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La fonceuse de droite attaque vertement

L’écologiste libérale Isabelle Chevalley ranime la campagne du deuxième tour en s’alliant avec le candidat UDC. Cette conseillère nationale pugnace, au parler cash, n’a pas peur de la bagarre.

Isabelle Chevalley a l’habitude de secouer les clivages usuels, quitte à les faire voler en éclats.
Isabelle Chevalley a l’habitude de secouer les clivages usuels, quitte à les faire voler en éclats.

Bing! Comme un diable hors de sa boîte, Isabelle Chevalley s’est propulsée lundi dans la campagne pour le Conseil d’Etat vaudois. Une arrivée éclair, à l’image de son tempérament de battante. En s’associant avec l’UDC Jacques Nicolet face au ticket de gauche de la sortante Béatrice Métraux (Verts) et la prétendante Cesla Amarelle (PS), l’invitée surprise défibrille une campagne groggy, ranime les ambitions de la droite et disperse la ronde tranquille des éléphants. Alerte dans les états-majors: il va falloir s’attendre à une campagne plus brutale que prévu. Avec du sang et des larmes

Tous ceux qui connaissent la Vert’libérale de 44 ans savent comment son verbe peut être affûté. «Je reste stupéfaite que les socialistes aient choisi Cesla Amarelle comme candidate. Elle fait peur à beaucoup de gens avec ses idées communistes», a-t-elle déclaré dans une interview ce lundi. Des écologistes la traitent d’opportuniste? Sourire carnassier: «Si les Verts m’attaquent sur ma personne, c’est qu’ils n’ont rien d’autre. Qu’ils viennent d’abord défendre le bilan écologique de leur conseillère d’Etat. Ils vont voir que quand on me cherche, on me trouve.» Elle se défend d’avoir noué un pacte «contre nature», comme l’affirme la gauche: «Cet accord du PLR, de l’UDC et des Vert’libéraux est une alliance du centre droit. Personnellement je n’ai jamais varié. J’ai été virée du Parti libéral en 2008 parce que je faisais campagne contre le nucléaire.» Qu’on n’aille pas non plus lui dire que François Pointet était son homme de paille au premier tour. «Le but était de faire connaître une autre personnalité. Le Parti vert’libéral vaudois, ce n’est pas le parti d’Isabelle Chevalley.»

Dauphins et grillons

L’élue de Saint-George se définit elle-même comme une femme d’action. Cette chimiste, docteur en sciences, fondatrice du mouvement Ecologie libérale en 2003, trace sa route en privilégiant l’efficacité. Quand elle était lobbyiste, à Berne, pour les énergies renouvelables et l’environnement, avant d’être élue conseillère nationale en 2011, elle démarchait les parlementaires avec pugnacité, ne lâchait jamais sa «proie». C’est elle qui avait inspiré la première motion visant à interdire les sacs en plastique gratuits dans les magasins. Elue à son tour, elle a gardé la niaque. L’interdiction d’importation des dauphins en Suisse, c’est elle. Le droit de grignoter des insectes, devenu une réalité depuis cette semaine, c’est elle aussi. Dans le programme politique d’Isabelle Chevalley, mieux vaut être un mammifère marin qu’un grillon. Plus récemment, elle a fait passer une initiative pour interdire l’incinération des déchets alimentaires. Des combats médiatiques, mais souvent qualifiés de «bizarres» ou de «folkloriques».

«Si les Verts m’attaquent sur ma personne, c’est qu’ils n’ont rien d’autre. Ils vont voir que quand on me cherche, on me trouve»

Ses collègues de droite à Berne n’ont officiellement que du bien à dire d’Isabelle Chevalley. «C’est une bosseuse.» Quand on promet de ne pas les citer, deux élus PLR estiment quand même qu’elle a «une tendance à vouloir avoir toujours raison. Ceux qui ne sont pas d’accord, c’est qu’ils n’ont pas compris.»

Célimène quand elle emploie toute la lyre au service d’une cause, Walkirie quand elle se lance dans la bataille: les services du parlement en savent quelque chose. En 2014, ils ont tenté de lui mettre les bâtons dans les roues quand elle a voulu organiser un apéritif avec des insectes à manger au Palais fédéral. Mal leur en a pris. La militante a remué ciel et terre pour parvenir à faire déguster du cake aux larves à quelques parlementaires aventureux. Quand on lui barre la route, Isabelle Chevalley peut passer en force, telle la fourmi légionnaire du Brésil.

Par-delà des clivages

Des Vert’libéraux la critiquent pour cette alliance de «la carpe et du lapin» avec l’UDC. Mais Isabelle Chevalley a l’habitude de secouer les clivages usuels, quitte à les faire voler en éclats. A ses débuts, Ecologie libérale regroupait des radicaux, des libéraux, des PDC et un UDC. C’est vrai, à Berne, elle est souvent «rentrée dans le cadre» de Roger Köppel et des autres élus de l’UDC blochérienne. Elle prétend aujourd’hui que «l’UDC Vaud est très différente, c’est une UDC paysanne, proche de la terre. Quand j’étais au Grand Conseil vaudois, on votait neuf fois sur dix pareil avec Jacques Nicolet.»

Cette libérale, qui siège au conseil d’administration de Cremo, ne voit pas non plus de contradiction entre l’économie et l’écologie. Au comité de Suisse Eole, elle milite pour l’implantation des rotors et assume le fait qu’il s’agisse d’une industrie. Les théories sur la décroissance et la spiritualité au lait de chèvre, façon Pierre Rabhi, très peu pour elle. Elle était employée des Services industriels de Genève (SIG) jusqu’en 2012 pour prospecter des emplacements d’éoliennes dans l’arc jurassien. Des investissements «risqués», avait jugé après coup le Conseil d’Etat. Dans son livre-plaidoyer paru en 2012 (L’Eolien entre mythes et réalité), elle pulvérisait les arguments des opposants en leur faisant la leçon: «Lorsque l’on n’a pas faim et que l’on a assez à manger dans notre assiette, on peut faire les pénibles, mais si demain on a faim, on changera de discours.»

Volontiers hyperactive, Isabelle Chevalley met également son énergie au service de l’aide au développement, notamment par le biais de l’ONG Nouvelle Planète. Elle se compare volontiers à ces femmes travailleuses du Burkina Faso, piliers économiques de leur société. «Nous sommes très proches», dit-elle, racontant les liens d’amitié noués sur place. Elle affirmait l’an dernier n’avoir pas peur des attentats, ni des enlèvements: «On peut s’en aller d’un cancer que l’on traîne pendant des mois. A choisir, je préfère mourir sous les balles aveugles d’un imbécile en m’engageant pour ce que j’aime et estime juste de faire.» Toujours ce parler vrai. On va beaucoup l’entendre ces prochaines semaines.

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