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L’État vend des flingues aux enchères

Des pistolets semi-automatiques sont mis en vente. À l’heure de l’opération Vercingétorix, le procédé interroge.

Les Glock (ici le modèle 29) sont des armes autrichiennes, qui équipent notamment la police cantonale.
Les Glock (ici le modèle 29) sont des armes autrichiennes, qui équipent notamment la police cantonale.
DR

C’est une vente un peu particulière qui se déroulera dans la salle d’audience du Tribunal cantonal de Renens vendredi. À 10 heures, l’État procédera à la mise aux enchères de deux pistolets semi-automatiques. Un Glock 20 et l’une de ses variantes plus compactes, le Glock 29, le tout assorti de trois chargeurs mais sans munition. Une arme est vendue dans sa boîte de rangement d’origine, l’autre dans une sacoche Adidas, précise l’annonce de l’Office des poursuites et faillites. C’est lui qui propose au plus offrant les deux cousins du Glock 17, l’arme de poing qui équipe la police cantonale.

S’il arrive à l’État de vendre des armes, on est d’ordinaire plus dans le mousqueton de grand-papa que dans le semi-automatique. «Ces deux armes proviennent d’une saisie effectuée chez l’un de nos débiteurs, explique Claude Bonjour, préposé de l’Office des poursuites du district de l’Ouest lausannois. Il s’agit d’un bien mobilier comme un autre. Un peu comme on vendrait une voiture qu’on aurait saisie.» Le responsable concède toutefois que ce genre de vente n’est pas courant. «En trente ans, j’ai dû vendre deux ou trois armes», poursuit le préposé.

Estimé à 800 francs pièce

Si banale soit-elle sur le papier, cette vente comporte tout de même des dispositions particulières qui tiennent évidemment aux objets mis en vente. Sous-entendu: ne repartira pas avec les deux armes qui veut. «L’acheteur qui remportera les enchères ne pourra repartir avec l’arme que s’il a ses papiers d’identité mais, surtout, que s’il est au bénéfice d’un permis d’acquisition d’armes, qui doit être amené le jour de la vente», indique le préposé. Les armes sont estimées à environ 800 francs pièce et devront être réglées sur place en espèces. Mais, en vertu de l’ordonnance fédérale sur les armes (article 9), la vente est interdite aux ressortissants de Serbie, de Bosnie-Herzégovine, du Kosovo, de Macédoine, de Turquie, du Sri Lanka, d’Algérie et d’Albanie.

Armes détruites

En attendant leur vente et leur exposition au public (prévue une demi-heure plus tôt), les deux Glock se trouvent au Bureau des armes du Centre de la police cantonale à la Blécherette. À l’endroit où la police s’est chargée de vérifier que les deux pistolets en question n’avaient été ni trafiqués ni volés. Et que, hormis les dettes de leur futur ex-propriétaire, l’État n’ait pas grand-chose à reprocher. Car tous les pistolets ne se revendent pas. «Les armes saisies par la police dans le cadre de délits ou d’infractions à la loi sur les armes ne sont jamais revendues, elles sont détruites», rappelle Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale vaudoise.

Si la gendarmerie n’est pas directement liée à la vente de la semaine prochaine, elle verra tout de même passer les personnes intéressées dans la mesure où c’est elle qui délivre les permis d’acquisition d’armes. Jean-Christophe Sauterel: «Pour l’obtenir, il faut être majeur, ne pas être défavorablement connu de nos services, ne pas avoir de casier, ne pas être sous curatelle ni ressortissant d’un État énuméré dans la loi sur les armes.»

Reste la question de la pertinence d’une telle vente. À l’heure de l’opération Vercingétorix – qui vise la reddition d’armes privées –, voir l’État vendre des flingues aux enchères n’est-il pas contradictoire? Jean-Christophe Sauterel se gardera bien de répondre et renvoie à l’Office des poursuites. Mais rappelle que la police cantonale, qui un temps remettait certaines armes saisies en circulation en les vendant aux enchères, a décidé de ne plus le faire. «Je n’y vois pas de contradiction, répond le préposé de l’Office des poursuites. L’opération Vercingétorix concerne les personnes qui ont décidé de rendre leurs armes sur une base volontaire, ce qui n’est pas le cas. Nous ne sommes que l’intermédiaire entre un créancier et un débiteur. Je conçois que la vente d’armes aux enchères puisse interpeller mais, une fois encore, il s’agit d’un actif comme un autre.»

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