Fini les permanences des députés pour écouter les prisonniers

SécuritéDans un règlement jusqu’à récemment secret, le Grand Conseil a supprimé certaines prérogatives de ses visiteurs de prisons. Cela interpelle alors que le directeur de Bochuz est sous enquête

La droite accusait les visiteurs de prisons de faire du «social déguisé» et de prendre fait et cause pour les détenus.

La droite accusait les visiteurs de prisons de faire du «social déguisé» et de prendre fait et cause pour les détenus. Image: Chris Blaser

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La droite les accusait de faire du «social déguisé» avec les prisonniers. Et donc le Grand Conseil a réduit leurs missions. Ce sont les sept membres de la «commission des visiteurs» du Grand Conseil, qui contrôlent les conditions de vie des prisonniers.

En plus de leurs visites régulières dans les prisons, ils avaient l’habitude d’organiser des permanences tous les mois jusqu’à l’année dernière. Il s’agissait d’une ou deux heures durant lesquelles ils attendaient que les prisonniers viennent leur parler, sans avoir besoin de s’inscrire. Ce changement ressort du règlement de la commission des visiteurs, que le Grand Conseil refusait de publier jusqu’ici (lire encadré).

150 détenus entendus

Ce changement intervient alors que les prisons sont sous tension. Les détenus de Bochuz se plaignaient de «règles arbitraires» et de «dérives» l’an dernier, et le Conseil d’État a annoncé jeudi le départ du directeur de Bochuz après une enquête administrative (Lire aussi : L’État trouve une porte de sortie pour le directeur des EPO).

Est-ce vraiment adéquat de cesser ces permanences dans ce contexte? Claude Schwab, le président socialiste des visiteurs, se veut rassurant. Pour lui, les demandes d’entretien durant ces permanences étaient faibles, voire inexistantes. «Ce changement ne prétérite pas les détenus», ajoute Claude Schwab. Depuis septembre, les visiteurs auraient environ 150 prisonniers lors de leurs visites régulières (annoncées en sept langues une semaine en avance) ou inopinées, dont une cinquantaine à Bochuz. «En outre, une délégation de notre commission peut se rendre dans un établissement à la demande des détenus eux-mêmes, par exemple par une lettre, ajoute Claude Schwab. Nous pouvons également effectuer des visites en cas d’urgence si elles concernent les conditions de détention.»

«Commission alibi»

Mais cette nouvelle pratique entraîne des regrets et des critiques. C’est le cas par exemple au sein de l’Ordre des avocats vaudois (OAV). Elie Elkaim, président de la Commission des droits de l’homme de l’OAV, souligne qu’il n’a pas eu de retours de la part des détenus. Mais cela ne l’empêche pas d’émettre des doutes sur la disparition des permanences: «Les permanences étaient une initiative progressiste et utile pour les droits des détenus, souligne-t-il. Les visiteurs ont montré qu’il faut octroyer des conditions décentes, en termes de soins et de logement, à l’intérieur des lieux de détention. Cela donne le sentiment que des prérogatives sont retirées à cette commission, qu’elle est parfois devenue une commission alibi.»

En coulisses, certains députés notent que les permanences évitaient aux prisonniers de noter leurs noms sur une liste d’inscription face aux risques de représailles de la part de codétenus.

Mireille Aubert, ancienne présidente socialiste de la commission, ne va pas aussi loin. Mais elle souligne: «Le but était de permettre aux détenus de nous rencontrer une fois par mois de manière discrète et anonyme. Cela évitait de potentielles petites remarques de la part des agents de détention. Cela permettait aussi à ceux qui parlent mal le français de nous voir sans prendre connaissance de l’avis affiché ou sans nous écrire une lettre.»

Le changement a été provoqué par une motion du député Denis Rubattel. Qu’en dit-il, lui qui est devenu membre de la commission des visiteurs de prisons entre-temps? Il préfère ne pas s’exprimer, expliquant n’avoir pas connu le système des permanences. (24 heures)

Créé: 05.05.2018, 10h18



«Nous pouvons nous rendre dans un établissement à la demande des détenus»

Claude Schwab
Président de la commission des visiteurs (Parti socialiste)



«Cela évitait de potentielles petites remarques de la part des agents de détention»

Mireille Aubert
Ancienne présidente de la commission des visiteurs (Parti socialiste)



«Les permanences étaient une initiative progressiste et utile pour les droits des détenus»

Elie Elkaim
Avocat

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