La Fondation Sandoz a fait trembler les acteurs culturels

MécénatLa généreuse et tentaculaire fondation connaît une réorganisation qui a donné des sueurs froides au milieu de la culture.

La Fondation Sandoz est basée à Pully.

La Fondation Sandoz est basée à Pully. Image: FLORIAN CELLA

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Une secousse dans une fondation et c’est tout le milieu de la culture qui tremble. L’année écoulée a rendu le microcosme culturel fébrile. Car si d’ordinaire de nombreux organismes lausannois comptaient avec une aide financière annuelle de la Fondation de Famille Sandoz basée à Pully, il en a été autrement pour 2018. Un article paru dans «Le Temps» en octobre faisait état d’une grande réorganisation en cours (lire encadré). Et l’enquête que nous avons menée auprès du milieu culturel confirme que ce changement l’a touché de plein fouet.

L’an dernier, les rumeurs de restructuration ont inquiété les acteurs de la culture. Les festivals et lieux ont souvent été confrontés à des délais de réponse très longs. Voire à un silence anxiogène. Michael Kinzer, chef de la Culture lausannoise, confirme le frisson qui a parcouru ses interlocuteurs quotidiens.

Un soutien précieux

«La Fondation Sandoz, c’est deux ou trois spectacles sur une saison», dit par exemple un directeur de théâtre qui a en conséquence revu sa saison actuelle à la baisse. Il restera anonyme. Tout comme les responsables d’un festival ayant perdu, en 2018, le soutien financier dont il bénéficiait. «C’est clair, ça fait un gros trou dans le budget», disent-ils. Tous les organismes culturels contactés insistent: ils sont reconnaissants de l’aide fournie par la fondation. Et ils en ont besoin. Dans le secteur, ce grand mécène joue un rôle capital. Les langues peinent donc à se délier quand on interroge sur les récents remous au sein de la fondation: on craint de froisser celle qui peut choisir à sa guise de donner ou de retirer son soutien.

Le nombre de musées, théâtres et manifestations financés par cette fondation est lui-même difficile à chiffrer. Une liste? Sandoz n’en fournit pas. Mais précise que ses bénéficiaires sont libres de communiquer à ce sujet. Rien qu’à Lausanne, il y a par exemple BDFIL, le Musée de l’Élysée, l’Opéra, le Théâtre de Vidy, celui du Jorat, le 2.21, Cinémas d’Afrique, le Lausanne Underground Film and Music Festival (LUFF)… Tous reçoivent ou ont reçu de l’argent de cette fondation, qui ratisse décidément large. Combien donne-t-elle? Elle ne le dit pas. «Il n’est pas possible d’avoir une estimation, déplore le professeur Georg von Schnurbein, directeur du Centre d’études de la philanthropie de l’Université de Bâle. Mais il est certain que Sandoz donne beaucoup, beaucoup d’argent. Dans une logique de réel soutien à la culture.» Le spécialiste souligne que les sommes sont un complément à l’aide de l’État, qui reste le principal bailleur de fonds.

Avec son statut de fondation de famille, l’aide estampillée Sandoz échappait jusqu’à maintenant à toute statistique. Et les sommes qu’elle verse aux institutions culturelles ne sont donc pas incluses dans les 58 millions de francs injectés en Suisse par les 141 fondations d’utilité publique que compte leur faîtière, SwissFoundations. Celle-ci estime que l’aide totale des fondations d’utilité publique pèse, en Suisse, environ 232 millions. Sans compter, donc, les organismes «de famille», qui, eux, ne publient pas leurs chiffres. En 2015, les collectivités publiques ont quant à elles déboursé 2,8 milliards pour la culture.

«Il ne saurait être question en aucun cas d’une modification fondamentale de la politique de soutien culturel»

Tout le monde s’accorde pour dire que la disparition d’un acteur comme Sandoz aurait été catastrophique pour bien des organismes. Aujourd’hui, ils ont pour la plupart toujours bon espoir de voir ce soutien maintenu, malgré les aléas de l’an dernier. Et les signaux qu’envoie maintenant la fondation semblent leur donner raison.

Nouvel organisme

Créée le 1er novembre 2018, une toute nouvelle branche de Sandoz est désormais entièrement dédiée à la philanthropie. Elle est baptisée Fondation philanthropique Famille Sandoz. Sans but lucratif et d’utilité publique, elle vise à «s’engager dans des activités de bienfaisance dans les domaines de l’éducation (y compris la formation académique) au sens large, de la protection de la nature et de l’environnement, ainsi que dans le cadre d’activités culturelles, sociales et humanitaires, tant en Suisse qu’à l’étranger», dit le registre.

Le porte-parole de la fondation fait savoir que cette nouvelle entité «permet de maintenir une action dynamique dans le soutien apporté aux activités culturelles en Suisse romande. […] Il ne saurait donc être question en aucun cas d’une modification fondamentale de la politique de soutien culturel.» Il garantit en outre que l’enveloppe est de «même ampleur» qu’auparavant. Le canton de Vaud reste en outre un bénéficiaire privilégié pour Sandoz. Pour les détails, il faudra attendre les communications officielles de la nouvelle fondation, conclut le porte-parole. (24 heures)

Créé: 11.02.2019, 08h01

Ne pas dépendre d’un seul mécène

Nicole Minder, cheffe du Service des affaires culturelles à l’État de Vaud, qualifie le rôle de la Fondation Sandoz d’«important, très important. Et donc tout mouvement que fait ce type de grandes institutions mécéniques a une incidence sur le système.»

Mais celui-ci est en fait composé d’une multitude de schémas économiques, de modèles d’affaire. Les institutions culturelles ont chacune leur équilibre propre entre fonds publics et fonds privés. Certaines multiplient les sources de financement, d’autres reposent sur peu de mécènes. «Il faut rappeler qu’il n’y a pas de droit aux subventions, qu’elles soient étatiques ou non. Dépendre trop fortement d’une source est risqué, et ça peut provoquer un arrêt. Les organismes culturels doivent gérer ces risques. Les plus solides sont ceux qui diversifient les soutiens et leur part d’autofinancement mais aussi ceux qui établissent des conventions sur le long terme.»

Nicole Minder souligne la «chance» de l’arc lémanique en matière d’offre culturelle. Elle tient, à son sens, à la présence de nombreuses écoles, à la politique active des cantons et des villes, mais aussi à la présence de grands mécènes que sont par exemple les fondations Wilsdorf ou Leenaards, «des piliers». Elle n’oublie pas non plus quelques entreprises très investies. «Tous ces éléments expliquent la configuration que nous avons actuellement. Et jouent un grand rôle aussi pour que la culture soit accessible. Mais il est inévitable qu’il y ait du mouvement dans tout ça.»

La fondation

La Fondation de Famille Sandoz a été créée en 1964 par le peintre et sculpteur Édouard-Marcel Sandoz, fils du fondateur de la société Sandoz SA à Bâle (aujourd’hui Novartis SA). Elle est évidemment active dans la pharmaceutique, mais aussi dans l’horlogerie, l’hôtellerie, l’industrie graphique et la science.

Sa fortune est inestimable, mais le quotidien «Le Temps» indiquait l’automne dernier que «la Fondation de Famille Sandoz détient 3,49% des actions Novartis. À 87 fr. l’action, cela représente environ 7,6 milliards de francs». Et sa gestion est assurée par des héritiers qui ont choisi, ces dernières années, de revoir l’organisation du mécénat. C’est ce changement dans le pilotage de la structure qui conduit aujourd’hui à la création de la structure d’utilité publique Fondation philanthropie Famille Sandoz.

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