Comment Fabrice A. a pu tromper tout son monde

Drame de La PâqueretteA trois semaines du procès de l’assassin présumé d’Adeline M., l’acte d’accusation du procureur général, que nous avons obtenu, détaille la façon dont le détenu a rusé pour préparer son plan.

Sur les lieux de la sortie accompagnée qui a tourné au drame.

Sur les lieux de la sortie accompagnée qui a tourné au drame. Image: DR

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Il a minutieusement élaboré son plan, pendant des mois, avant de tuer sa proie, avec cruauté. L’acte d’accusation du Ministère public concernant Fabrice A., que nous avons pu obtenir, retrace dans les moindres détails comment ce détenu du centre La Pâquerette a trompé son monde, afin d’obtenir une sortie accompagnée avec la sociothérapeute Adeline M. qu’il finira par tuer. C’était le 12 septembre 2013.

Dans trois semaines, le Franco-Suisse va devoir répondre devant le Tribunal criminel de Genève de «meurtre avec circonstance aggravante de l’assassinat». Il a agi de façon préméditée et «avec une absence particulière de scrupules au regard des buts particulièrement odieux qu’il poursuivait». Description d’un plan savamment élaboré, en préambule d’un procès que Genève attend depuis trois ans.

«Il a dupé son thérapeute»

Condamné deux fois pour viols aggravés, en Suisse et en France, le binational Fabrice A. a obtenu son transfert en Suisse en 2008. A sa demande, il a intégré en 2012 le centre de sociothérapie La Pâquerette. Là, il a été accueilli par Adeline M.

«Dès janvier 2013, Fabrice A. a activement participé à la mise en place de son programme de sorties accompagnées», décrit le procureur général, Olivier Jornot, dans son acte d’accusation de sept pages. Dès ce moment, «il a cherché le moyen de profiter de cet allégement de peine pour s’évader».

«Après avoir dupé le personnel de l’établissement de La Pâquerette, son thérapeute et la direction par son attitude, il a pu obtenir l’autorisation de participer aux programmes de sorties accompagnées», soutient-il. Fabrice A. a ainsi «lui-même opté pour des séances d’équithérapie (…), a soigneusement comparé les différents centres équestres existants en regard de leur localisation». Son choix s’est porté sur un centre à l’«isolement idéal pour l’exécution de ses plans», situé à l’entrée d’un bois à Bellevue.

Lors de sa première sortie accompagnée par une sociothérapeute, il s’est fait conduire «jusqu’à une maison isolée et abandonnée en lisière du bois, dont tous deux ont visité les alentours, ce qui a permis au précité de procéder au repérage». Il a profité de cette conduite pour s’acheter notamment une carte de l’Europe.

Avant sa seconde sortie, il «a convaincu les référents de La Pâquerette de l’autoriser à acquérir ce qu’il a présenté comme un cure-pied». Et sous prétexte de vouloir acheter une nouvelle veste, invoquant un manque d’argent sur son compte, il a obtenu une avance de 800 francs. «Il s’assurait ainsi des liquidités nécessaires à sa fuite en Pologne», ajoute le procureur général.

Un couteau de chasseur

Le 12 septembre 2013 au matin, l’homme de 39 ans est parti avec Adeline M., «dont il s’était assuré de la disponibilité». En chemin, il a convaincu la jeune mère de 34 ans de passer d’abord chercher le cure-pied dans un commerce du centre-ville, contrairement au programme prévu. En réalité, son choix s’était porté sur un couteau «utilisé par les chasseurs, muni d’une lame lisse d’une dizaine de centimètres et équipé d’une autre lame dentelée courbée, très coupante, destinée à dépecer le gibier». Un objet qu’il avait pris soin de réserver par téléphone depuis La Pâquerette.

Juste après cet achat, Fabrice A. a averti le centre équestre qu’il arriverait en retard, «ce afin de retarder au maximum l’alerte qui serait donnée une fois la découverte de l’exécution du plan». Il a incité son accompagnatrice à suivre une fausse route jusqu’à la fameuse maison déjà repérée. Le piège s’est peu à peu refermé. Il a alors forcé la sociothérapeute à le suivre, l’obligeant à garder le silence au passage de promeneurs, puis a choisi un arbre où il l’a attachée avec une écharpe.

«Satisfait de prendre l’ascendance sur sa victime en provoquant la peur chez elle, il l’a forcée à subir un baiser lingual tout en lui affirmant qu’il ne la violerait pas, laissant encore à ce moment-là, dans l’esprit d’Adeline M., un espoir d’avoir la vie sauve», précise le document.

Tout a basculé vers 10 h 30. «Après avoir ainsi maîtrisé et dominé sa proie, Fabrice A. l’a ensuite égorgée comme un animal.» Une profonde lésion de 18,5 cm sera constatée.

Cette scène, il l’a fantasmée depuis sa cellule, où il disposait de son ordinateur sur lequel il avait installé notamment un extrait du film Braveheart montrant l’égorgement d’une femme. Il visionnait abondamment ces images, «en prenant plaisir à s’imaginer vivre une expérience semblable avec Adeline M.».

Enterrer vivante son ex-amie

Durant sa détention encore, il a préparé son évasion en vue de rejoindre son ancienne petite amie en Pologne. Il a ainsi effectué de nombreuses recherches sur Internet pour retrouver sa trace, a recueilli des photographies d’elles. Il a obtenu l’adresse du gymnase où elle étudiait et celle de ses parents. Il a même décrit en détail, dans un fichier, le sort qu’il lui réservait. «Il prévoyait notamment de l’enterrer vivante et de lui poignarder les yeux.»

Durant sa fuite à bord de la Citroën Berlingo utilisée par Adeline M., il a pu se rendre jusqu’en Pologne, à l’ancien domicile de son ex-amie, interroger des habitants, «se faisant passer pour le collaborateur d’un notaire» à sa recherche. Il a encore passé des heures devant le gymnase où elle étudiait. Las, il a décidé de quitter les lieux pour se rendre en Irlande, où il l’avait rencontrée. C’est en chemin, à la frontière germano-polonaise que ses trois jours de cavale ont pris fin. Début du procès le 3 octobre. Avec cette question parmi bien d’autres: si les signaux existaient, pourquoi personne n’a rien vu?

Créé: 08.09.2016, 10h51

Récit en dates d’une affaire hors normes

2001 Fabrice A. est condamné à cinq ans de prison par la Cour de cassation genevoise pour un premier viol commis en 1999 dans un bois à Ferney-Voltaire (F).

2003 Il est condamné à quinze ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises de l’Ain pour un second viol commis en 2001 au même endroit, alors qu’il était en liberté provisoire.

2008 Il obtient son transfèrement en Suisse afin d’exécuter le solde de ses peines.

2012 A sa demande, il entre au centre de sociothérapie La Pâquerette, où, pour préparer sa libération conditionnelle, des sorties accompagnées sont prévues.

12 septembre 2013 Au cours de sa seconde sortie, il tue la sociothérapeute Adeline M. Son corps est retrouvé le lendemain, dans un bois à Bellevue.

9 octobre 2013 Bernard Ziegler, l’enquêteur nommé par l’Exécutif pour analyser les failles du système, rend un rapport accablant pour la directrice de La?Pâquerette, rattachée aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), et celle du Service d’application des peines et mesures (Sapem), rattachée au Département de la sécurité (DSE). L’Etat reconnaît ses torts et présente ses excuses à la famille de la défunte.

Mai 2014 L’enquête administrative réalisée par Benoît Chappuis visant la directrice de La?Pâquerette, conduit les HUG à lui infliger un blâme.

Mars 2015 Création d’une commission d’enquête parlementaire (CEP) après des mois de débats au parlement et une pétition lancée par le collectif Justice pour Adeline réclamant que toute la lumière soit faite sur les dysfonctionnements institutionnels.

Juin 2015 L’enquête administrative visant la directrice du Sapem, confiée par le DSE à Jean-Pierre Lador, la blanchit. Elle est pourtant sanctionnée par le Conseil d’Etat.

29 août 2016 La CEP repousse pour la troisième fois son rapport et promet de le livrer d’ici à fin janvier 2017.

30 août 2016 La Cour de justice rend un arrêt qui annule la sanction prise par le Conseil d’Etat à l’encontre de la directrice du Sapem. S.R.

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