«Il ne faut pas se moquer de ceux qui ont peur»

Dialogue interreligieuxLe théologien lausannois Dominique Voinçon promeut l’«entre-connaissance», barrière ultime contre la crainte.

Dominique Voinçon représente la religion catholique à l’Arzillier. Il y travaille de concert avec des homologues réformés, juifs, musulmans, baha’is, bouddhistes et hindouistes.

Dominique Voinçon représente la religion catholique à l’Arzillier. Il y travaille de concert avec des homologues réformés, juifs, musulmans, baha’is, bouddhistes et hindouistes. Image: PATRICK MARTIN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La Semaine des religions a lieu pour la 8e année dans toute la Suisse. Plusieurs rendez-vous sont à l’agenda dans le canton de Vaud. Dominique Voinçon, théologien catholique et ancien journaliste aux émissions religieuses de la RTS, siège depuis deux ans au comité de l’Arzillier, la Maison du dialogue interreligieux de Lausanne. Il explique la nécessité d’un tel rendez-vous.

En quoi est-il utile de revenir chaque année sur le thème de l’interreligieux?

C’est un travail de longue haleine! Cela d’autant que toute une partie du calendrier interreligieux ne nous appartient pas: regardez les attentats de Charlie Hebdo. Il faut être présent sur le terrain pour lutter contre les radicalisations, refuser la prise en otage de la religion, faire baisser la pression et être moins dans la peur de l’autre.

La peur, justement, est dans le discours de nombreux individus et partis politiques. Qu’avez-vous à leur dire?

D’abord, il ne faut jamais se moquer de ceux qui ont peur. Traiter quelqu’un de raciste ou d’imbécile, c’est contre-productif. Ce qu’il faut, c’est convaincre. A Payerne, où il y a une forte population musulmane et où on a voté contre les minarets, la Municipalité a choisi d’instaurer un dialogue public. C’est cela qui est intelligent. Plus on connaît l’autre, moins on en a peur.

La peur est souvent liée au flux migratoire. Certains considèrent qu’en accueillant trop de monde, on perdra notre culture chrétienne…

Il n’y a pas de perte lorsqu’il y a une rencontre. Avant nous, il y avait les païens, puis il y a eu le christianisme, et maintenant il y a l’interreligion. On ne peut pas faire fi du fait que plus de 300 000 musulmans vont faire partie définitivement de notre paysage religieux en Suisse, comme le permet d’ailleurs notre Constitution. Plutôt qu’une perte, c’est un gain pour notre démocratie.

Faut-il alors reconnaître ces minorités?

Il y aurait un intérêt à ouvrir cette reconnaissance aux autres afin qu’ils aient les mêmes missions communes que les catholiques, les réformés et les juifs: les aumôneries de prison, d’hôpital et le dialogue interreligieux. Et tout cela avec un cadre strict, qui proscrit le prosélytisme. S’entendre dire par un représentant d’une autre religion qu’il faut être fier de ce qu’on est, de ce en quoi on croit, quoi que cela soit, désamorce les conflits futurs.

Pourquoi a-t-on fondé la Maison de l’Arzillier il y a près de vingt ans?

Il y avait comme une pierre d’attente à ce moment-là, chez les uns et chez les autres. Mués par les mêmes réflexions, nous avons fondé les premières chroniques mensuelles interreligieuses sur Espace 2, avec Cyril Dépraz. Deux ans plus tard, cela devenait une émission hebdomadaire sur La Première (ndlr: Hautes Fréquences). Il y avait une émulation pour l’interreligieux, c’était un trend, un état d’esprit.

Ce «trend» passé, n’y a-t-il pas le risque que le sujet devienne mou?

Oh non! Des affaires comme celle de Charlie Hebdo nous empêchent de nous endormir sur d’éventuels lauriers. N’oublions pas que nous sommes des pionniers et qu’œuvre humaine ne se fait pas en vingt ans. Ni en cinquante! Il ne faut pas oublier qu’avant la Déclaration «Nostra Ætate» («A notre époque») de Vatican II (1962-1965), qui disait qu’on doit traiter avec respect les autres religions, tout ce qui n’était pas catholique était voué à l’enfer! Quand j’entends aujourd’hui que certains Etats touchés par la crise migratoire ne veulent accueillir que des chrétiens, je suis indigné. C’est la preuve qu’il y a encore du travail.

Créé: 03.11.2015, 09h51

Au programme

Table ronde «Pourquoi le dialogue interreligieux?»,
mardi soir, 18 h 30, halle des fêtes, Payerne;

Discussion «50 ans après Nostra Aetate, où en sommes-nous?»,
mercredi, 20 h, paroisse cath. Saint-François, Renens;

La femme dans la religion baha’ie et catholique,
jeudi, 20 h, Institut Fazel, Lausanne;

Table ronde interreligieuse,
vendredi, 17 h 45, Centre culturel des musulmans de Morges et environs, Préverenges;

Table ronde islamo-chrétienne «L’homme face à la Création»,
samedi, 15 h, paroisse Notre-Dame, Vevey; Fêtes des amis, dimanche, 16 h, Maison de l’Arzillier, Lausanne;

et d’autres événements les 6, 7 et 8 novembre, voir www.uvam.ch.

Articles en relation

Le parc de Milan se transforme en chemin de méditation interreligieux

Lausanne Les communautés musulmane, juive, baha’ie, bouddhiste et chrétienne proposent un parcours méditatif jusqu’au 15 septembre. Plus...

Un protestant assagi au service du dialogue interreligieux

Portrait Provocateur calmé, Gottfried Locher a été nommé à la tête du Conseil suisse des religions. Une institution unique en Europe. Plus...

Calendrier interreligieux sur les chemins du sacré

Pédagogie Née dans le canton de Vaud il y a bientôt vingt ans, la publication diffusée dans les écoles romandes réunit photos grand format et textes informatifs autour du pèlerinage. Plus...

La visite des mages, un dialogue interreligieux!

L'invité Le pasteur Claude Schwab évoque le message de l’Épiphanie Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.