La folle quinzaine des facteurs colis de Daillens

SociétéDurant quinze jours, la septantaine de spécialistes rattachés à la base de distribution vaudoise livre quotidiennement 24'000 paquets.

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«Un gamin qui t’attend impatiemment derrière la porte ou, au contraire, une maman faisant de grands signes pour que tu caches un paquet; voilà le genre de petits plus qui te donnent le sourire pour la journée.» Durant les deux semaines précédant les fêtes de Noël, celles de Joël Bugnon ressemblent pourtant plus à un marathon qu’à une paisible tournée de Père Noël. Avec sa septantaine de collègues facteurs colis rattachés à la base de distribution de Daillens, ils livrent près de 24 000 paquets par jour. En comptant deux heures de préparation et de transport, plus six de tournée, cela implique un rythme de distribution approximatif d’un paquet toutes les minutes!

Or, sur le terrain, les embûches sont nombreuses: trafic congestionné, portes d’accès sécurisées par des codes ou marches d’escalier à franchir avec le chariot. Largement de quoi compliquer le travail des facteurs, alors qu’on leur demande justement toujours plus de rapidité. «Ce n’est pas à cette période que l’on peut prendre le temps d’accepter un café», constate Joël Bugnon.

Canapé et matelas

En quinze ans de carrière, il a vu son métier se transformer radicalement: «Les contraintes horaires et la diversité des colis sont ce qui a le plus changé. Aujour­d’hui, les gens envoient tout et n’importe quoi.» Dans son secteur d’activité, le poids maximal est limité à 30 kg. Ce qui ne l’a pas empêché de récemment devoir livrer un canapé, ainsi que toute une série de matelas. «Une offre sur un site qui casse les prix. Quand on voit débarquer une série de colis inhabituels, ça devient un jeu d’aller chercher leur source sur Internet.»

En ce mardi matin, au vu des paquets attendant d’être chargés sur le quai de la base de distribution de Daillens, c’étaient plutôt des bières artisanales qui étaient en promotion il y a peu. Avec, en sus, les traditionnels cartons de bouteilles de vin offerts en étrennes, la tournée s’annonce agrémentée de tintements n’ayant rien à voir avec ceux des grelots des rennes du Père Noël.

Selon les chiffres du géant jaune, l’e-commerce a progressé de 7,5% en Suisse l’an passé. Dans certains secteurs, comme par exemple l’électronique grand public, il constituait déjà le quart du total des ventes. De 2005 à 2015, pendant que le trafic de lettres baissait de 22%, celui des colis augmentait de 10% pour atteindre 115 millions d’unités livrées l’an passé. Et la tendance ne fait que s’amplifier. «Et dire qu’il y a dix ans, on s’inquiétait des conséquences d’éventuelles difficultés d’une grande enseigne de vente par correspondance», rigole Joël Bugnon.

Expérience indispensable

Retour dans la camionnette bondée. «Le chargement, c’est la moitié de l’efficacité du futur travail, reprend le facteur. Il faut être bien organisé pour ne pas perdre de temps durant la tournée.» En le regardant effectuer cette tâche ce mardi matin vers 6 h 30 sur le quai de chargement, le défi semblait pourtant bien complexe à relever. Imaginez un tas de 300 colis de tous poids et tailles à ranger dans un fourgon en fonction du futur ordre de distribution. Un exercice d’autant plus difficile que certaines adresses n’apparaissent que très occasionnellement. «C’est un coup à prendre, mais avec le temps on arrive quasiment à mémoriser toutes les adresses.» Sur plusieurs tournées en plus, histoire de pouvoir remplacer les collègues.

Le second défi se déroule dans les rues des villes et villages. Il consiste à trouver où arrêter le fourgon, puis où déposer le colis ou à qui le remettre. «Seules la pratique et l’expérience permettent d’y arriver. Quand j’ai commencé, je finissais mes journées à ras les larmes de découragement. Mais, trois mois plus tard, j’avais déjà gagné plusieurs heures sur ma tournée.»

Paradoxe de la situation, ces difficultés sont de moins en moins comprises par les clients. «La grande majorité reste sympa, mais nous avons régulièrement des plaintes. Contrairement à ce que certains croient, notre but premier est pourtant bien de remettre le colis à son destinataire. Pas de le forcer à se déplacer au guichet.» Au numéro 26 de l’avenue de Provence, l’accueil est toutefois chaleureux: «Ah, voilà les livres que j’attendais!» s’exclame la secrétaire du Gymnase de Renens. Joël Bugnon apprécie: «Avec l’indépendance et le fait d’être dehors , c’est ce que j’aime le plus dans ce métier: on est attendus!» (24 heures)

Créé: 21.12.2016, 06h52

«Beaucoup n’arrivent pas à travailler jusqu’à l’âge de la retraite»

En raison des volumes et des poids à soulever plusieurs fois, de l’espace exigu dans les fourgons et des délais de livraison à respecter, le métier de facteur colis est particulièrement exigeant pour le corps. «Beaucoup d’employés n’arrivent pas à travailler jusqu’à l’âge de la retraite», constate Matteo Antonini, secrétaire central Logistique au Syndicat des médias et de la communication. Les représen­tants de Syndicom sont donc justement en train d’étudier avec La Poste la mise en place de possibilités de transition professionnelle en fin de carrière. Dans la base de distribution de Daillens sont également accrochées aux murs de nombreuses affichettes de prévention. Le distributeur avait même créé un poste de physiothérapeute d’entreprise. Mais l’initiative n’a pas été couronnée de succès. «Des améliorations ont pu être apportées pour les personnes travaillant au centre et effectuant toujours les mêmes gestes, explique le secrétaire central. Mais c’est beaucoup plus compliqué pour les facteurs, qui doivent tenir les délais et sont toujours en mouvement. L’expérience a d’ailleurs été interrompue par manque d’intérêt des collaborateurs.»

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