Les familles vaudoises s’engagent en masse pour aider les migrants

AsileLancée en janvier par les églises, avec le monde associatif et politique, l’Action Parrainages répond à une vraie demande citoyenne.

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On pourrait résumer cet élan de solidarité en quelques chiffres: cinq mois, 71 requérants d’asile ou réfugiés parrainés, dont 11 mineurs, 172 parrains et marraines inscrits, 1 site Internet (lire ci-dessous). Lancée en janvier par les Eglises vaudoises, le monde politique et des organismes de la société civile, l’Action Parrainages rencontre un engouement sans pareil.

Le soutien existait, mais il s’est intensifié à l’automne 2015. Depuis janvier, cette aide de proximité – qui ne comprend pour l’instant pas l’hébergement – s’est coordonnée. «Parfois, l’Action Parrainages est intégrée à des groupes existants, qui œuvrent avec leur génie propre», explique Diane Barraud, médiatrice Eglises-réfugiés de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV).

Centaine de bénévoles en attente

L’action, areligieuse mais respectant les valeurs de l’Eglise, est reconnue par les structures étatiques. Des liens se font petit à petit, et dix dossiers ont déjà été transmis par le Centre social d’intégration des réfugiés (CSIR) pour un parrainage. Débordé par le doublement des permis B (qui sortent les réfugiés de l’EVAM) en moins de deux ans, le CSIR s’est également engagé à rencontrer régulièrement les associations.

Comme les Knälmann ou les Eigenheer, de nombreux aspirants bénévoles trouvent enfin une porte à laquelle frapper. Chacun est entendu puis formé pour accueillir une personne ou une famille. Ce qui explique la centaine de bénévoles encore en attente. «On sensibilise beaucoup à la précarité des situations, qui peuvent changer du jour au lendemain et fragilisent les migrants», témoigne Carole Guignet, formatrice.

www.eglisemigrationvd.com


Un site Internet pour fédérer tous ceux qui veulent aider

Lancée hier, la Plateforme Asile regroupe toutes les informations nécessaires aux bonnes volontés qui souhaitent mettre leur pierre à l’édifice du soutien aux migrants. Ce site référence les associations, les collectifs et les contacts pour les groupes régionaux d’Action Parrainages, et propose un agenda. «Les gens qui veulent aider sont souvent isolés, constate Eliana Alvarez, une des bénévoles qui a construit la plateforme. Nous voulons créer des ponts, car tout ce qui est entrepris est important et utile pour lutter contre la désinformation et les préjugés. C’est vraiment à travers la société civile que cette intégration viendra d’elle-même et s’inscrira dans la durée.» Cette plateforme, indépendante de l’Etat par choix, est une première. «Cela pourrait servir de modèle aux autres cantons, souffle la conseillère nationale Cesla Amarelle, également bénévole pour le projet. Depuis 1981 (ndlr: entrée en vigueur de la loi fédérale sur l’asile), nous avons beaucoup étatisé l’asile. Nous venons en appui à ce que fait l’Etat, car ce sont les gestes accumulés des uns et des autres qui décloisonnent et permettent aux étrangers de sortir de leur condition.»

www.plateforme-asile.ch (24 heures)

Créé: 16.06.2016, 19h54

«Ça remue les cartes de la famille, dans le sens positif»

Shahmohamad Mohamadi, mineur non accompagné (MNA) afghan de 15?ans, a été «surpris de voir des gens aussi généreux dans ce pays». Depuis deux mois, il est parrainé, à sa demande, par la famille Eigenheer, de Denges. «Je ne pouvais pas admettre que des gens vivent cela en Europe, justifie Karin Eigenheer. Au téléphone, pour annoncer notre volonté de parrainage, j’ai fait un lapsus! J’ai demandé: «Comment on fait pour devenir migrant?» Shahm – petit nom qu’il utilise ici car son prénom est difficile à prononcer – passe ses nuits au foyer MNA du Chasseron depuis son arrivée, il y a sept mois. «Nous sommes six dans une chambre, c’est dur pour étudier», témoigne l’élève de Béthusy, qui ambitionne de devenir médecin. «J’ai vécu des moments durs sur la route et à mon arrivée en Suisse… Depuis deux mois, c’est plus facile.» Engagés à recevoir Shahm quelques jours par mois, les Eigenheer l’accueillent aujourd’hui tous les lundis et jeudis soir, où il prend des cours de taekwondo avec leur fils de 12?ans. Ils ont lancé une procédure pour qu’il puisse dormir chez eux le week-end.
«Sa présence remue toutes les cartes de la famille, mais dans un sens positif», témoigne Karin.

«Je voulais agir, pas rester là sans rien faire!»

Chez les Knälmann, à Ecublens, on a toujours beaucoup parlé de migration. Mais c’est par Julie, 15?ans, que la famille allemande arrivée il y a douze ans s’est engagée sur la voie de la solidarité. «Cela m’énervait de rester sans rien faire. Je voulais agir!» témoigne la jeune fille. Depuis la mi-avril, elle parraine la famille Abraham, venue d’Erythrée fin 2008. Au bénéfice d’un permis C, Asmorom Abraham dit avoir eu de la peine à s’intégrer durant toutes ces années, à force de «rester dans la communauté érythréenne». Aujourd’hui, il entrevoit déjà le bénéfice de ce parrainage. Notamment pour ses enfants (9, 6 et 3?ans). «Avant, nous allions jouer au parc, et c’est tout. Se rencontrer avec cette famille nous ouvre la porte à d’autres choses.» Tous évoquent une escapade où les enfants Abraham ont monté pour la première fois un cheval. «C’est cool d’avoir ce genre de moments et de voir que tout le monde est heureux», confie Julie. Hildegard, sa maman, aimerait pouvoir en faire plus, mais les périodes de temps libre ne sont pas toujours compatibles. Malgré tout, l’aide régulière qu’elle leur offre par téléphone a déjà permis à Mme Abraham de trouver des cours de français.

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