Les évangéliques inaugurent leur Haute Ecole de théologie

Protestants80 étudiants rejoindront le campus de Saint-Légier pour entamer des formations de diacres ou de pasteurs. La Haute école se donne cinq ans pour être reconnue.

Jean Decorvet (à g.), recteur de la nouvelle Haute Ecole de théologie et David Richir, doyen, devant les locaux rénovés d'Emmaüs à Saint-Légier.

Jean Decorvet (à g.), recteur de la nouvelle Haute Ecole de théologie et David Richir, doyen, devant les locaux rénovés d'Emmaüs à Saint-Légier. Image: Patrick Martin

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Alléluia! C’est par un gospel que les responsables de la Haute Ecole de théologie (HET-Pro) de Saint-Légier lancent la cérémonie d’inauguration de leur nouveau campus dimanche après-midi. «Nous y sommes!» se réjouit le pasteur David Richir, doyen, sous les applaudissements de quelque 500 invités. L’ancien Institut biblique et missionnaire Emmaüs a fait peau neuve: 10 mois de travaux et 5 millions d’investissement. Renommé Forum Emmaüs, il accueillera dès le 19 septembre quelque 80 étudiants, dont 25 nouveaux. Certains espèrent décrocher un diplôme. Les deux tiers visent une formation de master ou de bachelor en théologie: celle-ci sera reconnue avec effet rétroactif dès 2022, dès que la filière de Saint-Légier aura reçu son accréditation de haute école spécialisée privée par la Confédération. Du moins c’est ce qu’espèrent ses responsables.

Que veut dire «Pro»? «Cela signifie à la fois protestant, professant et professionnalisant», explique Jean Decorvet, recteur de la haute école. Il précise: «Nous ne voulons pas voler dans les nuages et être déconnectés de la vie spirituelle et intérieure.» En d’autres termes, la HET-Pro entend mettre l’accent sur la prière, la lecture de la Bible et la préparation à un engagement personnel et missionnaire de ses étudiants. Ce qui tranche avec l’enseignement de la théologie dans les facultés universitaires romandes, jugé trop désincarné.

«Cela prendra du temps»

Ce projet lancé en 2010 par des protestants de tendance évangélique n’a pas le soutien des Eglises réformées vaudoise et genevoise, qui ne reconnaissent que le cursus universitaire (lire ci-contre). Les Eglises n’ont pour l’heure pas l’intention de reconnaître la formation des étudiants issus de Saint-Légier. Une question de temps, veut croire Jean Decorvet: «Je comprends certaines réticences, certaines sont d’ordre idéologique, d’autres basées sur la peur, d’autres encore liées à une logique d’institution. Il faudra que nous apprenions à nous connaître. J’ai bon espoir qu’il y ait une ouverture à moyen terme.»

Parmi les invités, le conseiller national neuchâtelois Jacques-André Maire a rappelé qu’en Suisse, le système de formation est basé sur deux filières, l’une académique, l’autre professionnelle: «Elles sont complémentaires, mais il a fallu que les ingénieurs HES fassent leurs preuves face aux ingénieurs EPF.»

L’ancien député Jacques-André Haury espère voir surgir un renouveau de Saint-Légier: «J’attends de la HET-Pro qu’elle apporte à notre Eglise la fierté d’annoncer l’Evangile. Les chrétiens devraient relever la tête. Et la joie, aussi: n’a-t-on pas parfois l’impression que les chrétiens sont dans la neurasthénie? Il nous faut un peu moins de Miserere et un peu plus de Magnificat!» Jean-Claude Badoux, ancien président du Conseil synodal de l’Eglise réformée vaudoise, a rappelé que «la Faculté de théologie de Lausanne, de 1537 à 1987, mélangeait la formation académique avec la formation spirituelle et le goût de la communauté. Je suis convaincu que nous devons redonner à la Suisse romande une formation professante.»

Pierre Berthoud, ancien doyen de la Faculté Jean Calvin d’Aix-en-Provence, a également appelé de ses vœux un renouveau. Selon lui, les protestants de diverses tendances sont appelés à vivre en complémentarité et «il importe que la condescendance et le mépris soient remplacés par le respect et la solidarité». Des voix catholiques encouragent également la HET-Pro: «Dans l’université, on a cru à tort pouvoir penser sans être dans le monde et sans le Christ lui-même, a expliqué Yohanan Goldman, professeur à l’Institut Philanthropos de Fribourg. Or, la théologie est toujours une théologie de l’action. Nous devons réapprendre l’intelligence et le cœur.» Concrètement, tous les cours de la HET-Pro débuteront avec des prières. (24 heures)

Créé: 10.09.2017, 20h50

Les Eglises réformées pas favorables à la filière

Les autorités de l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV) n’étaient pas à Saint-Légier dimanche. Xavier Paillard, président du Conseil synodal – qui s’exprime ici en tant que président de la Conférence des Eglises réformées romandes (CER) – explique que c’était «par souci de clarté et pour éviter que notre présence soit instrumentalisée». Cette HET-Pro, bien que créée à l’initiative d’un ancien président du Conseil synodal, Jean-Claude Badoux, est clairement évangélique. Les Eglises réformées romandes n’ont pas souhaité être partenaires de la démarche, car elles ont leur propre système de formation, qui a le mérite d’exister. «Compte tenu du faible nombre d’étudiants, qui a conduit à la fermeture de la Faculté de théologie de Neuchâtel, nous n’avons pas souhaité disperser les forces en créant une troisième filière. Nous avons préféré soigner l’articulation entre les besoins des Eglises et l’orientation des facultés de théologie de Genève et Lausanne. La collaboration était fragile il y a une dizaine d’années, en particulier à Lausanne. Elle est aujourd’hui bien consolidée. Les milieux évangéliques auraient aussi pu choisir cette option.»

N’y a-t-il pas un besoin pour une formation moins intello, plus axée sur la foi, la communauté et la prière?

Je suis d’accord pour dire que notre Eglise est trop cérébrale et n’a pas suffisamment su prendre en compte les dimensions spirituelle, communautaire et émotionnelle de la foi. Les réformés (ministres et laïcs) doivent apprendre à incarner davantage leurs convictions. C’est le défi du témoignage qui est au centre de notre programme de législature. Mais on ne doit pas pour autant faire l’économie d’une étude critique de la Bible et de la théologie, dans un dialogue avec la société civile et les autres branches enseignées à l’université. La démarche est plus exigeante que de se former dans un cadre confessant, mais plus en phase avec la réalité du ministère. Dans le canton de Vaud, l’EERV est reconnue d’intérêt public, au service de tous; elle doit s’inscrire au cœur de la société et pas comme un contre-modèle.

La formation des diacres et pasteurs issus de Saint-Légier sera-t-elle reconnue par l’EERV?

En tant que telle, je ne le pense pas, même si l’école reçoit l’accréditation qu’elle convoite. Le moment venu, il s’agira de définir avec les facultés et l’Office protestant de la formation quels seront les compléments exigés pour pouvoir rejoindre notre cursus de formation pratique.

Articles en relation

La demande de reconnaissance des évangéliques vaudois repoussée

Politique Reconnaître la prohibition de la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Cet ajout empêche, pour l’heure, plusieurs communautés membres de la Fédération évangélique vaudoise de signer la déclaration liminaire d’engagement. Plus...

Contre l'institution, les évangéliques projettent une école de théologie

Religion La mouvance évangélique des protestants se lance dans un projet de haute école financée par des moyens privés. L’église officielle désapprouve. Plus...

Le pasteur qui aurait pu devenir agriculteur

Xavier Paillard Le chef de l’Eglise protestante vaudoise n’imagine pas vivre loin de ses vaches et de son verger. Paysan et montagnard dans l’âme Plus...

«La Bible, ce ne sont que des mots. Il faut les incarner pour qu’ils deviennent Parole»

Pasteurs d'aujourd'hui 3/6 Jeune ministre à Bière, Etienne Guilloud est un moderne attaché aux fondamentaux de l’Eglise. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Le géant de l'or noir basé à Genève se fournit auprès d'une entreprise dont les droits de forage ont été obtenus par un homme, aujourd'hui sous enquête pour corruption.
(Image: Bénédicte) Plus...