Les fleurs du marché ont parfois fait un long voyage

HorticultureLes 4 principaux vendeurs de fleurs coupées vivent des réalités différentes dans un business aux grandes difficultés.

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Au marché, on se demande souvent d’où vient la nourriture qu’on met dans son cabas. Mais fait-on la même chose au moment de s’offrir un bouquet de fleurs? Un tour sur les quatre principaux stands du marché de Lausanne spécialisés dans les fleurs coupées donne à voir des réalités différentes (lire encadrés). Comme pour les autres produits, la production des fleurs est mondialisée. Et les vendeurs doivent faire un choix délicat: aller chercher loin pour offrir de l’originalité et de la variété, ou se caler sur les saisons mais réduire la diversité des étals.

Jean-Marc Crousaz, d’Yvorne, est le représentant des flori­culteurs au sein du comité de JardinSuisse, la faîtière de la branche. Il est l’un de quatre seuls flori­culteurs romands (ils étaient 100 en 1960) et vient de perdre l’entier de sa récolte de roses d’avril et mai.

Attaquées par les acariens friands du printemps sec et chaud, ses 30'000 tiges n’ont pas survécu. Cette culture est en outre frappée de plein fouet par la concurrence d’Équateur et d’Afrique. L’épineuse reste pourtant la préférée des clients. «Une fleur sur quatre achetées en Suisse est une rose», indique le professionnel. Le chrysanthème tend aussi à disparaître de la production d’ici, pour les mêmes raisons.

«Au fond, les fleurs qui se transportent difficilement ou qui coûtent peu à produire sont celles qui s’en sortent le mieux en Suisse, relève Jean-Marc Crousaz.» Et de citer en exemple le dahlia, le tournesol et la pivoine. Les affaires vont-elles alors si mal que ça? «Elles sont stables: on travaille plus pour gagner la même chose!»

Le floriculteur fournit uniquement des magasins spécialisés. «En Suisse, 80% de l’assortiment, en moyenne, est de l’importation. Dans les grandes surfaces, c’est 98%.» Il déplore la «mondialisation des fleurs. Nous, nous essayons de lutter pour promouvoir les saisons. Je pense que c’est l’avenir. Sur le principe, d’ailleurs, on entend tout le monde dire ça. Le comportement ne suit pas encore, mais ça viendra.»


Georges Doy, Orbe

Georges Doy vend depuis trente ans ses fleurs au marché de Lausanne, les samedi et mercredi.

Ses fleurs viennent, surtout l’hiver, «principalement d’Italie». En particulier ses anémones et ses renoncules… Celles-ci sont «compliquées» à faire pousser ici. «Elles aiment le frais, mais pas le froid.» Les tulipes, elles, sont suisses et même vaudoises! Les pivoines, reines actuelles sur les stands, viennent de France. «En plein été, par contre, je vends principalement ma production: des dahlias, des reines-marguerites.» Ses roses ont poussé en Équateur avant d’atterrir à Lausanne. En Europe, dit Georges Doy, elles sont devenues «de plus en plus petites et de plus en plus chères. Alors que les gens aiment les gros boutons.»


Tamara Tardy, Oron

Au marché de Lausanne depuis presque quinze ans, Tamara cultive «la très grande majorité» de ses fleurs elle-même. Et le reste ne vient jamais de très loin. Elle s’interdit toute importation de fleurs. «Sauf peut-être à Noël, environ 1%.» La vente de fleurs coupées au marché lui permet de «tenir le coup», mais elle qualifie le business de difficile. «Le pire, c’est pour les roses. Il ne reste plus qu’un seul producteur en Suisse romande, et en ce moment il a beaucoup de difficultés. S’il venait à plus en avoir du tout, je serais face à un très gros dilemme. Est-ce que je peux ne pas avoir de roses du tout? Bonne question…» Une cliente déboule et demande l’origine des tulipes en guise de bonjour. «Elles sont suisses? J’en prends un bouquet!»


Maurice Roseng, Villars-Sainte-Croix

Horticulteur, Maurice Roseng a cessé la production de fleurs il y a quinze ans. Sauf pour les pivoines, qu’il mettra en vente à la fin du mois de mai. Présent au marché de Lausanne uniquement, il occupe le reste de son temps à l’importation et à la vente aux magasins. Sa priorité va à la Suisse, dit-il. Notamment pour les tulipes et les dahlias.

Tout comme celles de son voisin de Saint-François, ses roses traversent l’Atlantique en provenance de l’Équateur. «Ce sont les plus résistantes.» Il connaît personnellement ses fournisseurs: «Nous nous voyons tous les deux ans.» Pour le reste de ses imports, il tente «d’éviter la Hollande, c’est trop de la masse» et préfère la France et l’Italie. Son but? Se démarquer avec des fleurs originales, par exemple des lisianthus du Japon.


Pierre et Chantal Visinand, Blonay

Pierre Visinand, un samedi matin de marché, n’a pas une minute, tout affairé qu’il est à composer des bouquets pour les clients qui s’enchaînent.

Ses myosotis de pleine terre côtoient les pavots d’Islande. À la fin de juin, ce sera le tour de son «tout petit peu» de roses anciennes. Pierre et sa femme, Chantal, ne vendent que leur production «rustique», «sauf les tulipes, que nous achetons à une école d’horticulture de la région». Sa femme et lui ne viennent pas du métier. «Mon mari est un serrurier reconverti très heureux!» Ils sont présents au marché, à Lausanne et à Bulle. «Les gens sont fidèles et se préoccupent vraiment de ce qu’ils achètent. En plus, nous avons la chance d’avoir des amis qui nous aident sur le stand.»

Créé: 01.05.2019, 06h54

Galerie photo

Les fleuristes du marché

Les fleuristes du marché Visite dans les principaux stands, à Lausanne

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