La Fédé, une centenaire têtue mais pleine d’acouet

AnniversaireLa Fédération vaudoise des Jeunesses campagnardes fête précisément aujourd’hui son 100e anniversaire. Comment a-t-elle évolué en un siècle?

Anniversaire La Fédération vaudoise des Jeunesses campagnardes célèbre aujourd’hui son 100e anniversaire. Constituée à l’époque pour lutter contre l’exode rural, elle est devenue aujourd’hui un lieu de rassemblement toujours plus populaire.

Anniversaire La Fédération vaudoise des Jeunesses campagnardes célèbre aujourd’hui son 100e anniversaire. Constituée à l’époque pour lutter contre l’exode rural, elle est devenue aujourd’hui un lieu de rassemblement toujours plus populaire. Image: FVJC

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ll y a cent ans, jour pour jour, vingt-six représentants de sociétés de jeunesse fondaient à Lausanne la Fédération vaudoise des Jeunesses campagnardes (FVJC). Celle que ses membres surnomment affectueusement «la Fédé» est devenue en un siècle une incontournable du canton. Derrière ce succès que n’imaginaient sans doute pas les membres fondateurs, au-delà des grands raouts faisant sa notoriété, que signifie en être membre aujourd’hui? Et comment son essence a-t-elle évolué en un siècle?

Un lien identitaire

À l’époque de la constitution, le but principal était de lutter contre l’exode rural. Dès le départ, la Fédé se dit apolitique. Une affirmation qui fait sourire le sociologue de l’Université de Lausanne Alexandre Dafflon: «Les membres fondateurs étaient pour la plupart des notables membres du Parti radical. Et ils craignaient fort que les jeunes partant chercher du travail en ville finissent par grossir les rangs des ouvriers socialistes.»


Lire aussi l'éditorial: La Fédé, bien plus que des beuveries


Un de ses autres fondements n’a, lui, jamais varié: défendre et valoriser le mode de vie campagnard. Selon les constats effectués lors de différentes études par Alexandre Dafflon, la grande majorité des membres des sociétés de jeunesse perpétuent d’ailleurs une tradition familiale. «Mais ils n’en sont souvent pas conscients. Personne ne se dit: je vais aller à la Jeunesse pour affirmer mon identité. C’est après coup, en participant aux activités, qu’ils prennent conscience d’une certaine appartenance.»

Cette défense d’une identité s’est renforcée ces dernières années avec l’arrivée de nombreux nouveaux habitants dans les villages. «Les sociétés de jeunesse ont pris conscience de la concurrence d’autres modes de vie. La croissance démographique des villages a donc dopé leurs effectifs et leur vitalité», constate Alexandre Dafflon.

Un mode de vie commun

Ce sentiment d’appartenance au monde campagnard, lié à un devoir de défense de traditions et valeurs, perdure par opposition à l’appartenance au monde urbain. Mais le contraste agriculteur-ouvrier des débuts a évolué. «L’opposition n’est plus liée au lieu d’habitation, mais au mode de vie, constate le sociologue. Les urbains sont désormais ceux qui ne fréquentent pas les fêtes de Jeunesse, même s’ils vivent dans un village de 400 habitants.»

Membre de la commission des archives de la FVJC, Maryline Clément estime, elle, que le fossé ville-campagne est en train de se combler: «Par le fait que de plus en plus de jeunes campagnards partent étudier, travailler ou vivre en ville.» La «contamination» s’observe aussi dans l’autre sens, comme le prouvent les récentes créations par de jeunes citadins séduits par les valeurs de la FVJC de sociétés de jeunesse à Morges et à Nyon. Et un projet est en discussion à Yverdon.

Un amour de la fête

Dans le contexte d’après-guerre, le sport était une préparation physique des jeunes soldats. Il a donc pris d’emblée une place très importante dans la vie de la fédération. «Le tir, la lutte ou le tir à la corde ont été pratiqués dès le départ, explique Maryline Clément. Puis d’autres sports sont venus se greffer en fonction de l’évolution de la société.» Le premier camp de ski a ainsi été organisé en 1946, tandis que le volley-ball, sport plutôt féminin initialement, est devenu sport fédéré en 1994.

Les sociétés de jeunesse existaient déjà depuis longtemps dans les villages, pour certaines depuis une septantaine d’années. Mais les unir a permis d’organiser des confrontations sportives et des moments de rencontres. Le concept de «l’affrontement sur les terrains suivi de la réconciliation autour d’un verre» était né.

«La Fédé a assez vite réalisé que l’aspect convivial et festif de ses activités était un bon moyen d’attirer de nouveaux membres», reprend Alexandre Dafflon. Selon lui, la plupart des nouveaux adhérents rejoignent encore les sociétés pour des motifs prosaïques: sortir, faire la fête et rencontrer garçons ou filles.

Un problème d’image

Le sociologue nuance: «Mais avec le temps, ils ont aussi réalisé que cette image est à double tranchant, en particulier par rapport au monde extérieur.» «Pendant longtemps, dans les entretiens d’embauche, les jeunes n’osaient pas évoquer leurs activités dans les Jeunesses», confirme Maryline Clément. Selon elle, les choses ont commencé à changer à partir de la Cantonale 2003 à Thierrens, qui a suscité beaucoup d’intérêt médiatique. «Cela a permis de mieux présenter nos valeurs, notre fonctionnement et nos activités.» La véritable prise de conscience s’est opérée en 2015, lorsque la fédération a réalisé, en collaboration avec l’Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle, un inventaire des compétences professionnelles acquises en organisant des activités fédérées.

En ce 24 mai 2019, pour les 8000 membres de la FVJC, l’heure n’est toutefois pas à l’introspection. Dès la fin de la reconstitution de la séance fondatrice, qui a lieu ce vendredi dans la salle du Grand Conseil, et les deux représentations de la pièce de théâtre du 100e anniversaire (lire encadré), les regards seront tournés vers Savigny. Là-bas se déroulera, du 3 au 21 juillet prochain, le gros des festivités du centenaire. Les personnes qui s’y rendront entendront certainement de nombreuses fois résonner le refrain de la chanson fédérée: «Que vive la Fédé/unissons nos forces/pour porter dans le canton/toutes nos valeurs et nos traditions.»

Créé: 24.05.2019, 06h42

La campagne a fini par prendre la place de l’agriculture

«La Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes a pour but de grouper et coordonner les jeunes forces agricoles en unissant les sociétés de jeunesses vaudoises tant masculines que féminines et de s’intéresser à toute question économique ou sociale, tendant au développement matériel, intellectuel et moral et au progrès de la cause agricole, le tout sans couleur politique de détail.» Par ces quelques lignes, la «Feuille d’Avis de Lausanne» revenait, le 30 mai 1919, sur la fondation de la FVJC, quatre jours après avoir publié un entrefilet sur l’assemblée constitutive (voir illustration).



Cent ans plus tard, peu de chose a changé. Si la cotisation annuelle était alors de 50 centimes par sociétaire, elle a grimpé à 14 fr. lors de la dernière assemblée générale, après avoir longtemps été maintenue à 6 fr. «Pour le reste, mis à part qu’on pourrait remplacer le mot «agricole» par «campagnard», on s’y retrouve», commente Patrick Simonin, député PLR et ancien président de la FVJC de 1999 à 2003. En effet, si la pratique du métier d’agriculteur est désormais portion congrue dans les rangs de la Fédé, beaucoup se revendiquent toujours d’un lien avec la campagne.

«J’aime à dire que la jeunesse évolue constamment tout en gardant le même état d’esprit!» ajoute Cédric Destraz, actuel président central. Confirmant que l’aspect agricole est désormais moins fort, il ajoute que «le principe même de se retrouver entre amis pour débattre de tous sujets est toujours bien présent.»

Le comité étant chargé d’envoyer une demande d’adhésion à toutes les sociétés, l’article de la «Feuille» concluait qu’«on peut prévoir que la fédération va, sous peu, grouper toutes les sociétés de jeunesses vaudoises». Cent ans plus tard, ce n’est toujours pas le cas. «Il en reste quelques-unes qui ne sont pas membres. On essaie toujours de les attirer car cela donne la possibilité de participer aux diverses activités, mais sans obligation, ni contrepartie, à part de payer sa cotisation», poursuit le président. Patrick Simonin rappelle aussi que des réunions sont organisées régulièrement avec les autres fédérations, celles des girons de Nyon et de l’Aubonne en particulier, notamment pour répartir les dates des manifestations au calendrier.

Sébastien Galliker




«La Fédé: 100 ans d’histoire(s)»

ve 24 (complet) et sa 25 mai, 20 h, Palais de Beaulieu.

Voir www.fvjc.ch

Dans les coulisses du spectacle des Jeunesses vaudoises

En chiffres

7876



Le nombre de membres cotisants. Une moitié (4097) au travers d’une société de jeunesse et l’autre (3779) en tant que membres individuels. S’ajoutent 1584 membres non cotisants (honneur, émérites…).


31%



Avec 2462 membres, les femmes constituent un petit tiers des membres de la FVJC, qui est donc une société plutôt masculine malgré la mention des deux sexes dans les statuts fondateurs.


203


Le nombre de sociétés de jeunesse membres de la FVJC. Elles sont réparties entre quatre girons: Broye (44 sociétés), Centre (56), Nord (49) et Pied du Jura (54).

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