Quelle sera la facture d’une assurance dentaire?

SantéLes partisans, les opposants et Pierre-Yves Maillard lisent tous l’initiative différemment. Les montants explosent d’un camp à l’autre

Alors que les partisans d'une assurance mettent en avant le chiffre de 29,50 francs par mois pour une personne, les opposants pointent un total de plus de 1300 francs par an pour une famille.

Alors que les partisans d'une assurance mettent en avant le chiffre de 29,50 francs par mois pour une personne, les opposants pointent un total de plus de 1300 francs par an pour une famille. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les Vaudois diront dans 12 jours s’ils veulent une assurance dentaire obligatoire. Mais combien chacun d’eux devra-t-il payer? C’est l’incertitude et trois scénarios se dessinent: celui des partisans de l’initiative (gauche, syndicats, associations), celui de Pierre-Yves Maillard, le ministre de la Santé, celui des opposants (dentistes, droite, patronat). Les chiffres passent de 15 francs par mois à 1300 par an. Tour d’horizon.

Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

30 francs pour les partisans

Selon les partisans, la facture totale des soins dentaires dans le Canton avoisine les 300 millions de francs. Dès lors leur projet table sur une cotisation salariale de 0,5% pour les personnes qui cotisent à l’AVS, soit un total de 165 millions par an. Pour un salaire médian de 5900 francs, cela revient à 29 fr. 50 par mois et 354 francs par an. Les Vaudois paieront certains soins via leurs impôts, pour les personnes ne cotisant pas à l’AVS ou bénéficiant des régimes sociaux.

Selon Pierre Conscience, le coordinateur de la campagne des partisans, le montant de 300 millions ne bougera pas. «La question de l’initiative n’est pas de savoir le coût des soins, mais comment ils sont financés, note-t-il. Seul le mode de financement changera, de façon solidaire, selon notre capacité contributive.»

Patrick Éperon, coordinateur des opposants, n’y croit pas. Pour lui, la facture augmentera. «Prenez les soins des non-cotisants à l’AVS. Avec notre estimation de 100 millions par an, on arrive à un milliard sur 10 ans. Le budget de l’État n’est pas infini et je doute que des économies se réalisent.»

Une franchise pour Maillard

Pierre-Yves Maillard estime que la totalité des soins couverts par l’assurance se montera à 239 millions. Il aboutit à une cotisation entre 0,25% et 0,35% du revenu. Pour le salaire médian, cela correspond à une facture entre 14,75 et 20 fr. 65 par mois, c’est-à-dire entre 177 et 248 francs par an. Le socialiste donne deux chiffres, en attendant que le parlement décide si les soins des retraités sont payés par l’État ou l’assurance.

Autres coûts pour les patients: une franchise de 300 francs pour les adultes et de 100 francs pour les enfants. Enfin, une autre voie de financement est possible, si le Grand Conseil en veut: la taxe sur les boissons sucrées, de 30 centimes par litre, présentée en 2017 par Pierre-Yves Maillard.

Les partisans de l’initiative ne veulent ni d’une franchise ni d’une taxe. Quant aux opposants, ils en tiennent compte dans leur calcul, mais les critiquent: «Si l’initiative est acceptée, une franchise est un minimum. Nous trouvons déjà que cette assurance était chère. Mais avec une franchise, cela devient franchement une arnaque, dénonce Patrick Éperon. Quant à la taxe, elle reposera notamment sur les familles.»

1300 fr. pour les opposants

Le scénario des opposants table sur une facture globale des soins de 400 à 500 millions. «Il y aura cinq occasions de passer à la caisse», illustre le député libéral-radical Guy-Philippe Bolay: prélèvement sur les salaires, impôts, franchise, soins non compris par l’assurance et impossibilité de déduire la prime des impôts. Le coût minimal avoisine les 1300 francs par an pour une famille de quatre avec un salaire médian: deux cotisations de 250 francs (au taux de 0,35%) et quatre franchises. Certains opposants y ajoutent la taxe sur les boissons sucrées et la part des employeurs. Pierre Conscience dénonce cette vision. «La droite démultiplie les factures et invente des couches de paiements. Les frais des soins resteront identiques à aujourd’hui et les voies de financement ne s’additionneront pas.» Quant à Pierre-Yves Maillard, il a dénoncé le «mécanisme extraordinaire de la multiplication des factures» devant le Grand Conseil la semaine dernière. «Est-ce que Monsieur Bolay pense que les dentistes enverront cinq factures? Soyons sérieux.»


Débat - une assurance obligatoire pour les soins dentaires?

(24 heures)

Créé: 20.02.2018, 18h17

Et les entreprises?

L’initiative prévoit que les entreprises cotisent à l’assurance à la même hauteur que leurs employés, c’est-à-dire à 0,5% du salaire. C’est-à-dire un total d’environ 165 millions de francs par an. Les entreprises s’y opposent, soulignant le nombre de cotisations sociales dont ils s’acquittent: AVS/AI/APG, LPP, allocations familiales, assurance-chômage, etc., pour un total de 17,925% du salaire, selon la Chambre vaudoise de commerce et d’industrie (CVCI).
«Les employeurs vaudois ont fait des gros efforts, car il y a toujours une logique en lien avec l’emploi dans ces cotisations», commente Claudine Amstein, directrice de la CVCI. «Quel est
le lien entre une assurance dentaire et l’emploi? Faire participer les employeurs est totalement illogique et cela renchérit le coût du travail.»

Articles en relation

Une initiative tentante, mais… non

L'invité Gérard Mojon refuse catégoriquement de glisser un oui "dentaire" dans l'urne du 4 mars. Plus...

Les médecins se divisent pour trouver un remède au mal de dents des Vaudois

Santé Les deux camps avancent leurs propres arguments médicaux pour ou contre une assurance dentaire. Explications. Plus...

«Nous nous sommes endettés pour nos dents»

Santé bucco-dentaire De nombreux Vaudois renoncent au dentiste par peur de la facture. D’autres vont à l’étranger ou s’endettent, parfois pour plusieurs années. Témoignages. Plus...

La facture très opaque des soins dentaires

Les Vaudois voteront le 4 mars sur la création d’une assurance dentaire. Le coût global des soins avoisinerait 4,1 milliards en Suisse, mais le domaine manque de transparence. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.