Le meurtrier accuse sa victime d’avoir provoqué le bain de sang

Poignardée par son amant à l’avenue des Bergières, une prostituée a perdu la vie en 2015. Face aux juges, l’homme se pose en victime.

Le prévenu est arrivé depuis les Établissements de la plaine de l’Orbe où il est détenu.

Le prévenu est arrivé depuis les Établissements de la plaine de l’Orbe où il est détenu. Image: FLORIAN CELLA

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L’accusé évoque un «coup de folie», le Ministère public décrit un geste à tout le moins anticipé. La médecine légale, elle, constate froidement sept coups de couteau. Entre faits et interprétations, la justice devra se déterminer au cours du procès qui s’est ouvert lundi devant la Cour criminelle du Tribunal de Lausanne.

«C’est elle qui m’a porté le premier coup. Elle avait amené le couteau dans son sac»

Sur le banc des accusés, Gabriel*, quadragénaire portugais, est déféré pour assassinat, soit le degré le plus grave du meurtre. Il ne conteste pas avoir infligé les coups de couteau fatals à Marisa*, une compatriote de deux ans son aînée, mère d’un adolescent, fraîchement arrivée en Suisse et offrant ses services dans un salon de massage de l’avenue des Bergières. Il reconnaît aussi avoir partagé avec elle une relation sentimentale houleuse. Ce qu’il n’admet pas, c’est d’avoir engagé la rixe et apporté le couteau de cuisine ayant servi au crime.

«C’est elle qui m’a porté le premier coup. Elle avait amené le couteau dans son sac», parvient à lui arracher la cour, après une succession de réponses évasives. «Ensuite, j’ai réussi à lui enlever le couteau des mains.» Pourquoi avoir attaqué à son tour? «Je crois que je l’ai piquée deux ou trois fois. Je ne sais pas quoi vous dire, c’était peut-être un coup de folie», explique-t-il en portugais, par l’intermédiaire d’une traductrice, sans laisser poindre l’ombre d’un remords. A-t-il eu peur, était-il en colère, triste? «Peut-être un peu des trois», répond-il, impassible.

Et la cour de pointer des faits troublants: n’est-il pas étrange que Gabriel ait été vu l’après-midi du meurtre quêtant un couteau pointu dans une brasserie du coin? En avait-il besoin, comme il l’a affirmé au serveur, pour débloquer la fermeture éclair d’un sac à dos devenu parfaitement fonctionnel entre les mains de la police? Les SMS confus à tonalité menaçante adressés à sa compagne n’annonçaient-ils pas des intentions meurtrières?

Se fondant sur ces faits révélés par l’instruction, le Ministère public élabore une tout autre version du drame. Selon l’acte d’accusation, Gabriel, rendu furieux par une rupture signifiée le soir précédent, parvient à se procurer un couteau de cuisine ce fameux après-midi. Il guette sa proie au sortir d’un kiosque, génère une violente dispute et y met fin par sept coups de lame en pleine rue. Trois de ces assauts généreront des plaies majeures au thorax et à la base du cerveau de Marisa.

L’accusation se fonde également sur le témoignage d’une passante, qui a assisté à la rixe à quelques mètres, sur le même trottoir. Elle décrit «les yeux exorbités» de l’accusé et affirme avoir vu la femme tomber au sol alors que son agresseur ne présentait aucune blessure. Le Ministère public en déduit que Gabriel aurait par la suite retourné le couteau contre lui, provoquant la blessure au cou qui le conduit aux urgences du CHUV alors que son ex-maîtresse décède dans son sang sur le trottoir, malgré les tentatives de réanimation des secours.

Escalade de tensions

À l’origine du drame, l’escalade des tensions au sein de ce couple formé en 2011 en Algarve. Lui, sans formation achevée, restaurateur occasionnel. Elle, traductrice-interprète de profession, actrice selon sa carte d’identité, travailleuse du sexe dans les faits. Des amants terribles empêtrés dans une relation d’amour-haine, ponctuée de ruptures, de disputes, d’échanges de coups, d’ébriété et de consommation de drogue. Gabriel était-il sous l’influence de ces substances au moment de l’altercation? C’est ce qu’il affirme, estimant n’avoir pas été dans son état normal. Les examens toxicologiques tendent à infirmer cette thèse, révélant une très faible alcoolémie et de simples traces de cocaïne. «J’admets que ce n’est pas uniquement à cause de cela, c’était un tout», se borne à reconnaître celui qui n’a jamais adressé de condoléances aux proches de sa victime. Les débats se poursuivent mardi.

*Prénoms d’emprunt (24 heures)

Créé: 15.01.2018, 19h31

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