L’ex-journaliste Fabien Dunand charge Jacqueline de Quattro

PolémiqueDans un livre, l’ex-rédacteur en chef de 24 heures dresse un bilan sans concession de l’action de la conseillère d’État.

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Fabien Dunand publie un livre à charge sur la ministre PLR Jacqueline de Quattro. À mi-chemin entre le pamphlet et la critique politique. Son but? Dénoncer un style qu’il qualifie de trop léger, voire amateur. Connu également pour avoir été le «corbeau» de l’affaire Orllati, ce qui lui vaut des plaintes, Fabien Dunand dément vouloir écrire sa défense dans cet ouvrage. Il entend plutôt pointer une attitude qui, à ses yeux, «décrédibilise» la classe politique. Interview.

Que cherchez-vous avec ce livre à charge?
Il y a de profondes racines à ce livre. Je me suis intéressé à la politique dès mon plus jeune âge. J’ai fait des études de sciences politiques, je suis devenu journaliste et j’ai ensuite été syndic (ndlr: de Servion) durant plus de douze ans. À ce poste, je me suis battu pour le respect des règles, pour l’égalité de traitement entre les citoyens et une gestion rigoureuse des deniers publics. Un élu est là pour servir et non se servir. Les récentes affaires en lien avec le comportement des politiciens en Suisse romande me choquent. Il existe une dérive des fonctionnements des Exécutifs au niveau cantonal et communal.

Comment qualifiez-vous cette dérive?
Elle est fondée sur la désinvolture, l’arrogance et le mensonge considérés comme un fonctionnement normal des institutions. C’est sur ce terreau-là que peuvent se développer des affaires. Ça ne va pas.

Pourquoi focaliser votre critique sur Jacqueline de Quattro?
Il y a un problème particulier avec Jacqueline de Quattro, c’est la manière dont elle pratique la politique. Je le démontre dans mon livre à partir de faits et uniquement de faits publics: si l’on observe son comportement, on distingue une certaine forme de désinvolture et d’arrogance et des arrangements avec la vérité.

Vous êtes en procédure avec la conseillère d’État dans le cadre du dossier Orllati. Êtes-vous la bonne personne pour faire cette critique politique?
Je n’ai consacré aucune ligne au conflit qui m’oppose à Mme de Quattro. Ce livre ne constitue pas ma défense dans l’affaire Orllati.

Vous considérez le retrait du portefeuille de la Police à la ministre en 2013 comme un désaveu du Conseil d’État. Or c’était une demande des Assises de la chaîne pénale que de réunir Justice et Police dans le même département.
Pour moi, c’est un désaveu et il n’y a pas matière à interprétation.

Vous accusez Jacqueline de Quattro d’avoir tergiversé avec la loi sur l’aménagement du territoire (LAT). Une recherche de compromis n’était-elle pas légitime?
Je critique le fait que Jacqueline de Quattro n’a pas cessé de varier dans son attitude. Dans les premières années du moratoire, elle s’est battue contre des moulins à vent puis elle est allée en justice. Ce sont essentiellement les députés qui ont construit un compromis. À la fin, elle s’est félicitée sur Facebook du travail accompli «ensemble» avec Doris Leuthard, alors qu’elle n’a cessé de la combattre!

Dans votre portrait à charge vous retenez tout contre elle. Ne mélangez-vous pas peccadilles et choses importantes?
Peccadilles ou choses importantes, c’est toujours la même attitude. Quand on la critique, elle a recours à des artifices. Ou bien elle se présente en victime, notamment des médias, et souvent en jouant sur la corde féministe. Ou elle minimise. Il y a aussi les arrangements avec la vérité. Comme quand des jeunes manifestent pour le climat et qu’elle est en campagne. Elle dit alors dans les journaux que cela fait douze ans qu’elle se bat pour le climat. Or je rappelle qu’au Grand Conseil une députée PLR avait fait une intervention sur l’huile de palme, en disant que c’était un danger pour notre santé, évoquant la déforestation et demandant un étiquetage des aliments. Jacqueline de Quattro a répondu qu’une étude scientifique montrait qu’il n’y avait pas de danger avéré, n’a pas dit un mot sur la déforestation et prétendu qu’un étiquetage ne serait pas possible. Voilà, en un exemple, comme elle s’emploie à sauver le climat et la planète depuis douze ans… C’est un exemple que je peux appliquer à tous les domaines qui font ses plus beaux atours politiques: la réforme de la police, l’aménagement du territoire et même l’égalité salariale.

La réforme de la police a été menée et elle s’est battue pour les énergies renouvelables. Ne pouvez-vous pas lui faire crédit de ça?
Ce que je dis, c’est qu’il y a un grand écart entre le discours et la réalité. Elle prétend accoucher de montagnes et, quand vous examinez les faits, on voit au mieux quelques collines.

Vous citez ses publications sur Facebook, mais c’est un réseau social: on ne trouve pas forcément plus de pertinence sur les publications de Nuria Gorrite.
Nuria Gorrite ne met pas une photo de route enneigée un matin en disant: «Il est difficile de circuler aujourd’hui.» Il n’y a pas de réflexion du genre: «Je suis au congrès du PS et c’est dur parce qu’il y a un match de football.» Non, regardez, comparez, il n’y a pas ce comportement qui laisse penser qu’elle n’est pas aux affaires.

Que devrait dire une conseillère d’État?
D’abord, elle ne devrait pas mentir dans l’exercice de son pouvoir. Deuxièmement, elle devrait étudier ses dossiers et anticiper un certain nombre de choses. Et troisièmement, ne pas se prévaloir d’un certain nombre de réussites, qui, quand on les examine, se dégonflent. On doit dire quels sont ses principes et ce qu’on fait pour les appliquer.

Au-delà de certaines phrases maladroites ou de manques d’anticipation, il n’y a pas eu de faute politique, pas de scandale, et elle a été réélue, que l’on sache.
Je ne prétends pas qu’il y a eu un scandale. Il y a eu un comportement inadéquat. Et l’accumulation de certaines choses fait que l’on en vient à s’interroger sur ses capacités à assumer cette fonction. Mais cela ne suffit pas à ne pas se faire réélire.

Selon vous, elle n’aurait pas dû être magistrate?
Je dis que nous avons été prévenus. Avant son élection en 2007, Yvette Jaggi avait jugé d’emblée qu’à force de «dire des bêtises» Jacqueline de Quattro posait des problèmes à la droite.

Pensez-vous que les Vaudois vont bien comprendre votre démarche?
La démocratie n’est pas seulement un régime politique, c’est une forme de société qui repose sur la contradiction, et même qui la valorise. Une démocratie ne fonctionne que si on peut la critiquer, mettre au jour ses limites, ses compromissions, parfois ses violences, sans jamais la confondre avec un régime totalitaire. C’est ma conviction. Mon livre ne vient pas d’une haine à l’égard de Jacqueline de Quattro, ni à l’égard de qui que ce soit d’ailleurs, mais d’une conviction profonde de ce que doit être le travail d’un politique.

Votre but est-il de miner sa campagne pour les élections fédérales?
Ce n’est pas le but de ce livre.

Créé: 02.04.2019, 09h58

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