«On ne peut pas interdire la cigarette en prison»

Bois-MermetDes détenus ont mis le feu à leur cellule de la prison du Bois-Mermet, hier soir à Lausanne. Ils ont été légèrement blessés.

Image: PATRICK MARTIN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Deux détenus, un Suisse et un Brésilien âgés de 20 ans, ont mis le feu à des papiers et d'autres objets dans leur cellule au Bois-Mermet, jeudi vers 22h, indique la police cantonale.

La cellule a été dévastée par les flammes, et une épaisse fumée noire s'échappait des lieux. Le personnel de la prison a tenté d'éteindre l'incendie avant l'arrivée des pompiers et des gendarmes, après avoir sortis les détenus. Le sinistre a pu être maîtrisé par les hommes du feu.

L'un des détenus se plaignait de douleurs aux jambes et d'une gêne respiratoire, alors que le second avait perdu connaissance après sa sortie de la cellule. Ils ont été conduits au CHUV pour des contrôles. Ils souffrent d'intoxication suite à l'inhalation de fumées, ainsi que de légères brûlures.

Dans la poche d'un des détenus blessés, les gendarmes ont trouvé une lettre mentionnant leur projet: un document similaire a été remis spontanément par le second détenu. Il en ressort que les détenus ont mis le feu à leur cellule pour se suicider, en utilisant des mégots des cigarettes qu'ils venaient de fumer.

Cinq gendarmes du DARD ont sorti les occupants des cellules voisines pour que les pompiers puissent mesurer le taux de monoxyde de carbone dans l'air.

Les deux détenus blessés étaient incarcérés l'un pour tentative de meurtre et infractions à la LStup, et le second pour infractions à la LStup, vol et recel.

Le procureur de service a ouvert une instruction pénale.

Rien à voir avec Skander Vogt
La cheffe du Service pénitentiaire, Sylvie Bula, ne veut pas faire de comparaison avec l’affaire Skander Vogt, un détenu mort dans sa cellule en feu à Bochuz en mars 2010 après 90 minutes d’attente : un procès, qui vise des gardiens, une ancienne directrice de piquet et trois urgentistes, doit encore avoir lieu. Pour elle, «la règle, c’est qu’on sauve les vies. Jeudi soir, les gardiens ont ouvert la porte aux deux détenus qui étaient encore en état de marcher à ce moment et ils ont commencé à éteindre le feu».

Mais pourquoi les détenus ont-ils de quoi allumer un incendie ? Ne faudrait-il pas interdire la fumée dans les cellules ? Non, répond Sylvie Bula, qui craint le risque de mutinerie : «La fumée est très répandue parmi les détenus. C’est un moyen de détente. Le risque de débordements et d’agressivité augmente si la cigarette est remise en question».

Les briquets à flamme ont été bannis du secteur à haute sécurité de Bochuz mais ils sont toujours admis ailleurs. «Au Bois-Mermet, les briquets n’ont jamais été interdits. Nous devons rester proportionnés dans nos mesures», relève Sylvie Bula. Il est difficile, également, de priver les détenus de papier, qu’il s’agisse de lecture ou de leur correspondance.

La prison du Bois-Mermet, qui sert à la détention provisoire avant le jugement, est surpeuplée. Le taux occupation est de 170%, alors qu’elle a été aménagée à l’origine pour 100 places. Certaines cellules sont occupées par quatre prisonniers. Dans ces conditions, la tension peut monter rapidement. Le 28 septembre dernier, une vingtaine d’hommes avaient refusé de regagner leurs cellules.

Le risque suicidaire est aussi fréquent : « Nous sommes attentifs lorsque nous décelons une tendance au suicide. Mais des coups de tête restent possibles malgré nos efforts. Dans le cas de jeudi soir, il s’agit de deux jeunes qui ont pris conscience de leur condition. J’en ai vu un ce matin. Les deux sont en bonne santé », déclare Sylvie Bula. (24 heures)

Créé: 08.02.2013, 08h39

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.