L’étoile montante de l’UDC se pose en chasseur de trésors impénitent

PatrimoinePillage de sites ou contribution à l’archéologie? Michaël Buffat prend le parti des prospecteurs amateurs.

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Il assure ne pas voir de rapport entre ses différentes fonctions. Après tout, pourquoi s’interroger lorsque le destin vous sourit. Mais quand même! Pour Michael Buffat, 35 ans, tout semble tourner autour de l’argent.

D’abord, il dirige depuis 2006 l’agence de la BCV à Prilly. C’est donc presque naturellement qu’il a accédé en février dernier à la présidence de la Commission des finances du Grand Conseil. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à présider le groupe des députés de l’UDC. Jusqu’où mènera cette ascension? Au Conseil d’Etat? L’intéressé lève les yeux au ciel avec un contentement bonasse.

Une chose est sûre. Il usera de toute son influence politique pour défendre la cause de ceux qui font la chasse au trésor avec des détecteurs de métaux. Hobby qu’il pratique lui-même, mais qui est menacé de prohibition, tant il se développe rapidement. Dans tous les cantons, la législation soumet l’usage de ces engins toujours plus performants à l’obtention d’une autorisation.

Brèche vaudoise

Mais le Pays de Vaud reste une terre partiellement protégée. Certes, l’autorisation est nécessaire pour les 3413 sites et 1569 régions archéologiques répertoriées. Mais en dehors de ces zones, la seule obligation légale est de déclarer toute découverte. Dès lors, les Archéologues cantonaux de Suisse romande souhaitent une unification des pratiques, avec des territoires soumis dans leur ensemble à autorisation spéciale. Ils espèrent contenir ainsi le «tourisme de prospection», en plein essor malgré les efforts de la police pour dépister les prospecteurs illégaux.

Dans l’autre camp, Michaël Buffat se bat pour le statu quo, voire pour une pratique plus libérale. Car l’administration cantonale est restrictive dans l’octroi de ses autorisations, de surcroît limitées dans le temps et au territoire de quelques communes. «Nous en avons délivré 27 au premier semestre 2014, alors que les demandes ont été près de trois fois plus nombreuses», indique Nicole Pousaz, archéologue cantonale vaudoise. Le problème, c’est que, entre son équipe et celle des musées cantonaux, le personnel spécialisé est déjà surchargé par le traitement des fouilles préventives.

Michaël Buffat a fait des découvertes d’intérêt historique (voir ci-contre). Chacune de ces trouvailles a été répertoriée sur la carte archéologique du canton. Mais tout cela remonte à avant 2012. Car, cette année-là, il a renoncé à demander le renouvellement de l’autorisation dont il disposait depuis 2008. Désormais, promis juré, «j’utilise mon détecteur de métal seulement hors des zones archéologiques».

Aussi l’élu a-t-il piqué une grosse colère le 25 juin 2013 au Grand Conseil. Ce jour-là, un membre de la commission de gestion s’était permis d’évoquer les préoccupations des responsables du patrimoine à l’État de Vaud. Il a même suggéré que le Conseil d’Etat prenne des mesures «pour limiter le pillage du canton». Le comble, c’est que le commissaire était de l’UDC, comme Michaël Buffat. Qui a demandé la parole sur-le-champ. Pour considérer que les prospecteurs de métaux rendent un éminent service à l’archéologie en trouvant des objets qui resteraient enfouis sans leur quête.

Fouilles piratées

Les archéologues ne voient pas les choses comme ça. Pour eux, une monnaie ou toute autre pièce, aussi belle soit-elle, prend du sens par son contexte. Ce qui implique une observation scientifique. De surcroît, les chasseurs de trésors altèrent souvent leurs trouvailles en les lustrant pour en faire des trophées. Et puis, même s’ils sont passés par la procédure d’autorisation, ils ont l’esprit collectionneur, et sont tentés de conserver des objets qu’ils devraient remettre aux musées cantonaux.

La défiance qui s’ensuit est remontée jusqu’au Conseil fédéral, qui a été interpellé en décembre 2012 par le conseiller national Stéphane Rossini. Le socialiste valaisan s’inquiétait lui aussi du «tourisme des pilleurs de site». Et prônait carrément une harmonisation nationale des critères d’autorisation. Le Conseil fédéral lui a répondu que c’était l’affaire des Cantons, qui y travaillaient.

Mais, le fédéralisme étant ce qu’il est, rien n’a encore changé. Les archéologues sont donc obligés de mener leurs fouilles en toute discrétion. Ce qui est un peu vain. Souvent, au matin, ils tombent sur des trous creusés pendant la nuit. Michaël Buffat concède que ce n’est pas bien. Mais que voulez-vous! Le prospecteur a quelque chose du champignonneur. Qui garde ses coins pour lui et guigne ceux des autres. (24 heures)

Créé: 15.08.2014, 09h00