, pour cela, qu’un transport en minivan taxi soit assuré pour l’y emmener le matin et la ramener le soir à la maison. «On m’a dit que le Service de l’enseignement spécialisé et de l’appui à la formation (SESAF) prendrait le coût en charge. C’était important pour nous dans le choix d’orienter notre fille à Chantemerle», indique la maman. Patatras. En octobre, on l’informe que ce service s’arrêtera dès le 1er janvier et qu’il n’aurait jamais dû lui être proposé. «Il n’y a eu aucun contact préalable, je suis pourtant ouverte à discuter…»

D’autres parents sont touchés par cette mesure dans le quartier où vit la famille Rosa. Mais tous ne sont pas placés dans la même situation compliquée. Valérie, qui vit séparée de son mari avec ses trois enfants, est indépendante et travaille dans l’événementiel. «Je dois souvent fixer des rendez-vous professionnels le matin et en fin de journée, je ne peux tout simplement pas assurer moi-même chaque jour le transport scolaire de Diéva.» De plus, le taxi était la solution la plus appropriée, explique-t-elle: «Ma fille ne peut pas se rendre seule à pied à l’école, ce serait trop dangereux avec son trouble de l’attention, elle risquerait à tout moment de traverser la route sans regarder si une voiture arrive.»

Équité et respect du règlement
Chef du SESAF, Serge Loutan justifie la décision par le souci d’équité et le respect strict du règlement vaudois sur les transports scolaires ainsi que d’un accord intercantonal. «L’État prend en charge les frais de transport pour les élèves atteints d’une déficience ou d’un trouble invalidant si ce dernier les empêche de se déplacer seuls – nous regardons donc au cas par cas, selon les besoins de l’enfant –, ou si le trajet jusqu’à l’école excède 2,5 kilomètres», résume-t-il. Et de préciser que la famille Rosa habite à environ 1 kilomètre du Collège de Chantemerle. «Il peut être attendu que les parents accompagnent leur enfant ou trouvent des solutions avec d’autres parents, au même titre que toutes les autres familles. D’autres enfants du quartier fréquentent cette même classe et une solution de Pédibus pourrait être mise en place.» Pas si simple, selon la maman: «Avec le taxi qui prend en charge un petit nombre d’enfants, cela évite que Diéva ait trop de stimulations et d’interactions avec des camarades. Elle n’arrive pas surexcitée en classe. Si c’était le cas, cela lui prendrait beaucoup de temps avant d’arriver à se recentrer.» D’ailleurs, souligne Valérie Rosa, la rentrée scolaire de sa fille s’est bien passée et ses résultats à l’école sont encourageants. «Supprimer le transport en minibus, c’est mettre en péril tout ce que l’on a construit jusque-là.»

Valérie Rosa n’est pas seule dans son cas. Le mois dernier, la Lausannoise Létizia Pierro témoignait dans Le Matin vivre une situation identique avec son fils autiste âgé de 7 ans (lire ci-dessous). Dans les deux cas, des vérifications du SESAF auprès des classes spécialisées ont montré que le transport mis en place contrevenait au règlement. Ces histoires préoccupent Pro Infirmis Vaud, indique sa directrice, Monique Richoz. «Nous sommes en train de les documenter avec notre service BSPE (ndlr: Besoins spéciaux de la petite enfance) pour nous en faire une idée précise.» Pour la spécialiste, ces cas montrent que l’école inclusive, qui vise à intégrer davantage d’enfants en situation de handicap dans des classes ordinaires, ne se résume pas à octroyer du soutien en classe aux professeurs. «C’est une philosophie à laquelle nous sommes très favorables. Elle implique de bien penser à tous les paramètres. Souvent, les institutions spécialisées prennent en charge le transport de l’élève, ce qui entre dans le coût global que paie ensuite l’État. C’est un pan qu’il faut aussi prendre en compte pour que l’intégration de l’enfant dans le système scolaire ordinaire soit réussie.» (24 heures)

Créé: 15.11.2017, 06h47

Une famille saisit le tribunal

Sur les hauts de Lausanne, ce sont les Pierro qui se retrouvent dans la panade. Atteint d’un retard de développement et de troubles autistiques, Alexandre (7 ans) se rendait en minibus à l’école de Rovéréaz. Et ce depuis plus de deux ans. Un service qui sera aussi supprimé dès janvier car le SESAF s’est, là aussi, aperçu que le domicile familial se situe à moins de 2,5 km de l’établissement. Ce bouleversement n’a rien d’anodin pour l’enfant, qui appréciait cette solution et qui a besoin de stabilité pour affronter ses angoisses. Sa maman, Létizia, est dans l’impasse: «Nous avions choisi cette école pour les facilités qu’elle présentait en matière de transport. Mes deux enfants sont à l’AI et ne sont pas scolarisés au même endroit, je ne peux pas me dédoubler!» La famille a déposé un recours devant la Cour de droit administratif et public, moyennant le versement de 500 francs d’avance de frais. «Nous avons obtenu un effet suspensif. Tant que le cas n’est pas jugé, Alexandre pourra continuer à prendre le minibus», glisse Létizia Pierro.

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