«Il dit chercher une banque et il braque une boulangerie»

CorrectionnelleUn touriste allemand défie la justice de prouver sa culpabilité dans une grave affaire où tout l’accuse selon le ministère public.

Le Tribunal correctionnel d'Yverdon jugeait mercredi un braqueur d'une boulangerie plutôt atypique

Le Tribunal correctionnel d'Yverdon jugeait mercredi un braqueur d'une boulangerie plutôt atypique Image: Philippe Maeder

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«Il soutient qu’il cherchait une banque et il braque une boulangerie.» Telle est en substance la synthèse du ministère public à l’issue d’un procès tendu, mercredi à Yverdon. La procureure Monica Leita Vermot a requis 20 mois de prison ferme contre un automobiliste allemand de passage qui n’a cessé de clamer son innocence. L’accusé est un économiste âgé d’une trentaine d’années, propre sur lui, sûr de lui. Il n’a pas vraiment le profil de la clientèle qui fait le quotidien des tribunaux pénaux. Il défie la justice de prouver sa culpabilité dans une grave histoire où tout semble l’accuser. Le 19 avril 2017, peu avant 18 heures, un homme encapuchonné pénètre dans la boulangerie L’Épi d’Or à Chavornay. Sous la menace d’un couteau, il contraint la vendeuse à lui remettre le contenu de la caisse. Il s’en empare et s’enfuit en courant.

Rapidement interpellé

Immédiatement alertée, une patrouille de gendarmerie interpelle moins d’un quart plus tard un conducteur seul à bord d’une voiture immatriculée en Allemagne, qui quitte un chemin interdit à la circulation sous le pont autoroutier à Orbe. Les soupçons se portent sur cet homme, car il détient 600 francs en diverses coupures dans une poche de son pantalon, à peu de chose près le montant de la recette avancé par la boulangerie. Plus encore: la police découvre un couteau sous le tapis de sol du véhicule. Enfin, une veste noire à capuche se trouve également dans le véhicule.

Après presque 10 mois passés en préventive, l’intéressé n’en démord pas. Face aux juges, par l’intermédiaire d’un interprète, il donne des explications qui feraient passer l’affaire pour une lamentable erreur judiciaire. – On a repéré votre voiture dans la Grand-Rue à Chavornay où il n’y a rien à voir, pourquoi étiez-vous là? interroge le juge. – Je revenais d’Espagne, j’allais à Munich restituer ce véhicule de location. Je suis sorti de l’autoroute pour chercher une banque UBS ou un kiosque afin de recharger ma carte de débit, car j’en avais besoin pour payer la location puis l’avion. – Que faisiez-vous sur le chemin de campagne où on vous a interpellé? – J’ai été égaré par mon GPS – D’où provenaient les 600 francs retrouvés sur vous? – Ils me restaient d’un change à Bâle à l’aller pour recharger ma carte car cela n’allait pas avec des euros. – Et le couteau caché dans votre voiture? – Il n’était pas caché. Il a dû tomber du sac dans lequel je tenais des provisions pour me restaurer en route, et glisser tout seul. – La vendeuse vous a formellement reconnu! Là, c’est son avocat, Christian de Preux, qui bondit. – Elle dit que le braqueur s’est adressé à elle en français, or mon client n’en parle pas un mot. Elle l’a vu menottes aux poignets à son arrestation. Elle était en état de choc. Elle ne pouvait pas revenir en arrière lorsqu’on lui a montré des photos. De plus, aucune pièce n’atteste que la somme dérobée était de 600 francs. L’avocat déplore aussi l’absence d’analyse ADN sur les billets saisis. Selon lui, cela aurait permis de savoir si le profil de la vendeuse s’y trouvait. Il demeure que des messages WhatsApp entre le prévenu et son amie restée en Espagne laissent entendre que l’accusé n’avait plus d’argent pour faire le plein – il a par exemple mis pour 8 francs d’essence à Genève dans sa voiture. Quatre condamnations en Allemagne, notamment pour escroquerie n’arrangent hélas pas son cas. Verdict prochainement. (24 heures)

Créé: 16.02.2018, 16h40

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