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L’Etat pourrait opérer les lynx pour mieux les réguler

Une motion, votée par le Grand Conseil, propose de rendre ces grands félins stériles. Ce serait une «mort lente» pour l’espèce clament certains.

Les députés ont accepté, à une courte majorité, au début du mois une motion proposant de limiter le nombre de lynx dans le canton, en les opérant pour les rendre stériles.
Les députés ont accepté, à une courte majorité, au début du mois une motion proposant de limiter le nombre de lynx dans le canton, en les opérant pour les rendre stériles.
KEYSTONE

Opérer les lynx pour éviter qu’ils prolifèrent dans le canton. C’est la proposition faite par le député Dominique Bonny, et acceptée de justesse par le Grand Conseil le 6 janvier (67 oui, 64 non) en toute fin de séance. Le texte prévoit «la possibilité, outre le tir ou le déplacement, de procéder à la vasectomie pour les mâles et à l’hystérectomie pour les femelles lynx».

Le député, qui n’est pas chasseur, confie avoir voulu trouver «une méthode douce» pour résoudre la question de la «surpopulation de lynx» dans le canton. «Je ne suis pas contre ce bel animal, que je ne voudrais par tirer, précise le Combier. Je suis proche de la nature et constate que l’on voit de moins en moins de chevreuils et de chamois, à la Vallée notamment. Il y a un réel phénomène qui se produit ces dernières années.»

Des éleveurs de la région lui ont fait part de leurs craintes face à la présence de ce prédateur, repéré jusqu’à Burtigny. «En août 2013, six veaux ont dû être euthanasiés après avoir été mordus près de la Buvette des Croisettes, au Mollendruz, rapporte Dominique Bonny. Le personnel du restaurant a alors dit avoir vu un lynx attaquer un veau. Le Service de la faune n’a toutefois pas pu prouver qu’il était l’auteur de ces attaques. Ça m’a poussé à agir.»

Quatre fois trop de lynx?

Dans le Jura vaudois, quinze lynx ont été recensés en 2012. Il y en aurait un tous les 40 km2, selon les données du Service de la faune. La même année, neuf autres ont été observés dans les Préalpes, soit un tous les 33 km2. C’est quatre à cinq fois trop, selon le motionnaire. «Les lynx sont nombreux dans notre canton, on le sait, a commenté la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro, à la tête du Département de la sécurité et de l’environnement, au début du mois devant l’assemblée. Nous préférons la translocation des animaux, qui permet de lever un peu la pression existante, même si ce n’est pas la panacée.»

Chaque année, près de 800 ongulés sauvages sont croqués à la vallée de Joux par ces grands félins, soit un par semaine par prédateur. C’est toutefois moins que le millier tué sur les routes et les 1000 individus tirés par les chasseurs.

Ces dernières années, le Canton a capturé et déplacé plusieurs lynx, dans d’autres cantons ou pays. «Mais il faut que les individus attrapés répondent à une série de critères, ce qui fait qu’ils sont généralement relâchés, regrette Dominique Bonny. On pourrait les opérer avant de le faire, donner un outil de plus à l’Etat pour agir.» Cette procédure médicale – qui ne modifierait pas les cycles hormonaux de l’animal contrairement à la stérilisation – serait coûteuse et complexe à mettre en place, répond le Canton.

Ce dernier rappelle que l’association des chasseurs Diana Vaud a déjà posé la question de la stérilisation en février 2012 à la Confédération. L’Office fédéral de l’environnement avait alors rejeté cette idée, soulignant qu’elle pourrait avoir des effets encore inconnus sur le bien-être de l’animal. De plus, selon Jacqueline de Quattro, «la stérilisation n’est pas compatible avec le droit fédéral, elle demanderait en tout cas une révision de l’ordonnance sur la chasse, qui vient d’être revue.»

«Fausse bonne idée»

Pour les députés opposés au texte, il s’agit d’une «fausse bonne idée», qui créera des problèmes de consanguinité nuisant au cheptel de lynx. Les Verts estiment même qu’elle signera une «mort lente» de l’espèce. Avis partagé dans le rapport de minorité de la motion, pour qui cette «mesure est pernicieuse sur le long terme et revient, de facto, à proposer une élimination du lynx». «Comme notre pays a une responsabilité particulière pour sa survie en Europe, nous sommes totalement opposés à sa régulation», martèle Michel Bongard, de Pro Natura.

Le WWF estime, quant à lui, qu’il n’y a pas de surpopulation de lynx. «Peut-être que cette solution est utopique, même si on pratique des vasectomies et des hystérectomies sur les chats et même les humains, conclut Dominique Bonny. Pourquoi le Canton ne deviendrait-il pas un laboratoire à l’échelle 1/1 pour la Confédération dans ce domaine? Cette motion a le mérite de mettre la pression sur le Conseil d’Etat.» Ce dernier a un an pour y répondre

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