L’Etat tourne la page des «petits copains»

Conseils d’administrationLe gouvernement nomme des représentants dans les organes de plus de 200 sociétés et fondations. Priorité aux compétences.

La cheffe de la Culture, Brigitte Waridel (à gauche), est celle qui participe au plus grand nombre de conseils de fondation. L’ancienne conseillère d’Etat Jacqueline Maurer (à droite) est l’une des rares politiques à représenter l’Etat.

La cheffe de la Culture, Brigitte Waridel (à gauche), est celle qui participe au plus grand nombre de conseils de fondation. L’ancienne conseillère d’Etat Jacqueline Maurer (à droite) est l’une des rares politiques à représenter l’Etat. Image: PATRICK MARTIN / PHILIPPE MAEDER

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Il faut se garder des préjugés. Depuis le début de l’année, le Département des finances et des relations extérieures remet à jour une liste qu’on pouvait imaginer explosive. Il s’agit des centaines de personnes qui sont désignées par le seul Conseil d’Etat dans les conseils d’administration ou de fondation de plus de 200 sociétés et institutions où l’Etat doit avoir un représentant. Certaines sont connues, comme la Banque Cantonale Vaudoise ou Romande Energie. D’autres s’avèrent presque mystérieuses, comme la Fondation pour les nouvelles orgues de la cathédrale de Lausanne ou la Fondation Dr Ernest-Alfred Correvon en faveur de jeunes filles vaudoises habitant Lausanne.

Ces nominations renouvelées régulièrement font rarement l’objet d’une communication de l’Etat. Une invitation à imaginer que c’est l’occasion rêvée pour les conseillers d’Etat de placer des camarades de parti à des postes stratégiques ou à des sinécures lucratives? Une invitation à prédire que le changement de majorité au gouvernement entraînera une purge au profit de détenteurs de cartes de parti rose ou verte? «L’Etat nomme ses représentants en fonction de leurs compétences et de leurs expériences professionnelles», rétorque Mélanie Desmeules, secrétaire générale adjointe au Département des finances. Et, après la lecture de cette longue liste, force est de reconnaître que l’antique usage de nommer des amis politiques tombe en désuétude (lire ci-contre).

D’abord fonctionnaires

Premier constat: l’écrasante majorité des personnes envoyées dans des conseils d’administration ou de fondation sont des hauts fonctionnaires. Les préfets sont très présents dans les sociétés à caractère régional; les chefs de service ou leurs adjoints dans des sociétés qui exigent des compétences pointues. Ils n’en tirent aucun avantage financier puisqu’ils doivent rendre à l’Etat leurs jetons de présence. Plusieurs chefs de service cumulent ainsi un nombre de mandats impressionnant. Le record est entre les mains de la cheffe du Service des affaires culturelles, Brigitte Waridel, qui siège dans une vingtaine de fondations. Les conseillers d’Etat eux-mêmes représentent parfois l’Etat dans des organismes jugés stratégiques. Pierre-Yves Maillard est ainsi aux Retraites Populaires. La loi l’exige: Jacqueline de Quattro est à l’ECA, l’Etablissement d’assurance contre l’incendie et les éléments naturels du canton de Vaud.

Des spécialistes

Parmi la minorité des représentants de l’Etat qui ne travaillent pas dans l’administration, beaucoup sont des experts dans le domaine où l’Etat les envoie. Ainsi, le spécialiste de l’histoire des fortifications Jean-Jacques Rapin est délégué du canton à la Fondation de la forteresse historique de Saint-Maurice, le président de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, Bernard Rüeger, représente l’Etat à la Fondation de Beaulieu et l’ancien président de la Banque Cantonale du Jura Paul-André Sanglard à la BCV. Le Conseil d’Etat nomme également de nombreux avocats, les compétences juridiques étant rarement inutiles dans un conseil d’administration.

Rares politiques

Minorité de cette minorité, une poignée de politiques siègent tout de même dans des conseils comme délégués du canton. Quatre anciens conseillers d’Etat remplissent de tels mandats. La radicale Jacqueline Maurer représente l’Etat à la Loterie Romande et à Genève Aéroport. Le socialiste Daniel Schmutz à Romande Energie Holding SA. Son camarade Jean Jacques Schwaab siège à la CGN. L’UDC Pierre-François Veillon représente Vaud aux Salines de Bex et au MOB. A ceux-là, il faut ajouter une pincée de députés en exercice ou à la retraite: six libéraux-radicaux, un UDC, deux socialistes et un Vert. Pas de quoi fouetter un chat.

Créé: 16.04.2012, 22h51

Deux lois marquent le virage

André Gavillet a été conseiller d’Etat socialiste de 1970 à 1981. Il se souvient de l’usage de l’époque qui a longtemps été la règle: «Lorsque j’étais en fonctions, il y avait beaucoup de radicaux parmi les membres des conseils d’administration désignés par le Conseil d’Etat.»

Pour le président du Conseil d’Etat, Pascal Broulis, la révolution a réellement commencé en 2004: «Nous avons adopté la loi sur les participations et la loi sur les subventions, qui privilégient les compétences. La mise en œuvre progressive de ces textes a permis de placer des personnes en fonction de leurs seules capacités et cela évite bien des difficultés. Les départements rédigent des lettres de mission pour les délégués du canton.» Et les quelques politiques qui restent? «Il s’agit soit de personnes qui ont des compétences particulières, soit des élus municipaux qui représentent leurs régions. Ainsi, en tant qu’ancienne cheffe du Département de l’économie, Jacqueline Maurer est bien placée pour avoir une vision sur le rôle et l’avenir de Cointrin, et il est normal que le syndic d’Aigle, Frédéric Borloz, représente l’Etat dans les Transports publics du Chablais.» Pascal Broulis veut améliorer encore le système et éviter d’éventuels conflits d’intérêts: «Pour les préfets dans des conseils d’administration ou de fondation, nous allons passer en revue tous les cas pour déterminer s’il existe des risques d’incompatibilité entre le rôle de surveillant et d’administrateur.»

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