Le féminicide était-il aussi un matricide pécuniaire?

ProcèsUn père et sa fille sont rejugés pour l’assassinat, en 2016, de leur épouse et mère. Leurs responsabilités respectives font débat.

En première instance, la fille avait écopé de 20 ans de prison. Elle crie à l'injustice en appel.

En première instance, la fille avait écopé de 20 ans de prison. Elle crie à l'injustice en appel. Image: GILLES-EMMANUEL FIAUX

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La prévenue a conclu la matinée en s'adressant à ses parents, lundi, devant la Cour d’appel pénale du Tribunal cantonal à Lausanne. «À mon père, parce que je regrette de trahir ma promesse, mais je ne peux pas risquer de prendre 20 ans pour quelque chose que je n’ai pas fait. Et puis à ma mère, parce que je regrette de ne pas lui avoir donné une sépulture décente plus tôt.» Il y a dans ces mots les grandes lignes de l’affaire survenue en décembre 2016. La mère, tuée dans la maison familiale de Saint-Légier dans la nuit du 11 au 12, n’a été découverte que quatre mois plus tard dans un container à eau, dans un ravin des Monts-de-Corsier. Là où son époux et sa fille l’avaient jetée, eux qui avaient maquillé le crime en suicide, signalant sa disparition à la gendarmerie et garant sa voiture au bord du Rhône.

Reconnus coupables d’assassinat et d’atteinte à la paix des morts, l’homme de 82 ans et sa fille de 41 ans ont écopé de 20 et 18 ans de prison en première instance ce printemps. La Cour avait conclu à un crime prémédité commis en duo dans le cadre d’un triangle familial complexe où la mère, violente et portée sur l’alcool, menaçait de déshériter sa fille. De leur côté, les accusés réfutaient la préméditation, défendaient la thèse d’un accident lors d’une dispute conjugale et insistaient sur le fait que la fille n’était pas impliquée dans cet homicide. Par loyauté, elle aurait uniquement aidé son père à se débarrasser du cadavre et à nettoyer la scène de crime.

«J’avais perdu un parent, j’essayais de sauver l’autre», a encore justifié la quadragénaire lundi. Son père assume la mort mais s’en souvient mal. Une dispute, une charge à son encontre, une clé de roue pour se défendre et, quand il «revient à la réalité», son épouse au sol avec la tête en sang. Il téléphone alors à sa fille, lui demande de venir et elle découvre le féminicide en arrivant. «Je n’aurais jamais dû l’impliquer comme ça», soupire-t-il aujourd'hui.

Trous de mémoire

Elle aussi soupire, deux chaises plus loin. Car l’octogénaire habille son récit d'un patchwork fait de trous de mémoire et d’incohérences. «Tu prétends me protéger mais tu racontes n’importe quoi. Tu dis des choses qui t’enfoncent et qui m’enfoncent aussi», assène-t-elle avant de le charger davantage, notamment sur sa lucidité juste après le crime.

La quadragénaire admet qu’elle a traité la dépouille de manière «ignoble» mais martèle qu’elle n’a rien à voir avec le décès. Une thèse qui souffre d’un manque de preuves formelles, d’après les avocats de la défense. Surtout, ils balaient le mobile retenu jusqu'ici, à savoir l’héritage. «On parle de problèmes d’argent mais ça veut dire que si ma cliente avait demandé le social ou n’était pas au chômage, il n’y aurait plus de mobile? C’est une justice à deux vitesses. Madame, si vous êtes condamnée à 20 ans c’est parce que vous étiez pauvre», tonne le défenseur de la fille.

La procureure, Roxane Bornand-Magnenat, loue, elle, le jugement de première instance, insistant sur la préméditation (sur la base des recherches effectuées sur internet en amont du crime) et sur le mobile pécuniaire. «Ce plan était mûrement réfléchi et machiavélique. Leur comportement après le crime démontre que leur préoccupation était l’héritage. Quand ils ont su qu'il fallait cinq ans pour le toucher après une disparition, ils ont d’ailleurs paniqué.» Verdict mardi.

Créé: 09.12.2019, 19h54

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