La facture très opaque des soins dentaires

Les Vaudois voteront le 4 mars sur la création d’une assurance dentaire. Le coût global des soins avoisinerait 4,1 milliards en Suisse, mais le domaine manque de transparence.

Le coûts des soins dentaires est surtout à charge des patients eux-mêmes, entre 80% et 90% selon différentes estimations.

Le coûts des soins dentaires est surtout à charge des patients eux-mêmes, entre 80% et 90% selon différentes estimations. Image: Keystone

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Dans moins de deux mois, le 4 mars, les Vaudois diront s’ils veulent créer une assurance obligatoire pour le remboursement des soins dentaires. Aucun autre canton ne le fait en Suisse, mais le modèle existe à l’étranger, entre autres en Allemagne. La campagne a été officiellement lancée jeudi par le comité d’initiative, qui estime que trop de gens renoncent aujourd’hui à des soins pour une raison financière (lire encadré). Le système proposé devrait coûter environ 380 millions de francs par an, selon les initiants. Mais le problème, c’est que le domaine des soins dentaires manque de transparence. Alors que les médecins classiques sont soumis à la LAMal et contrôlés pour les soins couverts par l’assurance de base, la bride est plus lâche pour les dentistes. Résultat: les chiffres et les interprétations peinent à se recouper.

Combien ça coûte?

Cité en référence par tous les acteurs du dossier, l’Office fédéral de la statistique (OFS) estime que les soins dentaires coûtent 4,1 milliards de francs au niveau suisse. Cela représente 494 francs par an et par personne, soit 41 francs par mois. «Par extrapolation sur la population vaudoise, cela reviendrait à 385 millions pour le canton de Vaud, comprenant l’ensemble des prestations dentaires, en vertu des tarifs variables pratiqués par les prestataires de soins», explique Christine Cunier, la dentiste cantonale. Autre service de l’État, autre calcul, avec les mêmes chiffres de base. «En extrapolant à partir des estimations de l’OFS pour l’ensemble de la Suisse, nous estimons que les soins dentaires dans le canton de Vaud ont coûté 480 millions de francs en 2015», explique Alexandre Oettli, chef de section au sein du service Statistique Vaud. «Après soustraction des frais pour les patients résidant dans d’autres cantons, les coûts pour les seuls Vaudois sont évalués à 420 millions.» Mais c’est sans compter les frais payés dans d’autres cantons ou à l’étranger.

Autre incertitude qui a son importance: combien de Suisses renoncent-ils à rendre visite à un dentiste par peur de la facture? Plusieurs études existent et aboutissent à des résultats de 3% à 20%. Pour le comité d’initiative, ces patients ne feront pas gonfler le coût de la future assurance. Au contraire: ils seront pris en charge plus rapidement en cas de problème, ce qui fera diminuer les coûts des interventions.

Qui paie la facture?

C’est le flou aussi pour savoir qui paie exactement quoi. Selon Christine Cunier, 89% de la facture est réglée par les patients eux-mêmes et leurs familles. «Contre une moyenne de 55% dans les pays de l’OCDE», ajoute-t-elle. Mais d’autres chiffres circulent, qui tablent sur une facture de 80% environ pour les ménages (voir infographie). Le reste est notamment pris en charge par l’AVS, l’AI, l’assurance-accidents et les assurances complémentaires. «Dans le canton de Vaud, les montants pour soins dentaires pris en charge dans le cadre des régimes sociaux cantonaux (tels que les prestations complémentaires et le revenu d’insertion) s’élevaient à 24,7 millions en 2016», souligne Christine Cunier.

Pourquoi si peu d’infos?

En réalité, beaucoup de ces chiffres sont des estimations, obtenues par exemple en se basant sur les dépenses des ménages. Pour certains, la faute est aux dentistes, qui craindraient de donner davantage de chiffres. «Ils veulent rester une profession avant tout libérale», note une initiante.

Les pros de la statistique ne le disent pas de la même manière, mais soulignent un contexte différent entre les médecins classiques et les médecins dentistes: «Il y a davantage d’informations pour les médecins non-dentistes, car une bonne partie des factures transitent par les assurances-maladie et nous obtenons des données statistiques par ce biais», explique Alexandre Oettli. Jacques Huguenin abonde: «Pour les soins dentaires, il y a un sérieux potentiel d’amélioration, mais nous devons nous satisfaire des informations que nous avons.»

Les dentistes eux-mêmes se défendent de tout déficit d’informations. «Au contraire, nous travaillons avec l’OFS et c’est aussi dans notre intérêt d’avoir des chiffres», note Marco Tackenberg, porte-parole de la Société suisse des médecins dentistes. Mais, selon lui, saucissonner les coûts des différentes spécialités et prestations ne fonctionnerait pas. «Séparer les interventions n’a pas toujours de sens et c’est souvent impossible, continue Marco Tackenberg. C’est notre critique d’ailleurs face aux initiants. Si enlever une dent était une prestation de base, en remettre une serait-il esthétique? L’esthétique a toujours fait partie de la médecine dentaire.» (24 heures)

Créé: 11.01.2018, 20h53

Plus de 60 médecins pour l’initiative

Les dentistes diront, dans une conférence de presse la semaine prochaine, tout le mal qu’ils pensent de l’initiative pour le remboursement des soins dentaires. Jeudi, c’est le comité d’initiative qui a dévoilé son appel de soutien signé par plus de 60 médecins non-dentistes. «Notre liste s’étoffe d’heure en heure», note la diabétologue socialiste Brigitte Crottaz, bientôt conseillère nationale. «Ce sont des professionnels de toutes les spécialités, car toutes ont un lien avec la santé dentaire.»
Le comité lance donc officiellement sa campagne avec un budget de 70'000 francs. L’occasion aussi de remettre en avant ses arguments pour l’initiative. Premier d’entre eux: garantir à chacun d’accéder aux soins, sans barrière financière. Le projet devrait coûter 380 millions de francs. «Nous nous sommes appuyés sur les chiffres de l’OFS, avec un coût actuel d’environ 500 francs par an et par personne, mais c’est la limite haute, qui pourrait baisser», ajoute Brigitte Crottaz.
Ces 380 millions seraient financés via des cotisations sociales de 1% de la masse salariale, payées pour moitié par les employeurs et les salariés. «Ce serait une institution d’assurance sociale comparable à l’AVS, qui récolterait cet argent sans frais publicitaires et sans frais de gestion, c’est-à-dire sans bénéfice pour les actionnaires», explique Pierre Conscience, conseiller communal SolidaritéS à Lausanne et coordinateur de la campagne du comité.
Les retraités ne paieraient donc rien. Pour les autres, cela coûterait par exemple 5,25 francs par mois pour une étudiante de 18 ans ou 64,85 francs pour une famille de deux enfants et deux parents, avec un revenu de 13 000 francs.

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