Fini le cash pour les prisonniers vaudois

SécuritéPour diminuer les risques de trafic et de racket, le Conseil d’Etat a décidé d’interdire l’argent liquide en prison dès 2018, au profit d’un système de cartes.

L’autorisation de posséder de l’argent liquide ne concerne que les détenus des établissements pénitentiaires de la plaine de l’Orbe

L’autorisation de posséder de l’argent liquide ne concerne que les détenus des établissements pénitentiaires de la plaine de l’Orbe Image: 24 heures

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La plupart du temps, l’argent liquide est interdit en prison. Mais les détenus des Etablissements pénitentiaires de la plaine de l’Orbe (EPO) – c’est-à-dire ceux qui sont en exécution de peine – y ont droit depuis 1998. Dans moins d’une année, ce sera de l’histoire ancienne: un système de paiement par carte sera mis en place. En bannissant le cash, le Conseil d’Etat veut améliorer la lutte contre le racket, le trafic, les «mises sous pression», le vol, les dettes et la violence en prison. Le gouvernement cantonal l’a indiqué dans sa réponse écrite aux observations de la commission de gestion du Grand Conseil. La conseillère d’Etat Verte Béatrice Métraux l’a confirmé et explicité mardi devant le parlement.

Fouilles déjà prévues

Arrêter l’expérience après vingt ans sera compliqué. La réaction des détenus eux-mêmes risque d’être difficile à gérer. Dans un milieu fermé comme la prison, chaque nouveauté – même anodine à l’extérieur – prend une tout autre ampleur. Béatrice Métraux parle ainsi d’une «très fine communication» à mettre en place vis-à-vis des détenus pour qu’ils remettent leur argent aux autorités. «Tout cela se soldera par une fouille afin de s’assurer que l’argent liquide aura bel et bien disparu des quartiers cellulaires», ajoute-t-elle.

Quant à presser le mouvement ou mettre en place une solution intermédiaire, comme certains l’avaient suggéré, cela provoquerait des difficultés de gestion dans l’établissement. «Sans parler de la réaction d’humeur des personnes détenues et des conséquences sécuritaires que ça pourrait engendrer», selon les mots de la ministre.

Laisser de l’argent liquide aux prisonniers est une pratique rare en Suisse. En plus d’Orbe, les spécialistes citent notamment l’établissement de Pöschwies, dans le canton de Zurich, comparable aux EPO. Cet argent, les détenus le gagnent en travaillant au sein de la prison. Une partie de la rémunération leur est versée en liquide chaque mois, le reste est laissé sur des comptes gérés par l’établissement. Les détenus l’utilisent pour acheter notamment des produits alimentaires, des cigarettes, des cartes téléphoniques, des produits d’hygiène ou des timbres, ce qu’ils peuvent faire dans des magasins et des automates au sein de la prison. «Ils peuvent aussi passer des commandes à l’extérieur, par l’intermédiaire du personnel pénitentiaire, pour des vêtements ou des livres par exemple», explique Marc Bertolazzi, responsable de la communication du Service pénitentiaire (SPEN).

Le troc restera possible

Sur les terrains, les professionnels soutiennent l’idée, tout en notant les limites de l’interdiction. Ainsi, David Pittet, président de l’Association vaudoise des agents pénitentiaires (AVAP), parle d’une «amélioration sécuritaire», issue d’une réflexion de plusieurs années avec les représentants du personnel.

Il ajoute: «Cette mesure ne va pas régler tous les problèmes, mais elle permettra de réduire les risques, notamment pour les détenus les plus faibles. Elle participera aussi à freiner, par exemple, les jeux d’argent, à cause desquels certains détenus contractent des dettes. Mais elle n’empêchera pas le troc: les détenus peuvent utiliser comme monnaie d’échange des habits de marque, des produits alimentaires ou d’autres articles.»

Le député socialiste Claude Schwab abonde. Il siège au sein de la commission de gestion du Grand Conseil et il est chargé plus précisément du Département des institutions et de la sécurité. «L’argent liquide qui circulait a posé des problèmes de sécurité, de leadership, il a participé à l’émergence de petits chefs parmi les prisonniers», explique-t-il. Sans remettre en cause l’interdiction décidée par le gouvernement, il en note toutefois les limites: «Aucune mesure ne saurait empêcher radicalement tout trafic, mais la suppression de l’argent liquide contribuera à le limiter, dans le sens où les échanges et les transactions directes entre prisonniers seront plus difficiles.»

Réinsertion plus difficile

Selon le Conseil d’Etat, l’idée qui prévalait en 1998, au moment d’autoriser le cash, était de responsabiliser les détenus «pour la gestion des achats courants». L’objectif était de faciliter leur réinsertion dans la vie quotidienne après leur sortie de prison.

Cette réflexion est «légitime», selon Thomas Noll, directeur du Centre suisse de formation pour le personnel pénitentiaire, à Fribourg. «Un des principes prépondérants, en droit pénal, est la réinsertion du détenu, entre autres en créant des conditions d’exécution qui correspondent autant que possible à des conditions de vie ordinaire, souligne-t-il. En prison, les règles qui diffèrent de la vie à l’extérieur sont une difficulté potentielle pour la réinsertion.»

Faut-il comprendre qu’un détenu qui a du cash parviendra à mieux se réinsérer? Réponse de Thomas Noll: «On ne peut pas dire que l’argent liquide facilite la réinsertion. Mais l’interdire peut la rendre plus difficile.» (24 heures)

Créé: 15.06.2017, 06h39

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