L’accident chimique à Daillens force les pendulaires à jongler

DaillensAprès le déraillement de samedi matin, l’évacuation de quatre wagons chargés de matières dangereuses se poursuit. Les passagers vont tester aujourd’hui le plan de secours des CFF.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Daillens, un village de 940 habitants qui respire le calme, dans le Gros-de-Vaud, semblait vivre à l’écart de l’agitation qui régnait sur la voie ferrée, cachée par la forêt un kilomètre plus loin. Aujourd’hui, pour des milliers de pendulaires, ce nom est associé aux perturbations en raison du déraillement d’une partie d’un train de marchandises reliant Muttenz (BL) à Lausanne, qui s’est produit samedi à 2h54 non loin du centre de tri postal. L’évacuation de quatre wagons renversés chargés de matières chimiques dangereuses et les réparations de la ligne prendront encore plusieurs jours.

«Nous appelons les passagers à préparer leurs déplacements et à s’informer sur nos horaires en ligne. En provenance de Neuchâtel ou de Bienne, pour se rendre à Genève-Aéroport par Berne et Fribourg, il faut compter une heure de plus. Et les pendulaires entre Yverdon et Lausanne doivent prévoir une marge de trente à soixante minutes», indique Jean-Philippe Schmidt, porte-parole des CFF.

Bus de remplacement

La compagnie ferroviaire passe un test intensif aujourd’hui. Des services de bus directs sont programmés entre Yverdon et Cossonay, d’où partent les trains pour Lausanne. Les passagers qui utilisent des stations intermédiaires pourront prendre les trains régionaux qui circulent entre Yverdon et Eclépens, entre Cossonay et Lausanne, et entre Vallorbe et La Sarraz. Des bus relient Cossonay à Eclépens ou La Sarraz. Il sera parfois difficile de s’y retrouver… «Des assistants aideront les passagers dans les grandes gares», assure Jean-Philippe Schmidt.

A l’origine de ces perturbations, on trouve donc l’accident de samedi matin, dont la cause est inconnue, alors que des enquêtes judiciaire et technique sont ouvertes. Six wagons ont déraillé. L’un d’eux est resté accroché au convoi, mais cinq véhicules se sont couchés, dont quatre wagons-citernes transportant des matières dangereuses. Aucun blessé n’est à déplorer et la population avoisinante n’est pas en danger. «Il n’y a pas eu de nuage toxique», précise Sylvain Rodriguez, à la tête de la Direction générale de l’environnement industriel, urbain et rural du canton de Vaud.

Des produits chimiques se sont toutefois échappés de deux citernes. Les secours - une centaine de personnes - ont fermé un point de captage d’eau potable à 300 mètres de l’incident, situé à 15 mètres de profondeur, pour éviter la contamination. «L’approvisionnement en eau des habitants est cependant assuré par d’autres sources et cette eau reste bonne pour la consommation», précise Sylvain Rodriguez. Les rivières, dont la Venoge, n’ont pas subi de pollution.

Acide sulfurique déversé

La quasi-totalité d’une masse de 25 tonnes d’acide sulfurique concentré à 98%, une substance visqueuse qui ne provoque pas d’émanation, s’est échappée. «Nous devrons évacuer les terres polluées. Elles seront incinérées à haute température», précise Sylvain Rodriguez. Un peu de soude caustique (détergent) a coulé d’un des wagons. Une autre citerne, sans écoulement, contenait 52 tonnes d’acide chlorhydrique (qui n’est pas du chlore, particulièrement nocif en cas de fuite). Ce produit, décrit comme le plus menaçant par les spécialistes, a été transvasé et sécurisé hier.

A cette liste s’ajoutent 23 tonnes de méthylènedianiline, un produit toxique cancérigène qui ne s’est pas écoulé: la structure externe du wagon était endommagée mais la citerne, elle, est indemne. Cette substance, qui sert notamment de durcisseur pour certaines colles (époxy), est chargée à une température supérieure à 100 degrés car, au-dessous de 89 degrés, elle devient solide. Les forces d’intervention ont constaté qu’elle refroidissait, ce qui la solidifie et éloigne les risques de contamination. L’armée est intervenue dimanche pour construire une route provisoire afin de permettre aux grues routières, qui devraient soulever les wagons aujourd’hui, de s’approcher du lieu de l’accident.

Le déraillement a provoqué d’importants dégâts: 300 mètres de rails endommagés, deux aiguillages détruits, des appareils et 15 kilomètres de câbles à remplacer. Par ailleurs, une quinzaine de personnes ont été évacuées samedi matin au centre de tri postal. Ce dernier devrait fonctionner aujourd’hui, mais au ralenti en raison des restrictions du trafic ferroviaire. Des retards de distribution sont à craindre.

«A l’abri de rien»

Le syndic de Daillens, Jean-Yves Thévoz, souligne que les habitants de son village ont eu plus de chance que les Lausannois résidant près de la gare, le 29 juin 1994, lorsqu’un déraillement avait provoqué l’évacuation de 1000 à 3000 habitants (lire ci-contre). «Notre situation est nettement moins grave qu’à Lausanne. L’accident de Daillens s’est produit dans une zone peu peuplée. Il s’agit de liquide, alors qu’à Lausanne il y avait des émanations de gaz. Mais cela montre que nous ne sommes à l’abri de rien.»

Le trafic ferroviaire sur la ligne Lausanne-Yverdon est toujours interrompu. Un système de bus et des déviations de trafic, tant passagers que marchandises, ont été mis en place par les CFF (consulter la page dédiée sur www.cff.ch/166). Au niveau routier, la fermeture de l’axe secondaire entre Daillens et Eclépens est maintenue.

Les CFF donnent les consignes suivantes pour les liaisons:

Les voyageurs de Basel SBB/St. Gallen - Biel/Bienne pour Lausanne passent via Bern.

Les trains grandes lignes Basel SBB/St.Gallen - Biel/Bienne - Genève-Aéroport sont supprimés entre Yverdon-les-Bains et Genève-Aéroport. Les voyageurs de Basel SBB/St. Gallen - Biel/Bienne pour Genève-Aéroport passent via Bern.

Les voyageurs de Neuchâtel pour Lausanne/Genève-Aéroport passent via Bern/Fribourg-Freiburg.

Les trains TGV Paris-Gare de Lyon - Lausanne sont supprimés entre Frasne et Lausanne. Les trains TGV Paris-Gare de Lyon - Lausanne ne s'arrêtent pas à Dole Ville - Mouchard - Frasne - Vallorbe. Les voyageurs des TGV Lausanne – Paris empruntent l’itinéraire via Genève. Des assistants clientèle renseignent les voyageurs dans les gares de la région.

Les voyageurs à destination de Neuchâtel/Bienne circulent via Berne.

Les trains RER S 2 Vallorbe - Lausanne - Palézieux sont supprimés entre Vallorbe et Cossonay-Penthalaz.

Les trains RER S 1 Yverdon-les-Bains - Lausanne - Villeneuve sont supprimés entre Chavornay et Cossonay-Penthalaz.

Des bus de remplacement circulent Yverdon-les-Bains - Cossonay-Penthalaz. Des bus de remplacement circulent Chavornay - Bavois - Eclépens - Cossonay-Penthalaz.

Développement suit. (24 heures)

Créé: 25.04.2015, 17h52

Articles en relation

Le débat sur la sécurité est relancé

Accident ferroviaire L’accident de Daillens provoque d’ores et déjà des réactions politiques dans un débat de fond qui dure depuis des années. Plus...

Des wagons scannés par six contrôles automatiques

Les quatre wagons-citernes renversés, sur les 22 au total du convoi qui transportait également des marchandises sans danger, appartiennent à de grands groupes allemands: VTG AG, BASF AG, ERR European Rail Rent GmbH et Touax Rail Limited. Leur destination finale était le Bas-Valais, où se trouvent des sites de production chimique. Comment se fait-il que deux d’entre eux ont pu se retrouver endommagés à la suite de l’accident, quelles sont les exigences en matière de solidité, sont-ils suffisamment contrôlés? «Les wagons répondent à des normes. Ils sont contrôlés par l’Office fédéral des transports. Avant le départ, le convoi a été examiné par un contrôleur de CFF-Cargo, et tout était en ordre. Depuis son départ à Muttenz (BL), le convoi est passé par six points de contrôle automatiques. Cinq d’entre eux examinent la chaleur des boîtes d’essieux et un le profil du convoi. Il y a aussi des renifleurs qui détectent d’éventuelles émanations anormales. Si des normes non respectées sont détectées, le convoi doit s’arrêter. Tout semblait fonctionner normalement mais nous allons encore examiner les données enregistrées», déclare Philippe Gauderon, membre de la direction des CFF, responsable de l’infrastructure. Un convoi de 22 wagons n’est pas exceptionnel: certains trains de marchandises en comptent jusqu’à 40.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

La caisse maladie demande aux thérapeutes de revoir leurs tarifs à la baisse «pour correspondre aux conditions du marché». Si tel n'est pas le cas, leurs prestations ne seront pas remboursées. Paru le 23 août.
Plus...