Les étudiants et la rue, une histoire d’un demi-siècle

ManifsRetour sur quelques mouvements vaudois mémorables, à trois jours d’une nouvelle manif pour le climat.

Les manifestants qui soutiennent le mouvement étudiant français de Mai 68 étaient nombreux devant la gare le 13 mai.

Les manifestants qui soutiennent le mouvement étudiant français de Mai 68 étaient nombreux devant la gare le 13 mai. Image: © Musée national suisse Zurich

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Locales ou globales, les causes capables de mobiliser les jeunes n’ont pas manqué depuis un demi-siècle.

Quelques images d'archives:

1968

Notre webdocumentaire: Mai 68, la rébellion des chevelus vaudois

PHOTO: MUSÉE HISTORIQUE DE LAUSANNE

Pour la cogestion de l’université

Ce 13 mai 1968, Paris est en ébullition, la Sorbonne occupée. La grève générale décrétée en France, des centaines de milliers de manifestants défilent dans les grandes villes. À Lausanne aussi, ça bouillonne. C’est avec l’autorisation du recteur que 500 des 4000 étudiants lausannois se réunissent dans l’aula du Palais de Rumine pour un vaste débat qui se conclut en réclamant la cogestion de l’université. Avant une manif en fin d’après-midi, entre les places de la Gare et de la Riponne. En passant par l’avenue de la Gare, où se trouve le consulat de France. Le consul y reçoit deux délégués qui lui remettent une lettre disant la solidarité des étudiants vaudois avec leurs camarades parisiens.


1983

PHOTO: JEAN-FRANÇOIS LUY

Contre le changement d’affectation du Collège de l’Élysée

En avril 1983, Lausanne est agitée par l’affaire de l’Élysée. Directrice des Écoles, Françoise Champoud souhaite, par souci d’économie, céder les locaux du collège aux apprentis de l’École professionnelle commerciale. Les 730 élèves et 90 enseignants sont outrés et, comme eux, de nombreux anciens. La gauche lausannoise soupçonne des motivations politiques, l’Élysée ayant été nettement marqué de ce côté lors de Mai 68. Le Conseil communal demande la suspension de la décision. Le 19 avril, les élèves accueillent Mme Champoud et le directeur Pavillard en silence mais avec des banderoles disant leur désapprobation (photo). Et le 7 mai, 1500 personnes se rendent à la fête de soutien «Sauvons l’Élysée». Qui n’a pas été réaffecté.


1995

PHOTO: SABINE PAPILLOUD

Contre les mesures d’austérité Orchidée

En 1995, Orchidée, grande opération de recherche d’économies au sein de l’administration vaudoise, est rendue publique: 230 millions de francs d’économies sont demandés, notamment dans les secteurs du social et de la santé. Écoles, hôpitaux, institutions spécialisées, les services publics se sentent menacés. Les partis de gauche appellent à la mobilisation dans la rue le 15 juin. Un jeudi. Les organisateurs prévoient de rassembler entre 3000 et 5000 personnes, mais les manifestants seront plus de 10 000, du jamais-vu, à arpenter les rues de Lausanne, de l’esplanade de Montbenon à la place du Château. C’est que de nombreux étudiants et collégiens sont venus soutenir les fonctionnaires. Tous conspuent le Conseil d’État et «Cossard Bon Sultan», soit la firme parisienne Bossard Consultant, engagée au prix fort par le Canton pour dispenser ses bons conseils et aux notes de frais dispendieuses. Alors conseiller personnel à temps partiel de Jean Jacques Schwaab, patron de l’École vaudoise, un certain Pierre-Yves Maillard démissionne, jugeant les mesures d’économie incompatibles avec ses idées. D’autres manifs suivront, notamment en décembre, à Lausanne, mais aussi à Yverdon, Nyon et Moudon. Succédant à Orchidée, la Démarche d’économies et de modernisation de l’État (DEM) permettra de ramener le calme.


2003

PHOTO: ANDRÉE-NOËLLE POT/KEYSTONE

Contre la guerre en Irak

Le pont Bessières en a tremblé. Le jeudi 20 mars 2003, des milliers d’étudiants opposés à l’intervention américano-britannique en Irak défilent à travers Lausanne. Du Gymnase Auguste-Piccard à Beaulieu en passant par Bellerive, le Bugnon et la Cité, les élèves ayant pris la rue «libèrent» leurs camarades restés en classe. «Tous ensemble, tous ensemble, non à la guerre!» À midi, l’assemblée générale des étudiants de l’Uni et de l’EPFL a décidé la grève des cours. Ils seront encore nombreux, le soir, à participer à la manif des adultes, partant de Saint-François à 17 h 30. Avant, pour certains, de se rendre à Berne le samedi pour la manif nationale. La conseillère d’État Anne-Catherine Lyon ayant plaidé l’amnistie pour les «sécheurs», ils ne seront pas sanctionnés. (24 heures)

Créé: 12.03.2019, 06h43

«À la longue, ça fait bouger…»

Conseiller d’État, chef du Département de la santé et de l’action sociale, bientôt président de l’Union syndicale suisse, Pierre-Yves Maillard fut aussi, de 1992 à 1994, secrétaire de la Fédération des associations d’étudiants (FAE). «On sortait d’une époque plutôt calme. Ça a recommencé à bouger à la fin des années 80. La première manif de la FAE depuis les années 70, c’était à cause du problème des logements étudiants. On était un bon millier dans les rues.»

Côté grandes causes, l’ex-enseignant rappelle la mobilisation suite au vote négatif sur l’adhésion à l’EEE, en 1992: le 10 décembre, sous le slogan «Créons l’Europe», un millier de jeunes Vaudois avaient envahi la place du Château de Lausanne. Avant la mobilisation de 10 000 europhiles optimistes quelques jours plus tard à Berne.

L’élu considère «salutaire» le mouvement actuel en faveur du climat, qu’il aimerait voir gagner les États-Unis. «Ce qui angoisse les gens, c’est cette ambiance de fin des temps. Je trouve qu’il faut se battre, mais sans avoir une vision trop angoissée, trop noire de l’avenir. Lorsque j’étais étudiant, le sentiment de fin des temps était lié au conflit Est - Ouest, au risque de déflagration nucléaire. On se disait tous qu’on ne verrait pas la fin du siècle. On est comme ça des générations à se succéder, à croire que la fin du monde est proche. Il faut quand même résister un peu à ce sentiment. Ce qui n’enlève en rien la nécessité de larges mouvements populaires, qui, quand même, ont un effet. Beaucoup de grandes évolutions sociales, comme les droits des femmes, se sont construites sur ces mouvements-là. À la longue, ça fait bouger les opinions publiques, et c’est là-dessus que réagissent les politiques.»

La mobilisation des grands-parents à Lausanne pour le climat en 2019. (Video: Fabien Grenon)

La mobilisation était massive à Lausanne pour le climat au début de l'année. Combien seront-ils le 15 mars à battre le pavé?

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