Pas de financement annuel de l’Etat pour Lavaux

PatrimoineLavaux Patrimoine mondial demandait un soutien financier cantonal pérenne, l’association n’obtient qu’un représentant de l’Etat à son comité.

Le vignoble inscrit est un patrimoine vivant, évolutif, au contraire des parcs naturels, qui, eux, ont droit à un soutien automatique.

Le vignoble inscrit est un patrimoine vivant, évolutif, au contraire des parcs naturels, qui, eux, ont droit à un soutien automatique. Image: Philippe Maeder

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Il n’y aura pas de ligne au budget cantonal pour le vignoble le plus emblématique du pays. L’association Lavaux Patrimoine mondial (LPm), qui se charge de la gestion du site inscrit à l’Unesco depuis 2007, avait demandé un soutien pérenne de l’Etat, relayé par l’interpellation du député Marc-Olivier Buffat (PLR).

Reçus fin avril par les ministres Pascal Broulis et Philippe Leuba, les représentants de l’association sont sortis de l’entrevue bredouilles. Au lieu d’une subvention gravée dans le marbre, ils pourront bénéficier, comme les autres, de soutiens ponctuels. Ils ont toutefois obtenu qu’un représentant de l’Etat occupe un siège au comité.

Les décisions prises fin avril doivent encore être entérinées par le Conseil d’Etat et seront présentées ensuite au Grand Conseil. Ce qu’il en ressort, c’est que l’Etat nommera un interlocuteur unique, vraisemblablement le Département des finances et des relations extérieures (DFIRE), qui permettra de faciliter la coordination entre les départements et d’accélérer le traitement des dossiers. Le choix du DFIRE s’est imposé parce qu’il comprend le Service du patrimoine bâti (SIPAL), mais aussi l’Office des affaires extérieures (OAE), qui est en charge, au nom des sept départements, du rayonnement du canton.

D’autre part, un représentant de l’Etat siégera au comité de LPm. Ce siège – que l’Etat refusait d’occuper mais qui lui était réservé, selon les recommandations de l’Office fédéral de la culture – était resté vacant depuis la création de l’association, en 2013.

Lavaux dépendant de l’Etat?

Voir enfin le comité au complet ravit Emmanuel Estoppey, gestionnaire du site de Lavaux. En revanche, il «prend acte» de la décision de couper l’aide financière au site, en admettant mal la comprendre. «Depuis 2013, nous avons régulièrement demandé à rencontrer le Conseil d’Etat pour expliquer ce que l’on faisait, en vain.» Car le soutien dont a bénéficié le site inscrit pendant cinq ans, à hauteur de 140 000 francs en moyenne, via la loi sur l’appui au développement économique (LADE), n’était pas voué à durer (lire encadré ci-dessous). «Il visait à nous laisser le temps de trouver une solution de financement pérenne avec le Canton, selon ce qui avait été convenu avec Jean-Claude Mermoud (ndlr: conseiller d’Etat décédé en 2011)», rapporte Emmanuel Estoppey.

Pour Pascal Broulis, qui a dorénavant repris le dossier, «des sommes très importantes ont été versées ces dernières années. Cela a créé une dépendance. Ce n’est pas le rôle de l’Etat de soutenir durablement une zone, il doit travailler par subsidiarité. Le Nord vaudois est-il moins important que Lavaux?» Sans indiquer clairement une contribution financière, l’Office fédéral de la culture considère toutefois l’Etat de Vaud «premier responsable» de la conservation de la valeur exceptionnelle universelle du site de Lavaux. Aussi le plan de gestion du site défini lors de l’inscription à l’Unesco – auquel l’Etat a participé – prévoit l’engagement du Canton, comme celui des communes.

210 000 francs des communes

Aujourd’hui, les dix communes du périmètre inscrit versent 210 000 francs par année à LPm (soit environ 7 francs par habitant). Et il n’est pas question de renoncer à cette cotisation. «Nous en avons même avancé le paiement cette année pour permettre à LPm de gérer les affaires courantes», témoigne Max Graf, syndic de Bourg-en-Lavaux, la plus grosse contributrice (67 000 fr.). Le retrait de l’Etat agace les autorités communales concernées, qui comptaient sur un effort cantonal équivalent au leur. «L’inscription à l’Unesco est cruciale, mais elle n’implique pas un automatisme de financement, réagit Pascal Broulis. Ce sont les communes et leurs habitants qui sont garants de la sauvegarde du site dans un premier temps. L’Etat vient en appui, selon les projets.»

«Des sommes très importantes ont été versées ces dernières années. Cela a créé une dépendance. Ce n’est pas le rôle de l’Etat de soutenir durablement une zone.»

Des projets qui pourront toucher chaque département de l’Etat, précise le ministre, qui réfléchit à haute voix: un festival autour du concept de la «verrée» pourrait chercher un soutien de la culture, la découverte de la forêt de protection de Lavaux intéresser l’aménagement du territoire, une manifestation œnotouristique solliciter la promotion économique… Pascal Broulis l’assure: «Nous aurons une attention particulière pour les projets qui feront que ce patrimoine reste ultravivant. Les subventions ponctuelles obtenues pourraient tout à fait dépasser celles versées ces dernières années.»

Moins 1,2 poste

Reste que l’association LPm a dû couper 120% de postes à son budget 2016 et enterrer tous les projets de développement prévus sur l’année. «Et, pour 2017, nous devrons être créatifs», commente Emmanuel Estoppey. Le gestionnaire a lui même baissé son temps de travail de 20%. Plusieurs chantiers sont en cours, comme le monitoring en partenariat avec l’Université de Lausanne sur tout ce qui fait le paysage de Lavaux ou la formation des guides du patrimoine (40 aujourd’hui), chargés de partager les valeurs du site avec les visiteurs. Ou encore l’analyse d’une étude menée par LPm sur les problèmes actuels liés à la viticulture.

Ces projets ne serviront pas qu’à Lavaux, insiste Emmanuel Estoppey, qui justifie ainsi la participation de l’Etat: «Il y a plusieurs années, nous avons pris à bras-le-corps toute la problématique œnotouristique. Aujourd’hui, le projet Vaud Œnotour du Canton découle à 95% de notre travail à Lavaux», conclut-il. (24 heures)

Créé: 01.06.2016, 08h01

En dates

28 juin 2007 Inscription du site de Lavaux au Patrimoine mondial de l’humanité. Il demeure aujourd’hui le seul site vaudois inscrit à l’Unesco (sur un total de onze en Suisse). La Commission intercommunale de Lavaux (CIL), déjà existante, est chargée de sa gestion.

2009 Emmanuel Estoppey, 35 ans, est engagé comme gestionnaire du site.

2010 Une subvention LADE est octroyée pour trois ans (134 000, 145 000, 139 000 francs) à la CIL pour assurer la mise en œuvre du plan de gestion du site inscrit. Les communes du périmètre versent 10 francs par habitant (contre 30 centimes en 2008, puis 3 francs).

2013 L’association Lavaux Patrimoine mondial (LPm) est créée. Elle reprend la mise en œuvre du plan de gestion, tandis que la CIL conserve l’aménagement du territoire. Une prolongation de l’aide LADE est octroyée pour 2014-2015 (130 400 et 138 800 francs).

2016 Arrêt de la subvention LADE. Les dix communes du périmètre protégé continuent, elles, de verser 210 000 francs par an, dont deux tiers pour LPm et
un tiers pour la CIL.

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