Il faut au plus vite 6,4 millions de litres d’eau pour les vaches

SécheresseLes Super Puma de l’armée valsent au-dessus de la vallée de Joux. L’opération pour abreuver le bétail a débuté mardi.

Frédéric Brand, chef du Service de l'agriculture, détaille le dispositif mis en place dès mardi pour abreuver les vaches dans nos pâturages.
Vidéo: Julie Kummer

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La quiétude des pâturages, écrasés par la chaleur, est sérieusement perturbée depuis mardi matin. Trois hélicoptères Super Puma de l’armée ont entamé leurs rotations depuis le lac de Joux pour ravitailler en eau les bassins installés sur l’alpage. Une eau qui fait cruellement défaut aux 20'000 têtes de bétail qui paissent dans la région. «D’après les propriétaires d’alpages dans le Jura, il manque 6,4 millions de litres d’eau pour la semaine qui vient», indique le conseiller d’Etat en charge de l’agriculture, Philippe Leuba.

Devant l’ampleur de la sécheresse, le magistrat vaudois a appelé l’armée suisse à la rescousse. «En moins de douze heures, j’avais le «OK» du conseiller fédéral Ueli Maurer, alors qu’il est en vacances, comme moi.» Philippe Leuba dit avoir voulu être «proactif», avant que d’autres cantons ne se manifestent auprès du Département fédéral de la défense. D’ail­leurs, l’Etat de Fribourg a annoncé hier qu’il avait aussi demandé l’appui de l’armée pour approvisionner ses pâturages.

Le dispositif mis en place pour étancher la soif des vaches se compose de huit bassins de rétention d’eau. Deux sont alimentés par des pompes dans le lac de Joux. Ils se trouvent à L’Abbaye et au Sentier. Les agriculteurs peuvent s’y ravitailler directement par la route. Des transporteurs professionnels sont aussi sollicités.

Les six autres bassins, d’une contenance de 53 m3, sont disséminés dans les pâturages entre Saint-Cergue et Provence. Moins accessibles, ils sont remplis à l’aide des Super Puma. Ces hélicoptères seront également appelés à réalimenter la cinquantaine d’étangs artificiels de la région. «Seule l’armée est capable de mener de telles opérations, estime le chef de l’état-major cantonal de conduite, Denis Froidevaux. On ne peut pas non plus se permettre d’utiliser le matériel des pompiers, ceux-ci doivent pouvoir intervenir à tout instant en cas d’incendie. Dont le risque est grand avec la sécheresse.» L’engagement de la troupe est de seize jours. «Après, on verra si l’on redimensionne le dispositif», indique Philippe Leuba.

Les vaches maigrissent
Hier matin, sur l’alpage de la Commune de Bassins, quatre ou cinq tracteurs avec leur bossette attendaient que le réservoir monté par l’armée soit ravitaillé par un Super Puma. «Les vaches commencent à maigrir, observe André Dunand, préposé à l’estivage des communes de Bassins et d’Arzier. Ce qui m’inquiète le plus, c’est que nous ne sommes qu’à la moitié de la période d’alpage et qu’il n’y a plus rien à boire ni à manger.» Dans les pâturages, l’herbage est en grande partie brûlé. «J’ai dû monter du fourrage, confirme Bernard Treboux, de Bassins. C’est tout ce que l’on devra remplacer pour cet hiver.» L’agriculteur a déjà perdu une vache, foudroyée par une crise cardiaque. «C’est la chaleur. Une belle bête de 820 kilos.» Pour lui, la situation actuelle est «deux fois pire» que lors de la canicule de 2003.

Les Préalpes aussi touchées
«C’est une sécheresse généralisée qui va durer plusieurs jours, même plusieurs semaines», prévient Denis Froidevaux. Le Jura est le premier touché et le plus durement. Le sol calcaire ne retient pas la pluie. Les sources y sont rares. Mais le manque d’eau se fait aussi ressentir dans les Préalpes vaudoises. «Nous commençons à recevoir de plus en plus de demandes des alpages de cette région», indique Frédéric Brand, du Service de l’agriculture. «Nous sommes en train d’évaluer la situation, note Philippe Leuba. Mais on va probablement devoir mettre quelque chose en place, là-bas aussi.»

Créé: 21.07.2015, 21h04

Pas de désalpe prévue

Les vaches ne seraient-elles pas mieux en plaine? «Nous y avons réfléchi, mais ce n’est pas la bonne solution», estime Philippe Leuba.

Plusieurs raisons expliquent ce choix. Les conditions en altitude, même très chaudes, sont tout de même meilleures qu’en plaine pour les vaches. Les faire redescendre ajouterait également une pression sur le fourrage de plaine qui souffre déjà énormément avec la sécheresse.

De retour à la ferme, le bétail serait abreuvé par le réseau d’eau. Le même que celui utilisé par la population vaudoise. Une concurrence qui n’est pas jugée souhaitable par ces temps où l’eau manque.

Enfin, lorsqu’une vache est sur l’alpage, elle produit du lait pour l’appellation Gruyère d’alpage, à 80 centimes le litre. En plaine, sa production part pour l’industrie laitière à 48 centimes le litre. Un argument non négligeable.

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