L'inspecteur risque de payer cher ses tuyaux à un copain

JusticeUn agent de la police du commerce de l’Ouest lausannois jugé pour corruption passive et violation du secret de fonction.

Le Tribunal de police de Lausanne juge depuis un inspecteur de la police du commerce qui plaide non coupable de corruption passive et violation de secret de fonction

Le Tribunal de police de Lausanne juge depuis un inspecteur de la police du commerce qui plaide non coupable de corruption passive et violation de secret de fonction Image: Jean-Paul Maeder

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Lave-vaisselle, foie gras à Noël, chambre d’hôtel pour ses ébats extraconjugaux, sponsoring de l’équipe de foot qu’il entraîne… La direction de la police de l’Ouest lausannois considère à ce jour encore qu’en dépit de ce genre de cadeaux reçus de la part d’un administré, le dossier ne contient pas suffisamment d’éléments pour sévir.

Ce n’est pas l’avis du procureur Bernard Dénéréaz. Le magistrat a requis mardi devant le Tribunal de police à Montbenon 270 jours-amendes avec sursis ainsi que 5000 francs d’amende contre ce fonctionnaire de la police du commerce. Il le considère coupable de corruption passive, de violation du secret de fonction et d’abus d’autorité. «On oublie que la corruption n’est pas forcément un système maffieux, a souligné le magistrat. Or c’est souvent quelque chose d’insidieux qui se développe entre des personnes.»

Le prévenu, qui déclare être devenu «quasi paranoïaque» depuis cette histoire, estime avoir toujours exercé sa fonction dans le respect des règles et demande l’acquittement. Le verdict sera rendu prochainement. L’affaire est loin d’être simple.

Les faits reprochés remontent aux années 2012 à 2016. L’accusation repose sur l’enregistrement de conversations téléphoniques résultant d’une mise sur écoute d’une entreprise dans le cadre d’une enquête parallèle ouverte en 2014.

Ce père de famille ne nie pas avoir donné quelques tuyaux. On l’entend annoncer la visite prochaine d’un inspecteur de la police judiciaire. Ou une autre fois expliquer qu’il va tenter de dissuader le secrétaire municipal d’intenter une procédure contre l’établissement public de son correspondant. Et d’autres choses encore. «D’une manière générale, il y a un contexte donnant-donnant», observe le procureur.

«On se voyait fréquemment, on payait chacun son tour. Pour l’hôtel, j’ai payé la première fois, la seconde il a refusé»

Comment expliquer autrement que l’accusé se soit fait offrir un lave-vaisselle pour son logement? «J’en cherchais un, répond-il. Il pouvait m’en proposer à bon prix en tant qu’entrepreneur. Il a insisté pour me l’offrir. C’était un modèle d’exposition et je lui ai donné en échange un carton de vin et des liqueurs.» Le foie gras? «Je l’ai payé.» Les repas, l’hôtel? «On se voyait fréquemment, on payait chacun son tour. Pour l’hôtel, j’ai payé la première fois, la seconde il a refusé.» Le sponsoring? «C’était une initiative de sa part.»

En tout, neuf situations suspectes ont été recensées par le Ministère public. L’entrepreneur généreux n’a pas été entendu au procès. Selon le fonctionnaire, les deux entretiennent une relation privée et amicale depuis plus d’une dizaine d’années.

«J’admets a posteriori que cette relation n’était pas idéale», consent l’agent. Son avocat, Me Jérôme Reymond, doute que son client, qui n’était pas dans le besoin, aurait risqué sa carrière pour «trois fois rien». Et, à supposer qu’il y ait eu mélange des genres, l’avocat fait remarquer que cette histoire se réglerait sur le plan disciplinaire, non pas dans le registre très grave du pénal.

Créé: 18.06.2019, 17h40

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