Qui finance la campagne des candidats?

Élection au Conseil d'ÉtatUne loi pourrait bientôt obliger tout candidat à dévoiler ses mécènes. Qu’en disent les quatre qui sont en lice le 9 février?

Les quatre candidats ne régatent pas avec le même budget. La favorite PLR a ainsi 26 fois plus d’argent à disposition que la représentante de la Grève du Climat.

Les quatre candidats ne régatent pas avec le même budget. La favorite PLR a ainsi 26 fois plus d’argent à disposition que la représentante de la Grève du Climat. Image: LAURENT GILLIÉRON-KEYSTONE

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L’élection au Conseil d’État du 9 février pourrait bien être la dernière à se dérouler en l’absence totale de règles sur la transparence financière des candidats. Le Département des institutions et de la sécurité (DIS) a lancé, l’an dernier, une vaste révision de loi qui, en principe, devrait mettre fin à l’opacité régnant jusqu’à présent. Elle devrait entrer en vigueur avant les cantonales de 2022.

L’idée de la ministre Verte Béatrice Métraux est de rendre publics les comptes de campagne de chaque candidat, ainsi que l’identité de toute personne leur faisant un don de plus de 5000 francs. Les personnes morales (fondations, associations, entreprises, etc.) seraient même affichées au premier franc versé.

Le projet a été mis en consultation l’été dernier et se trouve de nouveau sur la table du Conseil d’État pour une décision qui devrait tomber «dans les semaines à venir», indique la porte-parole du DIS, Laurence Jobin. Il sera ensuite transmis à la commission du Grand Conseil pour rapport, avant d’être soumis au vote du plénum. À ce stade, le département refuse de préciser si le volet «transparence du financement de la vie politique» de la réforme a été retouché par la ministre depuis sa présentation publique, en juin 2019.

L’UDC pour le statu quo

En effet, les partis représentés au parlement ont répondu à la consultation, et tous ne s’entendent bien sûr pas sur ces nouvelles normes. Il est toutefois peu vraisemblable que le Grand Conseil les balaient au profit du statu quo, que seul l’UDC défend. «On doit garantir l’intimité des donateurs, qui doivent rester libres de disposer de leur argent sans courir le risque d’être cloués au pilori pour leur préférence politique», plaide le chef de groupe agrarien, Philippe Jobin.

Le PLR non plus n’a jamais montré d’inclination pour le strip-tease financier. Dans sa réponse à la consultation, il se dit «favorable à la transparence» mais «opposé au voyeurisme» et promet d’amender le projet de loi, préférant par exemple rehausser à 10'000 francs le seuil à partir duquel le nom d’un donateur doit être divulgué. Les Verts proposent de l’abaisser à 2000 francs, le POP à 500 francs pour les personnes physiques, mais aussi pour les personnes morales. Le PS soutient la réforme, qui correspond en partie à ses propres règles internes. Vert’libéraux et centristes, qui font souvent pencher la balance dans les débats gauche-droite, sont aussi favorables à l’édiction de règles.

La succession de Jacqueline de Quattro au gouvernement constitue un témoignage assez éloquent sur l’évolution des mentalités. Les trois candidats issus de partis non gouvernementaux portent en bandoulière la revendication d’une transparence absolue, nécessaire pour obtenir la pleine confiance des élus. Quant à la libérale-radicale Christelle Luisier, elle dit «parfaitement comprendre» ce besoin «exprimé par une partie de la population». «24 heures» a donc demandé aux quatre personnes en lice si elles étaient d’accord de lever le voile sur leur budget et leurs donateurs, comme si l’avant-projet de loi était déjà entré en vigueur tel quel. Réponse ci-contre.

Créé: 31.01.2020, 06h40

Christelle Luisier: La mieux dotée

~160'000 francs Président du comité de campagne de Christelle Luisier, Mathieu Blanc indique que son budget «se situe entre 150'000 et 170'000 francs». Le PLR Vaud met 95'000 francs tiré de sa trésorerie, dont 15'000 francs viennent directement du portefeuille de Christelle Luisier, sa «taxe de candidature». «Le solde du budget est réuni grâce à des dons privés (personnes physiques ou morales), au résultat du repas de soutien ou au soutien de sections PLR Payerne et de l’arrondissement. Christelle Luisier n’a pas effectué d’apport personnel à ce stade mais assumera, si nécessaire, un éventuel déficit ou les dernières factures.»

La syndique de Payerne s’astreint en outre à quelques «règles strictes»: elle n’accepte aucun don excédant 10'000 francs, à moins qu’il provienne d’une section PLR. Elle a aussi décidé de rendre public les donateurs, personnes physiques ou morales, dont la faveur excède 5000 francs. Ainsi, elle déclare la contribution personnelle de 9900 francs versée par la députée PLR Catherine Labouchère. Celle-ci connaît Christelle Luisier «depuis plus de vingt ans et ce don symbolise l’amitié qu’elle a pour la candidate et le soutien pour sa candidature», explique Mathieu Blanc. La section PLR de Payerne et l’association du repas de soutien PLR ont en outre chacune apporté 20'000 francs au comité de campagne

Jean-Marc Vandel: L’aide d’un Zurichois

10'000 francs La transparence, une «valeur fondamentale» des Pirates. Jean-Marc Vandel rappelle que son parti a lancé (avec la gauche) une initiative populaire sur ce sujet, et il nous envoie spontanément sa dernière décision de taxation. Question budget de campagne, celui-ci se monte à 10'000 francs, entièrement tiré de la trésorerie du Parti Pirate vaudois. Cette somme est un reste de ce que la section avait à disposition pour la campagne des fédérales d’octobre, développe-t-il. Pour cette échéance-là, le PPVD avait reçu un don de 50'000 francs du Zurichois Philippe Burger, 31 ans, héritier du groupe de confection PKZ, membre du Parti Pirate. Indirectement, c’est donc bien ce fortuné militant qui finance la campagne de Jean-Marc Vandel au Conseil d’État. Le PPVD songe à lancer une campagne de financement participatif après le 9 février, pour regarnir sa caisse.

Guillaume Morand: Tout de sa poche

~23'000 francs Guillaume «Toto» Morand se dit «pour une transparence totale». L’entrepreneur annonçait au départ 10'000 francs de budget pour sa campagne, «comprenant l'impression d'affiches papier, le paiement à la SGA, les pubs sur Facebook. J'ai en effet économisé 500 affiches plastiques à 14 francs chacune, vu qu'on a utilisé celle de 2017.» Il vient d’y ajouter 13'000 francs «pour des pubs dans les journaux» et augure encore 2000 francs d’imprévus. Quant à la provenance des fonds, elle est simple: le candidat a tout sorti de sa poche, précise-t-il. «Cent pour cent vient de mon apport personnel. Aucun don de ma société ni d’aucune association.»

Juliette Vernier: Le flou participatif

6138 francs La Grève du climat réclame «une transparence totale des fonds politiques». Mais il lui semble compliqué de se l’appliquer, car sa campagne fait l’objet d’un financement participatif sur la plateforme Wemakeit. «Nous n’avons pas accès, semble-t-il, aux montants individuels des dons avant la clôture [de la récolte], mais sachant qu’on a reçu à peine plus de 6000 francs (ndlr: 6138 francs jeudi à 15 h) sur plus de 70 donateurs ou donatrices différents, nous imaginons qu’aucun des dons ne dépasse les 5000 francs», commente le collectif. Cette somme constitue l’entier de leur budget. Elle a permis de payer les affiches.

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