«Les preuves sont solides: on peut prévenir le suicide»

SantéUn livre dirigé par deux psychiatres du CHUV explique comment réagir face à des personnes suicidaires

Le Dr Laurent Michaud, responsable de l’Unité d’urgence et de crise du Service de psychiatrie de liaison du CHUV et président du Groupe Romand Prévention Suicide.

Le Dr Laurent Michaud, responsable de l’Unité d’urgence et de crise du Service de psychiatrie de liaison du CHUV et président du Groupe Romand Prévention Suicide. Image: ODILE MEYLAN

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«Il faut combattre cette idée persistante qu’il ne faut pas parler du suicide, que c’est dangereux. J’espère que ce livre contribuera à mettre fin au tabou.» Médecin associé au département de psychiatrie du CHUV, Laurent Michaud a codirigé – avec son confrère le professeur Charles Bonsack – la publication de Prévention du suicide, fraîchement paru sous la houlette du Groupe Romand Prévention Suicide.

Ce livre à la vocation très pratique est destiné aux proches mais surtout aux professionnels confrontés à des risques suicidaires dans l’exercice de leur métier. Infirmiers, médecins, psychologues, travailleurs sociaux, médiateurs, policiers, enseignants… À quoi être attentif? Comment évaluer la situation? Comment aborder le sujet? Surtout, comment agir? Les auteurs guident les intervenants en partant d’une série d’exemples concrets.

Ado, migrant, divorcée

Un chapitre décortique par exemple le cas d’Alain, récupéré par la police alors qu’il marchait, ivre, sur une voie de chemin de fer. Il y a aussi Marc, qui menace de se suicider si sa femme le quitte. Juliette, une jeune mère divorcée qui vit une liaison orageuse et prend des médicaments pour mourir. Bernard, séparé de son épouse, qui s’enferme chez lui et coupe les ponts avec ses amis. Komi, un requérant d’asile, fait aussi l’objet d’une vignette clinique. Il menace de se tuer si on le renvoie dans son pays.

Le livre aborde largement les risques liés à des problèmes psychiques et à des douleurs chroniques. Il se penche aussi sur la souffrance des enfants et des adolescents, sur le suicide assisté, sur l’effroi des familles qui ont perdu l’un de leurs membres…

«À ma connaissance, il n’existe pas, en langue française, d’ouvrages généralistes de suicidologie ciblant ainsi des populations spécifiques», relève le Dr Laurent Michaud. Et de répéter que la prévention porte ses fruits. «Il existe des preuves solides que l’on peut prévenir le suicide. Les interventions de prévention permettent de faire baisser le taux de suicide et de tentatives. De petites choses peuvent faire la différence. Ce n’est pas idéologique; c’est démontré. Une rencontre avec une personne significative à un moment difficile, par exemple, peut sauver une vie. Il faut se souvenir que l’immense majorité des personnes suicidaires ne se suicide pas.»

Médecins peu préparés

D’où l’intérêt de dispenser des formations adéquates auprès de professions ciblées. «Les intervenants sont peu préparés, regrette le psychiatre. Ils ont de la peine à en parler. Il y a un déficit de formation sur ce thème dans les professions de la santé. Ce n’est pas suffisant par rapport à l’ampleur du phénomène de santé publique que cela représente.» En Suisse, quelque 10 000 personnes sont prises en charge médicalement chaque année après une tentative.

La majorité des personnes consultent leur médecin généraliste dans l’année précédant leur suicide, dont la moitié dans le dernier mois de leur vie. À l’hôpital, la question est insuffisamment abordée, notamment en psychiatrie, où le focus sur les maladies psychiques risque de masquer ce problème.

Pour aider, il faut mieux comprendre. Laurent Michaud chapeaute l’Observatoire romand des tentatives de suicide, créé l’an dernier en vue d’étudier le phénomène sur le long terme. Cet observatoire étudie les situations prises en charge aux urgences, rassemble des informations sociodémographiques et questionne des facteurs déterminants comme les difficultés financières, le diagnostic d’une maladie ou la présence de tentatives antérieures. «Bien que cela constitue le facteur de risque le plus important du suicide avéré, la tentative de suicide n’était jusqu’alors pas documentée en Suisse romande», relève le Groupe Romand Prévention Suicide.

Laurent Michaud conclut par un message qu’il juge essentiel: «Oser en parler, et surtout ne pas rester seul.»

Prévention du suicide. Rencontrer, évaluer, intervenir Sous la direction de Laurent Michaud et Charles Bonsack Médecine et Hygiène

Besoin d’aide? www.stopsuicide.ch

(24 heures)

Créé: 12.01.2018, 07h13

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