Inquiets, les paysans «se lèvent la nuit»

IncendiesUne ferme ravagée à Payerne, une étable à Domdidier (FR), 55 bovidés tués dans la nuit de samedi. La Broye est sur le qui-vive.

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Pierre-André Plumettaz accuse le coup. Il a vu sa ferme du vieux quartier de Vuary, à Payerne, partir en flammes, samedi à 1 h du matin. «Une surveillance des pompiers a été organisée dans la nuit de samedi à dimanche. Ça bourronne et il y a eu deux petits départs de feu. Maintenant, c’est géré», raconte-t-il. Samedi, il a réussi à sortir une partie de ses vaches du brasier. Mais 5 ont été euthanasiées. Pour ajouter à la consternation, six veaux sont morts. Au total, 19 bêtes ont perdu la vie. On ne déplore aucune victime humaine.

Tout le fourrage doit être évacué. Pierre-André Plumettaz peut compter sur la solidarité des agriculteurs de la région: «C’est beau de voir des collègues lâcher leur propre boulot - et ils en ont beaucoup - pour venir nous aider», relève ce père de trois enfants de 6 à 12 ans. «Tout une vie est partie en fumée en deux heures. Mais il faut aller de l’avant», conclut-il.

Tension dans la Broye

La Broye est sous tension. Pierre-André Plumettaz relève que «les autres agriculteurs se lèvent la nuit pour surveiller leur ferme». La région subit en effet une inquiétante série de sinistres. Après l’incendie de Payerne, les pompiers étaient alertés car une étable de 20 mètres sur 80 mètres est partie en flammes à Domdidier (FR), à 1 h 50, dans un secteur à l’habitat clairsemé. Là vivaient 108 bovidés; 36 d’entre eux, des taureaux, sont morts, en grande partie abattus en raison de leurs graves blessures. Le propriétaire n’habite pas sur les lieux et, là aussi, aucun humain n’a été blessé.

Le 15 juillet à l’Institut équestre national d’Avenches (IENA), 24 chevaux et poneys trouvaient la mort dans un incendie. La famille de la fille du directeur de l’IENA était évacuée de justesse. Depuis ce drame, un pompier de 27 ans est sous les verrous, soupçonné surtout à cause de son comportement et de ses apparitions dans les médias. Forcément, tout le monde fait le lien. L’homme emprisonné n’est peut-être pas le bon. Des côtés fribourgeois et vaudois, la police se montre prudente sur les causes, qui restent pour l’heure inconnues. Elle ne fait pas de lien entre les trois drames.

Dans cette ambiance inquiète, les rumeurs vont vite. Samedi matin, des habitants évoquaient six ou sept foyers d’incendie dans la Broye, comme dans la nuit du 15 juillet. Mais cette fois, c’est faux, la police est formelle à ce sujet. Toutefois, un départ de feu était enregistré en ville, à Payerne, vers 1 h 30. Il s’est produit dans un parking souterrain d’un immeuble en construction. Il a provoqué un gros dégagement de fumée, rien de plus.

La similitude des sinistres est frappante. Des bêtes tuées, des flammes rapides, du fourrage en feu. «Je me suis couché vers 23 h 30, il n’y avait rien. C’est le bruit, le crépitement, qui m’a réveillé vers une heure Les flammes montaient à plus de 3 ou 4 mètres», raconte Pierre-André Plumettaz. Son premier acte a été de sortir les bêtes pendant que son épouse appelait les pompiers. Un moment d’horreur: «Dans la panique, les vaches veulent retourner dans l’étable».

Le feu a pris dans la partie fourragère, dont l’entrée se trouve au centre de la bâtisse. Les étables se situent aux deux extrémités. Les bêtes étaient donc encerclées par les flammes. Pierrette Plumettaz, mère de Pierre-André, qui habite dans une maison voisine comme son fils, témoigne de la rapidité de l’incendie: «Le feu était un peu partout, difficile de dire d’où il provenait», raconte-t-elle, effondrée. Son fils Pierre-André avait repris l’exploitation en janvier, avec son cousin François. «C’est vraiment dur, pour les jeunes», ajoute Pierrette Plumettaz, qui peine à retenir ses larmes.

Les cris des bêtes

Même désolation à Domdidier. A la mi-journée de samedi, des tracteurs s’affairent à sortir de l’étable brûlée la paille et le foin qui se sont enflammés avant d’être arrosés d’eau par la cinquantaine de pompiers à l’œuvre depuis 12 heures. Le propriétaire, surchargé de travail, ne souhaite pas s’exprimer. Mais un homme qui passait la nuit chez son amie, à quelques centaines de mètres de là, raconte un moment infernal: «Le chien m’a réveillé. Il n’y avait encore personne sur place. Cinq minutes plus tard, une voiture de police arrivait. Les policiers ont sauvé du bétail. Cela brûlait très fort. Le plus impressionnant, c’était d’entendre le cri des animaux, qui donnaient des coups de pied dans l’enclos pour fuir.» Un souhait s’exprime partout. Que l’origine de ces incendies soit vite élucidée.

(24 heures)

Créé: 29.07.2017, 09h33

A Payerne, un quartier durement frappé

A Payerne, dans le quartier de Vuary, on peut voir des fondations à quelques mètres de la ferme qui a brûlé dans la nuit de samedi. Ce sont les restes d'un rural dévasté par les flammes en juin 2016. Mais il n'y avait pas d'animaux.

En sept jours, deux incendies avaient frappé le quartier, sans faire de victime. Un jeune homme avait été arrêté. Selon plusieurs sources, il a été emprisonné.

Voisin de la famille Plumettaz victime du dernier sinistre payernois, Pierre Savary, ancien conseiller national, connaît bien les lieux. Il était toutefois en Valais quand le drame s'est produit. "Je suis en pensée avec mes voisins qui ont tout perdu", affirme-t-il. Il se souvient du paysan retraité qui possédait la ferme proche des Plumettaz: "C'était toute sa vie, cette ferme".

Il raconte un drame semblable pour le deuxième rural parti en flammes en juin 2016. Le Vuary, c'est le vieux quartier rural de Payerne, à deux pas du centre. On y trouve des fermes centenaires. "Trois belles fermes sont parties. C'est tout un patrimoine qui disparaît. Toute la vie de Vuary part en fumée en l'espace de quelques mois. La vie du quartier est bouleversée", déplore-t-il. Un voisin décrit Vuary comme "le dernier vieux quartier paysan de Payerne". La tristesse et l'inquiétude y régnaient ce samedi.

Un homme en prison pour rien?

La question est sur toutes les lèvres. Le pompier de 27 ans arrêté vendredi 21 juillet est-il vraiment l'auteur des feux du 15 juillet, qui ont notamment frappé l'Institut équestre national d'Avenches et tué 24 chevaux et poneys? Si c'est lui, un autre incendiaire est-il à l'oeuvre, pour autant que les incendies de samedi 29 juillet soient d'origine criminelle? La police ne répond pas en l'état de l'enquête: "Toutes les pistes sont ouvertes", souligne Olivia Cutruzzolà, porte-parole de la police cantonale vaudoise.

Du côté fribourgeois, les enquêteurs ne se prononcent pas sur une éventuelle origine criminelle, qui pourrait aussi être accidentelle ou technique. La thèse du pyromane s'impose toutefois dans les esprits. Les connaisseurs de la région relèvent qu'il suffit de 10 minutes pour aller de Payerne à Domdidier en voiture. Or, justement, à Domdidier, une habitante proche a vu "une voiture inhabituelle qui stationnait au fond du champ".

L'avocate de l'homme emprisonné est sur la brèche, en contact ce week-end avec les enquêteurs. Elle en est certaine: son client n'a pas mis le feu à Avenches. Il possédait un cheval, qui n'avait pas péri dans les flammes. Il participait à des courses, entraîné par un maréchal-ferrant qui s'occupait de lui depuis six mois. Chômeur qui a subi des épisodes dépressifs, il s'en était sorti grâce aux chevaux: "C'était sa vie", déclare son avocate, Me Céline Jarry-Lacombe. La nuit du drame à Avenches, il avait sorti deux chevaux du brasier, dont un avait été euthanasié. "Quand je lui ai dit que le deuxième était indemne, il s'est effondré en larmes, bouleversé par le drame", raconte l'avocate: "S'il a joué la comédie, il a un talent jamais vu. Ce n'est pas possible".

Selon elle, son client a été incarcéré sur la base de dénonciations, de lettres, touchant son comportement. Il s'était répandu dans les médias, ce qui fait penser au "pompier pyromane" qui veut jouer au héros. Mais, assure, l'avocate, il n'y a pas de preuve matérielle. Elle attend les résultats complets de l'analyse de la géolocalisation du téléphone portable de son client, qui sera comparée au récit de la soirée qu'il a donné aux enquêteurs.

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