L’explosion du vol à l’étalage dope le marché de la sécurité

DélinquanceLe chapardage dans les magasins a doublé ces derniers mois dans le canton de Vaud.

A Lausanne, un agent privé de Python Sécurité agrippe un voleur à l’étalage à l’extérieur du commerce qu’il surveillait en se mêlant aux clients. Ensuite, il appelle la police.

A Lausanne, un agent privé de Python Sécurité agrippe un voleur à l’étalage à l’extérieur du commerce qu’il surveillait en se mêlant aux clients. Ensuite, il appelle la police. Image: VANESSA CARDOSO

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Il arrache l’antivol puis il cache un sweat-shirt à capuche dans son sac à dos. La scène se déroule un vendredi en début d’après-midi dans un commerce d’articles de sport du centre de Lausanne.

«Il», c’est un Roumain, repéré lorsqu’il a commis son forfait, puis intercepté à l’extérieur du magasin par un agent de l’entreprise Python Sécurité, basée à Genève. Une demi-heure plus tard, la police débarque et procède à l’interpellation. «Nous n’avons jamais eu autant de cas de ce genre qu’actuellement», commente un des surveillants à l’œuvre dans le centre de la capitale vaudoise.

Croissance inquiétante
Les chiffres confirment le sentiment exprimé par ces professionnels. Christian Bulliard, président du Trade Club de Lausanne et directeur de la succursale lausannoise de Manor, annonce un doublement des cas dans son magasin. «De janvier à août, nous avons interpellé en moyenne 70 personnes par mois. C’est 100% de plus qu’à la même période de l’an dernier», affirme-t-il.

La police cantonale, de son côté, relève également une augmentation qui peut atteindre 100%, et cela depuis le milieu de l’année. «Nous observions entre 40 et 80 cas par mois de janvier à juillet, une situation qui semblait stable par rapport à 2010. Puis nous sommes passés à 80-120. Il s’agit des cas enregistrés chez nous et d’une certaine importance. Au-dessous de 300 francs, les commerçants règlent souvent l’affaire eux-mêmes», explique le porte-parole Jean-Christophe Sauterel.

Comment expliquer l’agitation qui semble marquer 2012 sur le front du vol à l’étalage? «Nous connaissions déjà les bandes organisées venues de Roumanie et de Géorgie. Actuellement, il y a beaucoup de jeunes Maghrébins venus après le Printemps arabe qui jouent la débrouille», répond Christian Python, fondateur et patron de Python Sécurité.

Selon la police cantonale, les voleurs locaux, toxicomanes, ados rebelles ou personnes réellement dans le besoin, sont responsables d’un quart à un tiers des larcins commis dans les rayons.

La riposte
Les commerçants, de leur côté, haussent le ton. Selon la police de Lausanne, qui enregistre une progression de 20% des vols à l’étalage par rapport à l’an dernier, ils sont devenus plus prompts à réagir et à porter plainte pour des vols de moins de 300 francs, définis juridiquement comme «d’importance mineure».

Afin de se défendre, ils se regroupent et signent des contrats avec des entreprises de sécurité. Manor s’est joint cette année à un ensemble de sept enseignes lausannoises qui travaillent avec Protectas. «Nous avons un système de patrouilles où un agent est à disposition des commerces et intervient sur demande. Cela fonctionne bien à Zurich», explique Aurelio Sabatini, directeur régional de la société de surveillance.

Globus-Lausanne vient d’entrer en discussion avec Protectas en vue d’une adhésion. «Ces agents nous communiquent ce qu’ils voient en ville. Ils peuvent suivre les voleurs. Cela permet d’éviter de mettre notre personnel en danger», déclare le directeur, Michel Bratschi.

Le marché de la sécurité commerciale se développe et la concurrence est rude. «En novembre 2010, j’ai mis 15 000 francs pour offrir deux mois de surveillance aux commerçants lausannois afin de leur présenter mon concept», se souvient Christian Python. Dans le canton de Vaud, sa société est active à Lausanne, avec trois contrats, mais aussi à Bussigny, à Crissier et à Yverdon-les-Bains.

Révolution technologique
Ces sociétés de sécurité doivent s’adapter à une véritable révolution technologique. Les malfrats redoublent d’ingéniosité pour dérober des vêtements de marque ainsi que des alcools forts, des cigarettes, des parfums, du matériel électronique, bref, tout ce qui n’est pas trop encombrant et peut se revendre à bon prix.

On a longtemps parlé des sacs doublés d’une couche d’aluminium afin de permettre un passage sans encombre aux portiques de sécurité. L’an dernier, les gardes-frontière genevois ont même saisi des vestes doublées de matériau isolant. «En fait, cela se voit de moins en moins», sourit un des agents de Python Sécurité. Le fin du fin, aujourd’hui, ce sont de petits appareils qui brouillent les systèmes de détection à la sortie des magasins. Cachés sous les vêtements, ces brouilleurs aux allures de jeux électroniques semblent d’une efficacité redoutable.


«La peur nous permet d’anticiper le danger»

Le voleur roumain coincé vendredi après-midi au centre de Lausanne n’a pas opposé de résistance. Un des deux agents de Python Sécurité alors en intervention raconte: «On doit laisser la personne sortir pour que le vol soit démontré. Je l’ai suivi, je l’ai accosté et je me suis présenté. Ensuite, j’ai appelé la police. Ils sont venus au bout d’une demi-heure, c’est plus rapide qu’à Genève.»

Apparemment, cela semble facile. Mais, la veille, une surveillante a eu moins de chance: «Bousculée, elle est tombée et a subi une commotion.» Les agents de sécurité ne sont pas armés et n’ont pas de compétence de police. «Mais nous avons une formation en autodéfense», relèvent les deux hommes. Cela ne forme pas un antidote contre la peur, parfois bien présente. Elle n’est pas forcément une ennemie: «Celui qui n’a pas peur risque d’agir sur un coup de tête, de miser tout sur la force physique. La peur peut être une bonne conseillère, elle nous permet d’anticiper le danger», explique un des deux agents.

Pas forcément costauds, habillés comme beaucoup de clients – jeans, polo ou chemise et blouson – les deux hommes arpentent discrètement les rayons. Leur premier objectif est de ressembler à M. Tout-le-monde. Leur grande crainte, c’est d’être «grillés» par une indiscrétion ou une photo.

Une fois fondus dans la masse des clients, ils doivent faire preuve de psychologie: «Nous observons le langage corporel, nous regardons la démarche des gens», expliquent-ils. Et quels signes les mettent en alerte, leur permettent de déceler le voleur prêt à passer à l’acte? Bien sûr, on n’en saura rien: «Si on vous le dit, les voleurs sauront comment tromper notre vigilance!» (24 heures)

Créé: 05.10.2012, 07h19

Un brouilleur d’ondes bricolé permettant de neutraliser les portiques de sécurité.  (Image: PASCAL FRAUTSCHI)

Petit vol, sanction légère

Selon le Code pénal, le vol est puni de 5 ans de prison au maximum, voire 10 en cas de vol par métier. Ces peines maximales ne s’appliquent guère au vol à l’étalage. Et cela d’autant plus que les infractions «d’importance mineure» ne se poursuivent que sur plainte. Le Tribunal fédéral a fixé le plafond du «petit vol» à 300 francs. Au-dessous de ce montant, les commerçants ne saisissent souvent pas la justice s’ils ont pu récupérer la marchandise et si l’auteur du délit s’est acquitté des 150 fr. de frais administratifs. Le Conseil d’Etat lui-même a reconnu, à la fin de l’an dernier, que les bandes organisées venues d’Europe de l’Est connaissent très bien cette limite légale. Les voleurs évitent donc d’amasser trop de marchandise d’un coup. Ils bénéficient d’appuis pour le transport du butin dans leur pays, où les objets dérobés sont revendus.

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