Accusé de viol, un étudiant encourt trois ans de prison

NyonCinq jours après avoir fêté ses 18 ans, un Vaudois a couché avec une copine de gymnase encore mineure. Une année plus tard, la jeune femme confiait avoir été contrainte.

Le rapport sexuel complet a eu lieu dans un appartement de Sydney en janvier 2017, une dizaine de jours après le passage à la nouvelle année

Le rapport sexuel complet a eu lieu dans un appartement de Sydney en janvier 2017, une dizaine de jours après le passage à la nouvelle année Image: Keystone

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L’ambiance était particulièrement lourde ce jeudi dans l’enceinte du tribunal de Nyon. Car le litige pénal que trois juges devront trancher est inhabituel à plus d’un titre. De par l’âge des protagonistes, tous deux de bonne famille. 21 ans pour Guillaume* – fils d’un pilote de ligne –, et 20 pour Margaux* – fille d’un directeur de centre médical –, qui l’accuse de l’avoir violée. L’un comme l’autre disent avoir songé à mettre fin à leurs jours. La victime présumée en est arrivée au stade de la tentative de suicide, l’été dernier, après deux hospitalisations en psychiatrie.

Le lieu où s’est déroulé le rapport sexuel -ladite relation n’est pas contestée par l'accusé- est également singulier pour une affaire jugée en Suisse: Sydney. Car c’est en Australie que les deux Vaudois de La Côte ont effectué leur deuxième année de gymnase, dans le cadre d’une maturité bilingue français-anglais proposée depuis 2015 par le Département cantonal de la formation. Une option réservée aux bons élèves, et dont le séjour (estimé à un minimum de 1000 fr. par mois pour le gîte et couvert) comme les billets d’avion sont intégralement à la charge des parents.

La jeune femme avait opté pour la frénésie cosmopolite de la plus grande ville du pays. Contrairement à l’accusé, qui avait préféré le farniente de l’île de Tasmanie et sa capitale de moins de 250'000 habitants. A 1100 km l’un de l’autre. Alors âgés de 17 ans, tous deux s’étaient liés d’amitié lors de leur première année dans le même gymnase de Nyon.

Durant l’automne 2016, soit trois mois après leur arrivée en Océanie, Guillaume entreprend un premier rapprochement avec Margaux en prenant l’avion pour Sydney. La famille d’accueil de la Vaudoise accepte d’héberger cet étudiant supplémentaire pour quelques jours.

Jeu de séduction

L’accusé passera un nouveau séjour dans la métropole en janvier 2017, à l’occasion de la venue de sa famille durant les vacances (période correspondant à la saison d’été en Australie, ndlr). Logé dans un appartement loué par ses proches, le gymnasien en aura momentanément la totale jouissance, une fois ceux-ci repartis en Suisse et avant la reprise des cours en Tasmanie.

C’est dans ce contexte que Guillaume – alors majeur depuis cinq jours – et Margaux conviendront de passer une soirée ensemble. Après avoir partagé une pizza et bu quelques bières, les deux Vaudois s’achètent une bouteille de vodka et se rendent dans ledit appartement de location. Ils s’accordent à dire qu’une fois un peu éméchés, un jeu de séduction s’installera entre eux. Des échanges de baisers à la cuisine, puis sur le lit. Le jeune homme ôtera le premier son pantalon, ce qui conduira la gymnasienne à en faire de même. A ce stade, il garde son boxer, et elle ses sous-vêtements.

Les versions divergent quant à la suite des événements. Margaux affirme avoir posé les conditions de la poursuite du flirt – qu’elle dit avoir accepté car elle se sentait un peu seule –, à savoir des caresses hors poitrine et parties génitales. Mais rien de plus, car elle était encore vierge. Guillaume en aurait fait fi en tentant d’introduire sa main dans la culotte de la Vaudoise, laquelle l’aurait repoussé. L’étudiant se serait alors énervé, et aurait retiré le slip de sa proie. Suite à quoi cette dernière serait sortie du lit quelques instants, le temps de signifier son refus d’aller plus loin. «Il s’est excusé, on s'est à nouveau posés sur le lit», a témoigné la jeune plaignante devant la Cour correctionnelle de Nyon. «Ca a complètement déraillé quand j’ai voulu me rhabiller pour partir: il a eu le temps de prendre un préservatif dans la commode et de me plaquer sur le lit. Je n’avais plus la force de me débattre quand il m’a pénétrée.» En la raccompagnant à une gare, l’agresseur présumé aurait demandé à sa victime de ne parler à personne de ce qui s’était passé.

Pas de mobile pour accuser à tort

Face à ses juges, Guillaume confirme en tout cas n’avoir jamais reparlé avec Margaux du rapport sexuel complet qu’ils ont eu cette fin de soirée 2017 – ni à quiconque. «Après cette nuit d’aboutissement d'une attirance réciproque: plus rien», a lancé la procureure Marlène Collaud à l’heure de son réquisitoire. «Quand on a leur âge et que l’on couche -et même lorsque l’on est plus âgé-, on a souvent besoin de débriefer, ou de s’interroger sur la suite de la relation. Là, le sujet ne revient pas sur le tapis ni dans les jours, ni dans les mois qui suivent.»

Et d’estimer que l’ex-gymnasienne est crédible notamment parce qu’elle n’a jamais nié avoir pris part à un jeu de séduction: «si elle avait dû inventer tout cela, elle n’aurait pas pris la peine d’évoquer des baisers et caresses consentis. Quitte à inventer un viol, autant le faire du début à la fin.» Mais aussi parce qu’elle n’aurait eu aucun mobile pour accuser à tort celui qui n’était qu’un ami: «ils n’étaient pas en couple, la plaignante n’a pas été éconduite.»

Surtout que la dénonciation pénale initiale – survenue en mars 2018 – n’émane pas de Margaux, mais du Département cantonal de la formation. Et ce deux mois après que la Vaudoise en ait parlé pour la première fois à ses parents. Lesquels ont d’abord sollicité l’intervention du médiateur scolaire.

Car à la rentrée 2017, de retour d’Australie, victime et bourreau présumés s’étaient retrouvés dans la même classe pour leur troisième année de Maturité. Délocalisée pour l’occasion au gymnase de Renens, dans l’Ouest lausannois. Un établissement inauguré un an plus tôt et qui vise précisément à regrouper tous les élèves du canton qui ont effectué une partie de leur cursus dans un pays anglo-saxon.

«Sa souffrance n’est pas le fait de notre client»

Seulement voilà: lorsque le directeur (ex-député et président de la section lausannoise du PDC), alors en poste depuis deux mois, auditionne Guillaume, il le prie de choisir entre trois qualifications du rapport sexuel entretenu avec Margaux: soit il s’agissait d’une relation complètement consentie, soit sous la contrainte, ou alors d’une «zone grise» – une situation pas claire. Lors de cet entretien, le jeune accusé opte pour la troisième option. «Alors qu’aujourd’hui, il n’a plus aucun doute et parle de parfait consentement», a souligné la représentante du Ministère public.

Le doute a en revanche été largement invoqué par les deux avocats du Vaudois, devenu étudiant en économie à l’Université de St-Gall. «On ne remet pas en cause le sentiment qu’a la plaignante d’avoir été abusée. Mais cette souffrance n’est pas le fait de notre client», a lâché Me Manon Stirnimann, à la suite de Me Christian Bettex. Car il est établi que deux semaines après la nuit passée à Sydney dans l’appartement de Guillaume, Margaux a eu une relation sexuelle avec un étudiant qu’elle ne connaissait pas, après avoir consommé une bouteille de vodka à elle seule le soir de la fête nationale Australienne.

«Elle a eu un blackout sur cette agression-là, alors qu’elle donne des détails sur la première où elle a été violée par un ami, qui lui a dit de ne pas en parler», a répliqué la procureure Collaud. Avant de se référer aux certificats médicaux établis par les psychologues de l’ex-gymnasienne, qui permettent d’expliquer pourquoi la jeune femme a repris contact avec celui qu’elle accuse de viol. D’abord par messages depuis l’Australie, en mai 2017; allant même jusqu’à lui suggérer un roadtrip en Europe et de faire les trajets en train à ses côtés lors de leur rentrée prochaine au gymnase de Renens. «La plaignante a eu une décompensation psychique et a été dans le déni de ce qui lui est arrivé en janvier: elle a été capable de faire comme si rien ne s’était passé, jusqu'à ce que son cerveau décide de faire remonter les souvenirs à la surface, dans le cadre d’un cours d’anglais où le thème du viol a été abordé.»

Si Margaux a été en mesure de terminer sa Maturité fédérale en juin 2018, elle a renoncé en cours d’année à poursuivre ses études universitaires. En sciences criminelles: «j’étais trop mal», a-t-elle déclaré ce jeudi. Inscrite entre temps à l’école de police, la Vaudoise a réussi trois des examens d’entrée.

Guillaume encourt pour sa part 3 ans de prison, dont 6 mois ferme. Ses avocats, qui ont plaidé l’acquittement, ont demandé que l’ex-gymnasienne soit condamnée au paiement des frais de défense de celui qu’elle accuse, arrêtés à 24'300 fr.

Le conseil de la jeune femme, Me Coralie Devaud, a conclu au versement d’une indemnité de 15'000 fr. pour tort moral: «retrouver le chemin de la résilience prend du temps, je suis persuadée que ma mandante va y arriver.»

Le tribunal de Nyon rendra son verdict le 5 mars.

* Prénoms d’emprunt

Créé: 29.02.2020, 11h01

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