Les experts du CHUV ont exhumé la dépouille de Yasser Arafat

PalestineLes chercheurs lausannois ont prélevé des échantillons. Sous très haute tension

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Ça y est, c’est fait. Mardi matin, la tombe de Yasser Arafat a été ouverte quelques heures, juste le temps pour des experts russes et du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) d’effectuer des prélèvements sur la dépouille du dirigeant historique de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) décédé il y a huit ans. Objectif: chercher des traces de poison.

«Cela s’est très bien passé. Il le fallait, nous n’aurions pas eu une seconde chance.» Darcy Christen, le porte-parole du CHUV, exprime son soulagement au terme d’une journée marathon sous haute tension. C’est aux petites heures hier matin que deux personnalités éminentes du CHUV – le professeur de médecine Patrice Mangin et le radiophysicien François Bochud – ont procédé avec des spécialistes russes à des prélèvements aussi délicats techniquement (huit ans après le décès du leader national) que politiquement.

Car il s’agit, ni plus ni moins, d’établir avec certitude si le leader au keffieh a été empoisonné. Son décès inexpliqué à Paris, le 11 novembre 2004, après plusieurs semaines d’agonie, alimente les spéculations: sida, piqûre de serpent, amiante… Le scénario privilégié aujourd’hui est celui d’un empoisonnement au polonium, matière hautement radioactive retrouvée sur les derniers vêtements du leader palestinien. Une découverte révélée par les mêmes experts du CHUV présents à Ramallah pour l’exhumation, et qui a complètement relancé le dossier Arafat.

Culpabilité évidente
Mais si les différents scénarios «d’assassinat» ont évolué depuis huit ans, l’identité du coupable ne fait aucun doute pour les Palestiniens. «Ce n’est même pas une question ici. On sait tous qu’Arafat a été tué par les Israéliens. Mais on veut savoir comment ils s’y sont pris», assure Mahmoud, chauffeur de taxi. L’irruption de la thèse du polonium a encore renforcé cette conviction: «C’est une matière radioactive. Quelle est la seule puissance nucléaire près de nous? Israël», tranche Hassan Balawi, conseiller de Mahmoud Abbas.

Restée longtemps en retrait sur le dossier Arafat, l’Autorité palestinienne entend reprendre la main. Elle surveille de près toutes les activités «étrangères». En particulier, celles des trois juges français, eux aussi présents ces derniers jours à Ramallah pour enquêter sur les circonstances de la mort du leader historique. Fin août, la veuve d’Arafat, Souha, avait déposé à Paris une plainte pour assassinat.

«Ils n’ont pas le droit de s’entretenir seuls avec les témoins. Ils ne peuvent même pas ouvrir la bouche en leur présence, les questions ne peuvent être transmises que par écrit. C’est un peu soviétique comme méthode», dénonce le journaliste Walid Nassar. Reste que pour l’Autorité palestinienne, le timing est parfait, car elle va demander demain à l’ONU le statut d’Etat non-membre pour la Palestine. «Aujourd’hui l’esprit [de Yasser Arafat] est sorti de sa tombe pour être à l’ONU parmi son peuple», a déclaré Souha Arafat, depuis Malte où elle réside.

Les deux dossiers pourraient d’ailleurs se retrouver liés: si l’empoisonnement est démontré dans les prochains mois, l’Autorité palestinienne affirme qu’elle portera le dossier devant la Cour pénale internationale (CPI). Ce qu’elle ne pourra faire que si la Palestine a le statut d’Etat observateur à New York. Bref, une bien lourde responsabilité pèse sur les épaules des experts du CHUV.


Du test à la mission

Pour l’équipe du CHUV, tout a commencé en janvier 2012, lorsque la chaîne Al-Jazira la contacte afin de faire analyser des échantillons biologiques prélevés sur les effets d’Arafat, décédé en 2004 près de Paris. La démarche des journalistes se fait en accord avec la veuve du leader palestinien, Souha Arafat. Le Centre universitaire de médecine légale et l’Institut de radiophysique du CHUV, renommés pour leurs recherches, acceptent de procéder aux analyses. Coup de tonnerre: le laboratoire découvre qu’une quantité anormale de polonium – substance hautement toxique – figure sur les vêtements qu’on lui a soumis.

A ce stade, rien ne prouve que Yasser Arafat ait été empoisonné. Mais le scoop d’Al-Jazira ne va pas manquer d’avoir un effet retentissant. Début août 2012, l’affaire prend une tournure politico-judiciaire: alors que la France ouvre une enquête, l’Autorité palestinienne demande aux experts du CHUV de poursuivre leur recherche en procédant à l’exhumation du corps du Palestinien. Le CHUV accepte après avoir vérifié, début novembre, de sa faisabilité sur le plan technique. Et après avoir eu l’aval de Souha Arafat. Il faudra maintenant des mois pour connaître les résultats. Quel qu’ils soient, ils seront politiquement explosifs.

Créé: 28.11.2012, 07h23

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