L’expert légiste portugais a enfoncé Laurent Ségalat

ProcèsLe professeur Vieira a asséné hier des arguments massue devant le Tribunal criminel qui juge pour meurtre le beau-fils de Catherine Ségalat

Sommité mondiale de la médecine légale, le professeur Vieira ne croit pas à l'accident.

Sommité mondiale de la médecine légale, le professeur Vieira ne croit pas à l'accident. Image: VIJEM

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Laurent Ségalat est resté de marbre, hier, au quatrième jour de son procès lorsque le professeur Duarte Nuno Vieira, venu exprès du Portugal, a déversé un torrent d’arguments pour expliquer que le décès de Catherine Ségalat ne pouvait résulter d’une seule chute dans l’escalier dans la maison de Vaux-sur-Morges, le 9 janvier 2010. Le prévenu n’a pas davantage cillé quand cet expert judiciaire a battu en brèche la thèse du gastro-entérologue qui laisse entendre, sur la base du bol alimentaire de la victime, que le drame s’est produit avant l’arrivée de l’accusé.

Sommité mondiale de la médecine légale, le professeur Vieira a été mandaté par la justice pour trancher entre des expertises contradictoires. Comme avant lui la professeure française Dominique Lecomte, il a travaillé sur la base de nombreux documents et de prélèvements mis à sa disposition par le juge et le Centre universitaire romand de médecine légale (CURML). Alors que la légiste parisienne consultée par la défense soutenait la semaine dernière l’hypothèse d’un accident, le professeur Vieira a répété ses conclusions opposées. Il rejoint ainsi le CURML, qui retient la possibilité d’un meurtre.

Rapport accablant
«La victime a plusieurs fractures à prédominance sur le côté gauche de la tête. C’est tout à fait habituel pour un agresseur qui est droitier», explique l’expert portugais. «De plus, ces coups se situent au-dessus de la «ligne chapeau», c’est-à-dire dans la zone où ils sont généralement reçus en pareille circonstance. Enfin, Mme Ségalat porte aux mains des lésions typiques de défense.»

Plus précisément, Duarte Nuno Vieira observe que plusieurs lésions mesurent deux centimètres, ce qui peut laisser entendre qu’elles ont été causées par un même objet, un marteau par exemple. Et, en analysant les fractures à la tête, le légiste affirme être parvenu à déterminer l’ordre dans lequel elles se sont produites. Celle à la base du crâne, compatible avec une chute dans l’escalier, aurait été la première. «Elle a alors très bien pu se relever, ses dessous de pieds ensanglantés en témoignent. Puis elle est retombée.»

A la différence de la professeure Lecomte, l’expert portugais observe une fracture du cartilage thyroïdien indiquant «une composante d’asphyxie mécanique». Dans la foulée, le professeur Vieira conteste les conclusions du professeur zurichois Michael Fried, expert en gastro-entérologie de réputation internationale. Le professeur Fried avait longuement expliqué à la Cour la semaine dernière que l’arrêt de la fonction gastrique chez la victime s’était produit plusieurs heures avant l’arrivée de Laurent Ségalat dans la maison, si l’on se réfère au timing retenu par le procureur général. Un tel arrêt de digestion démontre à ses yeux la survenance d’un traumatisme important, tel celui ayant occasionné le décès alors que le prévenu n’était pas présent.

Méthode critiquée
Interrogé sur ce raisonnement, le professeur Vieira le contredit avec force. Il admet que le professeur Fried disposait de très nombreux paramètres, mais il estime que le Zurichois n’était pas en mesure de prendre sérieusement en considération les facteurs de stress et émotionnel. Or ceux-ci peuvent faire énormément varier l’état de la digestion.

«Chacun sait combien l’approche d’un examen par exemple peut bloquer la digestion. Le mari de la victime était malade et hospitalisé, et nous ne savons pas ce qui s’est dit lors d’un téléphone à 15?h.» Le professeur Vieira ajoute: «Le Conseil européen de la médecine légale recommande de ne pas utiliser l’état de la vidange gastrique pour estimer l’heure d’un décès.» Puis il lance: «Si, comme le suggère le professeur Fried, Catherine était décédée plusieurs heures avant l’arrivée de son beau-fils, on ne comprend pas pourquoi celui-ci a affirmé qu’elle vivait encore et qu’il a tenté de la réanimer.»

La défense avait demandé une confrontation du professeur Vieira avec le professeur Fried. La Cour l’a refusée.


Les témoins se posent des questions
Amie d’enfance de la victime, une femme relate qu’en septembre Catherine Ségalat lui avait fait part de son scepticisme à l’idée que Laurent Ségalat puisse reprendre la librairie de son père. «Elle n’était pas contente, disait qu’il ne connaissait rien aux livres anciens ni au commerce, mais qu’elle n’avait rien pu faire pour s’y opposer. Je suis surprise d’apprendre que certaines personnes ont pu dire le contraire.» Le frère de Laurent Ségalat, enseignant, vit en France. Il explique que ce drame a plongé leur père dans un état de sidération totale. «Il a passé en revue quantité de scénarios, imaginant un crime de jardinier ou de rôdeur, mais il a dit très vite que Laurent ne pouvait pas être impliqué.» La sœur du prévenu admet que, pour un biologiste, il n’est pas évident de se recycler dans le métier de libraire: «Si Catherine n’avait pas été d’accord, elle aurait parfaitement pu s’y opposer. Elle adorait Laurent. Elle était fière de sa réussite. Cette histoire est un drame, une injustice de tous les côtés.»

Pour cet ami de Roger Ségalat, «Laurent s’est trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment, avec un comportement problématique. Ce qu’il a fait peut susciter des interrogations. Je me suis moi-même posé des questions. La situation de la reprise de la librairie était clairement réglée. Au début, Roger était un peu dubitatif, mais ensuite il s’est rassuré et il était content.» A-t-il douté de l’innocence de son fils après le drame? «Jamais. S’il s’est porté partie civile, c’est parce qu’il voulait avoir accès au dossier.»

Il a été supposé que Laurent Ségalat aurait détourné le montant de ventes au comptant à la librairie. Cette autre amie de Catherine Ségalat n’a jamais entendu tel propos. Son dernier contact avec la victime remonte à un coup de fil le samedi à midi. «Son mari était à l’hôpital. Elle avait conduit seule lors de leur retour de vacances en Italie. Elle était épuisée physiquement et nerveusement. J’aimerais tellement que cette mort soit l’œuvre d’un passant.» (24 heures)

Créé: 29.05.2012, 21h48

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