«Ma famille passe avant la politique»

InterviewA 38 ans, après six ans au Conseil national, Jean Christophe Schwaab renonce à son mandat fédéral pour s’occuper de son fils aîné. Il témoigne.

«Je suis persuadé d’avoir fait le bon choix», confie le politicien qui quitte une activité néanmoins «passionnante».
Vidéo: ROMAIN MICHAUD

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Sa maison est entourée d’échafaudages, mais la vue sur le lac est spectaculaire. C’est dans son salon que Jean Christophe Schwaab nous reçoit. Le socialiste vaudois veut expliquer les raisons qui le poussent à démissionner de son mandat de conseiller national à la fin de l’année. Parlementaire très engagé, président respecté de la Commission des affaires juridiques, Jean Christophe Schwaab met un terme provisoire à sa carrière politique pour s’occuper de son fils. Etre un proche aidant est une forme d’engagement souvent incompatible avec la vie professionnelle, et il n’existe aucune protection légale pour ceux qui font ce choix, relève-t-il. «L’option de renoncer au Conseil national m’a paru tout de suite le meilleur choix, tant pour moi que pour ma famille.» Témoignage.

– Vous allez quitter le Conseil national. Comment est venue cette décision?
– Mon fils aîné de 7 ans a un trouble du développement. Il a beaucoup de mal à gérer ses émotions et à s’intégrer dans un groupe d’autres enfants, quand bien même il est très sociable et adore être dehors et jouer avec les autres. Ce trouble s’est manifesté depuis plusieurs années. La situation s’est lentement péjorée au cours de ces six derniers mois. A la rentrée scolaire, on a fini par arriver à la conclusion qu’il ne pouvait plus rester à l’école ordinaire, du moins temporairement. Tant pour lui, car il souffre beaucoup, que pour ses camarades de classe et son enseignante. On est en train de discuter d’un placement en enseignement spécialisé, voire en institution. Pour l’instant, aucune décision n’a été prise. Mais cette situation personnelle n’est pas compatible avec un mandat de conseiller national.

«La situation de mon fils exige beaucoup de présence et de disponibilité. Et c’est une attention spéciale que je veux lui accorder. Mais pour cela, il faut être sur place»

– Pourquoi?
– La situation de mon fils exige beaucoup de présence et de disponibilité. Et c’est une attention spéciale que je veux lui accorder. Mais pour cela, il faut être sur place. Ce n’est pas possible si je suis à Berne, à une heure de voiture, ou deux heures en transport public. Aujourd’hui, quand je reçois un appel de mon épouse à Berne, je bondis hors de la salle pour répondre tout de suite et réagir immédiatement s’il s’est passé quelque chose. Mais avec le gros défaut que je suis loin. J’ai d’ailleurs pris l’habitude d’aller à Berne en voiture pour pouvoir rentrer n’importe quand en cas de besoin. Ce n’est pas très soutenable. J’ai choisi donc de donner la priorité à mes responsabilités parentales plutôt qu’à mon mandat fédéral.

– Avez-vous examiné des alternatives? Par exemple, que cela soit votre femme qui renonce à sa carrière professionnelle.
– Quand je ne suis pas là, c’est mon épouse qui doit assumer cette présence et cette disponibilité. Elle a d’ailleurs déjà adapté son activité mais elle arrive à la limite de ce qui est faisable pour garder une activité d’indépendante. Pour nous c’était clair que nous ne voulions pas fonctionner selon le modèle «traditionnel», patriarcal, où l’homme travaille et la femme s’occupe des enfants. Mon épouse est médecin en cabinet. Elle a une activité professionnelle intense et gratifiante, qu’elle compte bien poursuivre jusqu’à la retraite. En revanche, mon activité professionnelle, quand bien même elle est passionnante et importante car on peut avoir une influence sur l’avenir du pays, elle est limitée dans le temps. Elle ne permet pas la présence nécessaire du fait de l’éloignement géographique. Mais on ne s’est pas dit: il faut qu’un de nous deux lâche. Pour moi, l’option de renoncer au Conseil national m’a paru tout de suite le meilleur choix, tant pour moi que pour ma famille.

– C’est une décision qui a été difficile ou compliquée à prendre?
– Bien sûr, parce que c’est une activité que j’adore, et j’ai l’impression de la faire assez bien. Mais j’étais devant un choix simple. Qu’est-ce qui est vraiment la priorité pour moi? Faire de la politique à plein temps, voire plus? Ou est-ce ma famille? Pour moi, c’était très clair. La priorité devait aller à ma famille. C’est un choix que j’ai mûri au cours de l’été. J’en ai parlé avec mes proches, mais la prise de décision s’est faite en famille, avec mon épouse. Le fait que la rentrée scolaire ne s’est pas bien passée pour mon fils m’a confirmé que j’avais fait le bon choix.

– Quand quittez-vous vos fonctions?
– Je démissionne pour la fin de cette année. La session d’hiver sera pour moi la dernière, et je vais pouvoir terminer ma présidence de la Commission des affaires juridiques. Mais je ne quitte pas définitivement la politique. Je reste à la Municipalité de Bourg-en-Lavaux. Et dans quelques années, on verra. Je continue de m’intéresser à la politique cantonale et fédérale. Je ne pense donc pas que c’est une fin définitive.

– Maintenant que la décision est prise, que vous la rendez publique, dans quel état d’esprit êtes-vous?
– Je suis plutôt serein. Je suis persuadé d’avoir fait le bon choix. C’est une décision qui va contribuer à améliorer la situation de notre fils. Lorsque nous sommes davantage présents avec lui, il va mieux. On le constate pendant les vacances et les week-ends. Il fait beaucoup de progrès. C’est clair qu’il y a le pincement au cœur d’abandonner une activité passionnante. Mais au fond, comme je sais que le temps en famille est source d’une grande satisfaction, cela me laisse assez confiant.

– Comment votre entourage a-t-il réagi?
– Ma famille me soutient. Mais à part mes proches, peu de gens sont pour l’heure au courant. Je n’avais laissé aucun indice indiquant que j’allais arrêter. Les gens que j’ai informés sont très surpris, mais il y a beaucoup de compréhension face à ma situation. Et je compte être actif jusqu’à la fin de mon mandat. Je le dois à mes électeurs.

– A quoi vont ressembler vos journées, à partir de janvier prochain?
– J’amènerai les enfants à leur lieu de formation et irai les rechercher. Et d’ailleurs pas tous les jours, car mon épouse le fait aussi. J’aurai mon activité de municipal. C’est à peu près un 30%. J’ai trois livres de droit à finir. Je vais continuer à suivre l’actualité, et me mettre à la recherche d’activités rémunérées, dans le conseil, qui soient compatibles avec mes responsabilités parentales. Mais c’est clair que m’occuper des enfants va prendre beaucoup de temps, et c’est quelque chose que j’adore faire.

– Vous redoutez un sentiment de vide, de ne plus compter dans la société?
– Non. J’aurai toujours des activités utiles à la société. Etre à l’Exécutif d’une commune, c’est utile. Et je vais compter plus pour ma famille, ce n’est pas négligeable. (24 heures)

Créé: 01.11.2017, 20h52

«Cela valait la peine de travailler»

Un goût d’inachevé, bien sûr, mais pas vraiment de déception. Jean Christophe Schwaab sait que comme minoritaire, il faut savoir se réjouir de chaque victoire. «Cela valait la peine de travailler, dit-il. Je craignais d’arriver face à un bloc monolithique de droite. Et c’est vrai que certaines causes chères au PS n’ont que peu de chances de trouver une majorité. Mais sur beaucoup de dossiers, lorsqu’on arrive avec une proposition bien préparée, qu’on prend contact avec les bonnes personnes, on peut arriver à des succès.»

Le socialiste vaudois relève le plaisir qu’il a eu à présider la Commission des affaires juridiques. «Un poste où l’on peut avoir beaucoup de pouvoir, à condition de bien connaître le règlement et de savoir s’en servir.» Et de raconter qu’il n’y a pas de séance de commission où sa voix n’a pas été prépondérante lors du vote.

Le président peut moins se mêler des dossiers de fond, mais il peut les faire avancer. Ce qu’il a fait pour les tutelles vaudoises, avoue-t-il. Des occasions manquées? Le Vaudois évoque la réforme des retraites. «Il y aura des lendemains difficiles.»

Au chapitre des succès, le spécialiste du droit du travail cite l’obligation faite aux grandes entreprises de négocier un plan social en cas de licenciements. «Cela va aider beaucoup de personnes qui subissent un licenciement collectif.»

Jean Christophe Schwaab s’est aussi investi dans les questions numériques, en particulier la responsabilité des réseaux sociaux et des moteurs de recherche. «On commence à mesurer l’impact sur la vie quotidienne. Je n’ai pas initié seul cette discussion, mais j’ai amené quelques idées. J’estime avoir amené une petite pierre à l’édifice.»

Succession

Brigitte Crottaz réfléchit avant de se lancer



Jean Christophe Schwaab a annoncé personnellement sa décision à celle qui devrait lui succéder sous la Coupole fédérale. Il s’agit de Brigitte Crottaz, députée d’Epalinges. «Je ne m’y attendais pas et je suis très affectée pour Jean Christophe, qui est un passionné de politique», dit-elle. Brigitte Crottaz était la deuxième des «viennent-ensuite» socialistes aux élections nationales de 2015. Avec 33 268 voix, elle se plaçait juste derrière Samuel Bendahan - qui vient de succéder à Cesla Amarelle à Berne.

Sur le fond, Brigitte Crottaz a très envie de se lancer: «J’aimerais défendre des thèmes liés à la santé, même si je sais qu’on ne choisit pas sa commission en arrivant.» Mais elle hésite encore, pour des raisons professionnelles: médecin diabétologue, elle exerce à 80% dans un cabinet privé à Lausanne. «Je fais des journées de douze heures et il n’est déjà pas toujours évident d’assumer avec mon mandat de député», explique la praticienne de 60 ans. En 2015, pas une seconde elle n’avait pensé sortir, derrière les ténors socialistes qui rempilaient. Elle dit vouloir se donner «un temps de réflexion jusqu’à dimanche soir. Je vais en parler avec mon mari et mon fils ainsi qu’avec mes deux collègues du cabinet car il y a des charges fixes et une clientèle à gérer. Comme médecin, ce n’est pas facile à assumer.» Pierre-Alain Fridez acquiesce. Médecin généraliste dans le Jura, il siège depuis 2011 au National sous les couleurs du PS: «Franchement? Je fais un 130% en permanence et je travaille 6 jours sur 7, entre les séances à Berne et mon cabinet. J’adore la politique et il n’était pas question de lâcher mon métier. Je n’ai pas de conseil à donner, si ce n’est que c’est laborieux.»

Jean Christophe Schwaab compte démissionner à la fin de l’année. Si elle lui succède, Brigitte Crottaz entrerait en fonction le 26 février 2018. Si elle y renonce, le suivant sur la liste serait Nicolas Rochat Fernandez (35 ans), député de La Vallée.

Patrick Chuard

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